Passer au contenu principal
En Marge

Polytechnique : Irez-vous voir le film?

par LÉO CHARBONNEAU | 03 FEV 09

Comme plusieurs, je me souviens très bien de l’endroit où je me trouvais en ce jour de décembre 1989, lorsque j’ai appris qu’un massacre avait eu lieu à l’École Polytechnique de Montréal. Je me souviens aussi d’avoir assisté à un cours à l’École, un an plus tard, d’avoir songé à la tuerie et aux esprits, et d’avoir été ému de voir les fleurs que les gens laissaient encore près de l’entrée.

De nombreux commentateurs québécois ont déjà exposé leurs vues sur la production du film Polytechnique de Denis Villeneuve, qui prend l’affiche vendredi (le 6 février). Nathalie Collard, chroniqueuse à La Presse, confie ne pas avoir pu prendre la distance nécessaire pour apprécier le film qui, dit-elle, n’a fait que « réveiller des souvenirs douloureux ». Sa collègue Rima Elkouri a pour sa part trouvé que le film contenait d’importants messages sur la culpabilité et la souffrance :

Pourquoi ce film? Parce qu’il nous donne à espérer que l’on puisse, 20 ans plus tard, exorciser le drame. L’habiter pour qu’il cesse de nous hanter.

Le cinéaste, cité dans le Globe and Mail, a présenté une justification semblable :
« Pour grandir et devenir adulte, une société doit explorer ses zones grises. »

La controverse actuelle ressemble d’une certaine façon au débat qu’avaient soulevé les adaptations pour le cinéma des événements du 11 septembre, quoique, à l’époque, ces derniers étaient encore très récents. Plusieurs films ont abordé le drame du 11 septembre, dont United 93 (à propos du quatrième avion, qui s’est écrasé en zone rurale en Pennsylvanie) et un film d’Oliver Stone intitulé World Trade Center.

Vous avez probablement oublié ces films parce que, comme bien d’autres du genre, ils n’ont eu aucun succès en salle. Ils n’intéressent personne. La question n’est ni morale ni artistique; je n’ai rien contre le fait de tourner un film sur la tragédie de Polytechnique. Je pense seulement que bien peu de gens iront le voir. Qui a envie de souffrir?

Addenda, le 11 fevrier 2009, 9h30 : D’accord, j’admets que mes prédictions étaient un peu erronées. Les journaux rapportent que le film Polytechnique s’est très bien défendu le week-end dernier dans les cinémas du Québec; il a en fait généré des recettes avoisinant les 325 000 $. Il ne s’agit pas d’un record, mais c’est tout de même respectable.

À PROPOS LÉO CHARBONNEAU
Léo Charbonneau
Léo Charbonneau is the editor of University Affairs.
COMMENTAIRES
Laisser un commentaire
Affaires universitaires modère tous les commentaires reçus en fonction des lignes directrices. Les commentaires approuvés sont généralement affichés un jour ouvrable après leur réception. Certains commentaires particulièrement intéressants pourraient aussi être publiés dans la version papier du magazine ou ailleurs.

Your email address will not be published.