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Les étudiants qui arrivent au Canada atlantique découvrent la vie « dans la bulle »

Maintenant que la plupart des étudiants ont terminé leur isolement volontaire, il est temps pour eux de découvrir à quoi ressemblera leur nouvelle vie sur les campus.

par MATTHEW HALLIDAY | 07 OCT 20

Kathryn Humphries, 35 ans, a « étudié beaucoup, dans beaucoup d’endroits », selon ses propres dires. Au cours de la dernière décennie, elle a étudié la musique en Nouvelle-Écosse, à Montréal et à Vienne, puis elle a poursuivi ses études en éducation à Édimbourg, pour ensuite aller à Victoria faire des études aux cycles supérieurs sur les changements climatiques.

En août, Mme Humphries, est arrivée dans la petite capitale néo-brunswickoise, Fredericton pour y faire un doctorat en droit à l’Université du Nouveau-Brunswick. Il s’agit assurément de l’expérience universitaire la plus étrange qu’elle ait connue. « J’ai l’impression d’être sur une île ici », confie-t-elle.

Le 24 août dernier, en quittant l’aéroport presque désert de Moncton, Mme Humphries s’est rendue en voiture directement à son logement Airbnb à Fredericton. Elle ne connaissait personne dans la province et n’avait pratiquement rien vu de sa nouvelle ville d’adoption avant de refermer la porte derrière elle. « Heureusement, avec Google Maps, j’ai pu explorer par procuration, dit-elle. Sans cela, je n’aurais même pas su à quoi ressemble le quartier. »

Mme Humphries est une invitée dans la bulle atlantique – le groupe formé par les quatre provinces de la côte est du Canada, qui exige que les visiteurs s’isolent volontairement pendant 14 jours à leur arrivée pour ralentir la propagation de la COVID-19. Vers la fin de l’été, elle faisait partie des milliers d’étudiants qui ont patiemment enduré la solitude dans des résidences, des appartements privés et – pour quelques chanceux – des logements plus luxueux, partout au Canada atlantique, en attendant de découvrir ce que leur réserve cette année universitaire très particulière.


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En entrevue téléphonique depuis son appartement de Fredericton quelques jours après la fin de son auto-isolement, Mme Humphries est revenue sur cette période singulière. « C’était vraiment dur, avoue-t-elle. J’adore explorer et faire de nouvelles rencontres, c’est ainsi que j’ai toujours appris à connaître de nouveaux endroits. » Même si son isolement volontaire est terminé, dit-elle, « toutes les activités sont tellement restreintes en ce moment et il est difficile de dire quand la situation changera ».

Également à Fredericton, Hannah VanBrenk, une étudiante en kinésiologie de 20 ans, s’est sans surprise sentie « un peu seule » pendant son isolement volontaire, période qu’elle qualifie de calme plat. Elle s’est tournée vers tous les alliés qu’elle avait en ville – amis et autres étudiants – pour se procurer provisions et autres choses essentielles. La seule fois où elle a mis le nez hors de son appartement pendant ces deux semaines, c’était pour récupérer des meubles IKEA qu’un ami avait laissés devant sa porte.

Le campus de Fredericton de l’Université du Nouveau-Brunswick. Photo de l’Université du Nouveau-Brunswick.

Comme Mme Humphries, elle ignore ce que l’année apportera, mais elle a bon espoir que le faible nombre de cas de COVID-19 dans la région permettra aux étudiants de vivre une expérience universitaire plus près de la normale qu’ailleurs.

Il y a une raison à cet optimisme : dès la mi-septembre, la bulle atlantique s’est montrée prometteuse. On ne comptait qu’une poignée de cas actifs dans la région, malgré l’affluence d’étudiants et la reprise généralisée de la vie publique et de l’activité économique. Cela a incité une foule d’étudiants à y aller, y compris ceux qui auraient pu suivre leurs cours entièrement en ligne, malgré l’inconvénient de l’auto-isolement.

D’avoir la chance de faire partie d’une grande communauté universitaire a été un facteur déterminant dans la décision d’Astrid Krueger, 20 ans, qui étudie en relations internationales. Elle est parmi les 250 étudiants de l’extérieur qui ont fait le trajet jusqu’à l’Université Mount Allison à Sackville, au Nouveau-Brunswick. Elle a roulé pendant une semaine à partir d’Edmonton, avec un ami, en campant en chemin pour rester à distance des autres autant que possible, avant de s’isoler dans l’une des trois résidences de l’Université.

« Personne n’est habitué à passer 14 jours en solitaire, et les journées se ressemblaient toutes, dit-elle. Malgré tout, des groupes de discussion en ligne, des clubs de lecture virtuels et des soirées cinéma ont permis une certaine socialisation. » Les étudiants en résidence pouvaient aller à l’extérieur par périodes successives (une heure pour chacune des trois résidences), créant ce que Mme Krueger décrit comme « une scène universitaire typique d’un film, mais en version 2020 ». Imaginez des étudiants masqués discutant en cercle, faisant du yoga ou jouant de la guitare, en distanciation physique.

« J’ai été plutôt impressionnée par la communauté qui s’est bâtie dans cette résidence, dit-elle. Cet isolement collectif a créé un véritable esprit de camaraderie. »

De bingo en ligne aux jeux-questionnaires virtuels

Ce climat est particulièrement présent dans la petite ville d’Antigonish, en Nouvelle-Écosse, où l’Université St. Francis Xavier a prévu d’offrir plus de 70 pour cent des cours en personne – l’un des pourcentages les plus élevés parmi toutes les universités du pays. Ici, les étudiants isolés dans les résidences recevaient trois repas par jour, tandis que plus de 260 bénévoles sillonnaient la ville pour livrer aux étudiants hors campus des provisions, des médicaments et d’autres articles essentiels. Quant aux divertissements, les étudiants avaient également l’embarras du choix, du bingo en ligne aux jeux-questionnaires virtuels.

