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À mon avis

De la valeur publique des sciences humaines

par PAUL KEEN | 02 AOÛT 16

Tout organisateur de conférence a forcément à l’esprit la crainte que l’auditoire ne soit pas au rendez-vous. Ce n’est heureusement pas ce qui s’est produit lors de la conférence sur l’avenir des programmes de doctorat en sciences humaines, qui s’est tenue en mai à l’Université Carleton. Cette conférence a au contraire attiré une foule d’étudiants, de professeurs et d’administrateurs de l’ensemble du pays, issus de la plupart des universités canadiennes qui offrent de tels programmes de doctorat, et de plusieurs établissements connexes. La Fédération des sciences humaines, l’Association canadienne pour les études supérieures, le Conseil de recherches en sciences humaines et Mitacs étaient tous représentés.

Cette forte participation s’explique de plusieurs façons. De toute évidence, les gens ont été attirés par l’importance du sujet. La dynamique engendrée l’année dernière par la première conférence de ce type, à l’Université McGill, a également joué. Mais le sentiment que la conjoncture évolue, que notre manière de faire, figée depuis longtemps, ne fonctionne plus, et qu’il nous faut forger de nouvelles pratiques plus conformes à nos besoins a aussi motivé les gens à participer.

Des changements importants

La conférence de l’an dernier à l’Université McGill avait semblé marquer l’amorce d’importants changements. Des questions avaient été soulevées et clarifiées. Cette conférence avait révélé l’ampleur des défis à relever, en plus de donner aux participants le sentiment de faire partie d’une même communauté. Cette année, l’ambiance était  légèrement  différente. La réflexion sur les questions abordées avait déjà commencé. Cette fois,  il fallait avant tout réfléchir aux moyens de passer à l’action pour  amorcer le changement.

Il ne s’agissait pas de concocter une solution d’ensemble, car nul n’ignore que les universités ne se prêtent guère aux solutions universelles. Les véritables changements passeront par la réforme des programmes, un à un. On a donc pu présenter une série d’options et convaincre que  l’existence d’une mobilisation au profit du changement est désormais largement partagée. Si tant est que le nombre et l’enthousiasme des participants à la conférence de l’Université Carleton soient indicatifs de cette mobilisation, les départements qui envisagent des réformes  peuvent avoir la certitude qu’ils ne feront pas cavalier seul.

Trois grands thèmes ont dominé la conférence

Le premier : comment mieux mettre en lumière la valeur publique  des sciences humaines. Pour cela, nul besoin de débattre des différences entre sciences humaines et sciences proprement dites. Mieux vaut, au contraire, insister sur la valeur des deux. La directrice de l’Azrieli School of Architecture & Urbanism de l’Université Carleton, Jill Stoner, et la doyenne de la faculté des arts de l’Université de l’Alberta, Lesley Cormack, ont toutes deux souligné qu’il nous faut, tout en nous concentrant sur un certain nombre d’enjeux concrets, garder à l’esprit ce qui rend les sciences humaines si captivantes pour beaucoup d’entre nous.

Une séance consacrée à divers programmes doctoraux novateurs offerts à l’échelle du pays a suivi, servant de transition au deuxième grand thème de la conférence : comment mieux préparer les étudiants au large éventail de carrières non universitaires qu’un grand nombre d’entre eux choisira de poursuivre. L’un des plus gros problèmes tient au fait que nous en savons étonnamment peu sur les carrières qu’ils choisissent, même si le programme TRaCE fait beaucoup pour y remédier. Nous pourrons ainsi être mieux informés sur les types de préparation à proposer à nos étudiants pour les aider à réussir.

Repenser la structure des programmes de doctorat

Comme l’ont précisé plusieurs conférenciers,  les diplômés en sciences humaines terminent leurs études en ayant acquis  des compétences très prisées, mais nous échouons trop souvent à leur apprendre comment convaincre les employeurs potentiels de la valeur de leurs compétences. Un profond changement est  toutefois en train de se produire. Les participants à la conférence (étudiants et professeurs confondus) se sont montrés désireux d’en savoir plus et de réfléchir sur les moyens de combler l’écart entre  les compétences acquises par les étudiants et leur capacité à les conduire aux emplois convoités, sans pour autant mettre en péril les types de recherche approfondie que permettent les programmes de doctorat.

Le troisième et dernier volet de la conférence a porté sur la stratégie à adopter pour repenser la structure des programmes de doctorat, aussi bien pour les ramener à une durée raisonnable que pour préparer les étudiants à atteindre leurs objectifs professionnels. Il n’y a guère eu consensus sur les solutions pratiques à adopter, mais ce n’était pas le but de l’exercice.

Le vrai changement, rappelons-le, passera par la réforme des programmes, un à un. Pour les participants de retour dans leurs établissements respectifs, la prochaine étape consistera à relever ce défi. S’il est un sentiment qui nous a unis lors de la conférence, c’est la conviction qu’il importe d’aller de l’avant  non pas en raison d’une crise quelconque, mais plutôt de l’importance des sciences humaines. C’est sans doute là le plus grand enseignement de cette conférence.

Paul Keen est le vice-doyen aux affaires étudiantes et postdoctorales de la faculté des affaires étudiantes et postdoctorales de l’Université Carleton.

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