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EN MARGE

Conseil à sa fille pour être en sécurité sur le campus

« Sois prudente » ne suffit peut-être plus. Mais pourquoi devrait-elle porter toute la responsabilité?

08 OCT 14

Voici un blogue que signe notre collaboratrice régulière Rosanna Tamburri, coauteure de l’article de fond « En finir avec la violence sexuelle sur les campus ».

Lorsque la rédactrice en chef d’Affaires universitaires, Peggy Berkowitz, a communiqué avec moi pour me demander de coécrire un article sur les agressions sexuelles, j’étais à l’extérieur de la ville pour visiter l’université que ma fille comptait fréquenter cet automne. C’était la fin du printemps, le week-end précédant la semaine de remise des diplômes; les futurs diplômés étaient venus chercher leur toge et leur mortier. Des banderoles étaient accrochées et il régnait un air de fête.

Cette visite me rappelait d’heureux souvenirs du temps où je fréquentais l’université. J’étais heureuse pour ma fille, mais comme n’importe quel parent, j’étais aussi inquiète. C’est par hasard que j’ai rencontré le chef de la sécurité sur le campus qui m’a assurée que le campus était très sûr et que très peu d’incidents criminels graves étaient survenus. Sans douter de sa parole, je savais bien que de nombreux incidents ne sont jamais déclarés.

Au retour, j’ai demandé à ma fille si elle et ses amies avaient pris en considération la sécurité sur le campus ou les politiques en matière d’agression sexuelle avant de choisir leur université. « Pas vraiment », a-t-elle répondu, ajoutant qu’une amie plus âgée, qui fréquentait déjà à cette université, lui avait montré comment fonctionnaient les lumières bleues. C’est bien, ai-je répliqué, mais la plupart des agressions sexuelles sont commises par quelqu’un que la victime connaît, et non par des rôdeurs (quoique cela se produise aussi).

Je lui ai alors conseillé de toujours verrouiller sa porte la nuit, de surveiller sa consommation d’alcool et de ne jamais quitter son verre des yeux. Je me trouvais un peu démunie; j’aurais tout aussi bien fait de lui dire simplement « sois prudente », comme l’avait fait ma mère. Après tout, pourquoi devrait-elle porter toute la responsabilité?

Un jour en rentrant à la maison vers la fin des classes, elle me raconte que son professeur de biologie a consacré toute la période à parler de consommation à risque, du concept de consentement et de la corrélation existante entre les deux. Je lui en suis sincèrement reconnaissante et je trouve dommage que tous les étudiants finissants n’aient pas pu entendre ce qu’il avait à dire.

Dans le cadre de la recherche effectuée pour la corédaction de l’article, je me suis entretenue avec des personnes extrêmement intéressées à faire toute la lumière sur la question des agressions sexuelles et qui ont accepté d’en parler ouvertement. D’autres ont préféré ne pas répondre à mes questions ou ont tout simplement fait fi de ma demande d’entrevue. Quoi qu’il en soit, parmi toutes les lettres et les trousses de bienvenue qui ont inondé notre boîte aux lettres le printemps dernier, je n’ai pas trouvé qu’il était souvent fait mention de ce que font les universités pour maintenir leurs campus sécuritaires.

Je sais que des réputations peuvent être compromises. Je sais que, chaque année, on demande aux universités de faire davantage pour remédier aux problèmes liés à la maladie mentale, à la consommation excessive d’alcool, ainsi qu’à une multitude de problèmes qui ne semblent qu’indirectement liés à leur mission première. Ce sont des questions trop importantes pour être reléguées aux oubliettes ou confiées aux comités d’accueil des étudiants, comme le font inexplicablement certains établissements.

Ce qui m’intrigue surtout c’est la raison pour laquelle la question des agressions sexuelles avait jusqu’à maintenant suscité si peu d’attention. Les femmes sont pourtant majoritaires sur la plupart des campus universitaires et dans la plupart des disciplines. Finalement, je crois que le meilleur conseil que je puisse donner à ma fille est celui de défendre son droit à vivre et à apprendre dans un environnement sûr et respectueux.

À PROPOS LÉO CHARBONNEAU
Léo Charbonneau
En 2000, Léo Charbonneau est entré au service d’Affaires universitaires comme rédacteur principal et a été nommé rédacteur en chef adjoint trois ans plus tard. Il a travaillé 10 années au Medical Post à titre de chef de la rédaction et réviseur de chroniques à Montréal. C’est lui qui a proposé de rédiger le blogue officiel d’Affaires universitaires, En marge, en partie pour se rapprocher du lectorat.
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