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Réviseurs Canada encadre la révision éthique des travaux d’étudiants

Ses principes directeurs exigent que les étudiants obtiennent une lettre signée par leur enseignant indiquant le genre de révision permis.

par JESSICA NATALE WOOLLARD | 05 MAR 19

Lorsqu’elle travaillait comme réviseure pour une entreprise en ligne de correction d’épreuves à San Francisco, Nina Conrad s’est intéressée aux services que les étudiants postsecondaires utilisent en dehors des classes pour améliorer leurs aptitudes rédactionnelles. Elle s’est inscrite à l’École d’études supérieures de l’Université de la Colombie-Britannique en 2016 et a rédigé son mémoire de maîtrise sur le recours des étudiants aux services linguistiques payants ou offerts par des proches. Bien que la plupart des études sur le sujet portent sur les étudiants aux cycles supérieurs, l’étude de Mme Conrad démontre que les étudiants au premier cycle font aussi appel à des tiers dont les services violent parfois les politiques de l’établissement sur l’intégrité universitaire.

Mme Conrad, maintenant doctorante à l’Université de l’Arizona, a conclu qu’il valait la peine de se pencher sur ce sujet puisque les étudiants de tous les niveaux reçoivent de l’aide en rédaction. Elle a recommandé aux universités de définir très clairement les pratiques acceptables et inacceptables.

De son côté, Réviseurs Canada tente d’expliquer à ses membres comment offrir des services de révision aux étudiants sans s’ingérer dans leur apprentissage ni violer les politiques d’intégrité universitaire. Réviseurs Canada, une organisation professionnelle de plus de 1 300 réviseurs anglophones et francophones, a publié en 2006 des principes directeurs pour la révision éthique des thèses et des dissertations d’étudiants aux cycles supérieurs. Toutefois, selon un article d’Affaires universitaires de 2017 et la recherche de Mme Conrad, les étudiants au premier cycle utilisent aussi des services de révision. De plus, Réviseurs Canada affirme avoir dû modifier ses principes directeurs en raison d’une hausse de la demande.

« Nous conseillions de ne pas réviser les travaux d’étudiants au premier cycle parce que nous n’avions aucune ligne directrice à ce sujet, explique Gael Spivak, présidente de Réviseurs Canada. Mais nous savions que les étudiants avaient recours aux services de réviseurs. Il nous fallait donc commencer à penser aux étudiants au premier cycle. »

En janvier, Réviseurs Canada a publié une version mise à jour de ses principes directeurs pour la révision éthique des travaux d’étudiants (en anglais seulement), qui abordent la révision des travaux écrits des étudiants de tous les niveaux. Ces principes directeurs peuvent être téléchargés gratuitement sur le site Web de Réviseurs Canada.

Mary Rykov, rédactrice et réviseure de Toronto, a dirigé le projet et consulté des administrateurs universitaires, des chargés de cours, des professionnels de centres d’aide à la rédaction et des réviseurs. Mme Rykov et son équipe ont aussi examiné des principes directeurs comparables, notamment ceux de SENSE, la société des langagiers anglophones des Pays-Bas.

À l’instar des principes directeurs de 2006, les nouveaux principes font état d’une lettre d’autorisation : une lettre signée par l’enseignant que l’étudiant devra remettre au réviseur avant qu’il commence la révision. Dans ce document, l’enseignant indiquera le type de révision permis :

  1. signalement des problèmes sans les régler
  2. correction des erreurs
  3. une combinaison des deux premières options.

Les nouveaux principes directeurs permettent ainsi de répondre aux objectifs d’apprentissage de différents cours, départements et établissements.

« Notre rôle de réviseur nous a habitués à faire seulement ce qui nous est demandé, indique Mme Spivak. Dans ce cas-ci, c’est le professeur qui dicte les tâches de l’étudiant et celles du réviseur. »

Stephanie Bell, directrice adjointe du centre de rédaction à l’Université York et professeure adjointe au programme de rédaction professionnelle, fait partie des professeurs qui ont été consultés dans le cadre de la mise à jour des principes directeurs. Elle jugeait important de participer au remaniement de ces directives pour donner son point de vue d’universitaire en rédaction et alimenter les discussions sur les services d’aide qu’il convient d’offrir aux étudiants.

Comme l’explique Mme Bell, les discussions entourant la révision peuvent alerter ceux qui travaillent dans les centres de rédaction, « parce que leurs services sont souvent pris à tort pour des services de révision. Notre objectif est de faire progresser les aptitudes des rédacteurs et non de faire le travail à leur place ». Elle se dit heureuse de constater que les principes directeurs font la promotion de la révision de façon à approfondir l’apprentissage des étudiants.

Le défi de Réviseurs Canada est maintenant de faire en sorte que ces principes directeurs parviennent aux bonnes personnes. Ils ont été distribués par l’intermédiaire du réseau de l’organisme ainsi que de celui de l’Association canadienne des centres de rédaction et de groupes de médias sociaux qui rassemblent un grand nombre de réviseurs, notamment un groupe Facebook qui compte plus de 9 000 réviseurs aux quatre coins du monde.

Certaines universités, comme l’École d’études supérieures de l’Université de la Colombie-Britannique, ont adopté les principes directeurs originaux de Réviseurs Canada, une décision que toutes les universités devraient prendre, selon Mme Bell. « Idéalement, les principes directeurs devraient susciter un débat au sein des comités du sénat sur les services d’aide à la rédaction acceptables et inacceptables pour les étudiants. »

Mme Bell se dit aussi curieuse de voir la réaction des professeurs lorsque les étudiants commenceront à leur présenter le formulaire d’autorisation. « Je crois que ces principes directeurs permettront de mieux faire connaître cet enjeu et sensibiliseront les membres du corps professoral sur les besoins en matière de soutien à la rédaction et de cours d’écriture. »

Celle-ci croit que les étudiants souhaitent trouver des ressources légitimes pour s’améliorer. « La plupart d’entre eux se tournent vers des ressources illégitimes parce qu’ils n’ont pas d’autres options », affirme-t-elle.

De plus, elle estime qu’aider les étudiants à parfaire leurs aptitudes rédactionnelles tout en approfondissant leur compréhension de leur discipline enrichira l’enseignement supérieur, car, comme elle le dit si bien, « apprendre à écrire, c’est apprendre à réfléchir ».

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