Samara Franzky, 20 ans, étudie en santé à l’Université St. Francis Xavier. En arrivant de Calgary, son isolement volontaire s’est déroulé dans un luxe relatif : 14 jours sur un domaine rural qui borde le détroit de Northumberland, au Nouveau-Brunswick, installée dans un petit bâtiment à l’écart du chalet familial, avec terrasse, réfrigérateur, articles de cuisine et le plus important – sa propre salle de bain.

À la fin de cette période, Mme Franzky s’est rendue au campus et on lui a remis, comme à tous les autres étudiants, un bracelet vert indiquant au reste de la collectivité qu’elle avait terminé son auto-isolement (en tant que personne de l’extérieur de la région du Canada atlantique), répondu à un questionnaire de dépistage et signé une décharge controversée qui dégage l’Université de toute responsabilité en lien avec la COVID-19. Pour une petite communauté de 4 300 habitants seulement, l’arrivée de près de 1 300 étudiants venus d’ailleurs est une grande source d’angoisse. Les bracelets constituent une tentative d’apaiser ces inquiétudes.

Une étudiante de l’Université St. Francis Xavier. Photo : St. Fx/Instagram.

Tout compte fait, le risque que le virus s’introduise dans la région demeure faible. En août, Ryan Lukeman, un professeur de mathématiques à l’Université St. Francis Xavier, a fait quelques calculs avec Rebecca Martino, son adjointe à la recherche. Ensemble, ils ont examiné d’où venaient les étudiants – de l’Ontario, de l’Alberta, de la Chine, de l’Inde, des États-Unis et d’ailleurs – pour en conclure que seulement 0,518 pour cent des étudiants de retour pourraient être infectés. (Il semble que l’Université a même surpassé ce pronostic optimiste, puisqu’aucun cas n’a été détecté pour le moment.)

Le protocole de dépistage de la Nouvelle-Écosse a également contribué à calmer les inquiétudes de la collectivité, puisque les étudiants doivent subir trois tests pendant leur isolement volontaire. On ne dénombre que quelques cas, dont celui d’un étudiant de l’Université Sainte-Anne dans la petite ville de Pointe-de-l’Église. Cet étudiant ne s’était pas isolé, ce qui lui a valu une expulsion et une amende de 1 000 $. Plusieurs étudiants de l’Université St. Francis Xavier et d’autres établissements ont aussi écopé d’une amende pour avoir enfreint les règles de l’auto-isolement.

Pour certains étudiants étrangers, l’attitude stricte de la région pour contenir la pandémie de COVID-19 contraste avec ce qui se fait chez eux, et ils s’en réjouissent. Ohad Segev, un étudiant de 21 ans en administration à l’Université Memorial, à St. John’s, est originaire de Tel-Aviv. « La situation en Israël n’est pas très rassurante et ils recommencent à tout fermer. » (Israël, qui affiche l’un des taux d’infection les plus élevés au monde, a décrété un deuxième confinement le 18 septembre, obligeant la plupart des résidents à rester dans un rayon d’un kilomètre de leur foyer. L’annonce a suscité la colère et un tollé généralisé.)

M. Sergev, qui nous a parlé au huitième jour de sa quarantaine, affirme que tout va à merveille, à six jours de la fin. « Un peu de Netflix, des conversations téléphoniques avec des gens en Israël, un peu de cuisine. Je dois avouer que le temps passe vite! »

Celui-ci est impatient de savourer la liberté relative qu’offre St. John’s, comparativement à ce qui se passe chez lui. À la maison, il lui serait probablement impossible de faire de la randonnée, de voir ses amis ou même d’envisager un emploi à temps partiel.

Des étudiants arrivent à l’Université Acadia. Photo : Acadia/Instagram.

À l’Université du Nouveau-Brunswick, Kathryn Humphries affiche le même optimisme. Selon elle, les étudiants et le corps professoral trouveront une nouvelle normalité quand le trimestre sera bien entamé, surtout si le nombre de cas de COVID-19 reste stable dans la région. Toutefois, les cours exclusivement en ligne et la restriction des interactions en personne pourraient la démotiver à la longue. « Sans échanges d’idées avec les pairs ou de séances d’études en groupe, ce sera ardu, dit-elle. Ce n’est pas idéal pour ceux qui viennent de l’extérieur et qui se sont transplantés ici, comme moi. Parfois, je me dis que ça n’en vaut pas la peine – mais j’espère que les choses changeront. »

Hannah VanBrenk espère aussi trouver un nouvel équilibre. Il reste cependant une grande question qu’elle et la plupart des étudiants venus d’ailleurs se posent ce trimestre : Quand pourra-t-elle rendre visite à sa famille et à ses amis, chez elle, sans s’infliger une autre quarantaine? « Je ferai n’importe quoi pour ne plus jamais revivre ça [l’auto-isolement], déclare-t-elle. Je crois que je vais rester ici pendant un bout de temps : pas de fête de l’Action de grâce ni de semaine de lecture [à la maison]. Le test sera Noël. Je n’ai pas encore pris ma décision. »

Mais les choses bougent tellement vite que la plupart des étudiants sont uniquement concentrés sur l’immédiat. « J’ai vraiment très hâte de reprendre ma vie à Fredericton », conclut Mme VanBrenk.

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