Abolition du PEQ : un système qui décourage les talents internationaux
Entre abolition du PEQ et incertitudes du nouveau système de points, de nombreuses personnes étudiantes internationales voient leurs projets d’avenir au Québec fragilisé.
Depuis l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) par la CAQ en novembre 2025, des milliers de personnes étudiantes internationales se retrouvent plongées dans l’incertitude. Entre revirements politiques des candidats à la chefferie caquiste et promesses de clauses de droits acquis, l’avenir des parcours d’immigration reste flou, poussant certains à envisager de quitter la province.
Jusqu’à tout récemment, la position de la Coalition avenir Québec (CAQ) était claire : le gouvernement ne comptait pas revenir sur sa décision. Or, au début du mois de février, la candidate à la chefferie caquiste, Christine Fréchette, a proposé de rétablir le programme pour une période de deux ans afin de donner une « clause grand-père » aux personnes immigrantes présentes sur le territoire québécois au moment de la fermeture du programme. Bernard Drainville, également aspirant chef du parti, affirme s’engager aussi à donner une clause des droits acquis aux travailleurs temporaires dans les secteurs prioritaires, comme la santé ou encore l’éducation, qui remplissent certains critères.
Pris entre le tronc et l’écorce, le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, a donc annoncé que son ministère « évaluera différents scénarios» pour permettre une «période de transition» entre le PEQ et leProgramme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).
« L’abolition soudaine du PEQ représente, selon nous, un véritable abandon pour les étudiants et pour les personnes issues de l’immigration », déplore la présidente de l’Union étudiante du Québec (UEQ), Flora Dommanget. « Les décisions contradictoires du gouvernement rendent la situation encore plus difficile à comprendre. Attendre jusqu’aux élections en avril pour agir n’a pas de sens car les étudiants doivent décider maintenant s’ils poursuivent leurs études ou s’ils partent. »
Arrivé au Québec depuis la France en septembre 2022, Aram Musco a complété son baccalauréat à l’Université de Montréal en juin 2025 et poursuit maintenant une maîtrise au Conservatoire de musique de Montréal. Il témoigne des conséquences de la suppression du PEQ sur son cheminement. « Quand le PEQ a été gelé en octobre 2024, je pensais encore avoir le temps. Comme beaucoup, je ne m’attendais pas à ce qu’il soit annulé complètement quelques mois plus tard », explique l’étudiant.
Il raconte avoir dû composer avec la modification soudaine des quotas pour les étudiants internationaux, les examens d’entrée au Conservatoire et une série de démarches administratives complexes.« Maintenant, même en ayant tous les critères que le gouvernement recherche, comme un diplôme québécois, la maitrise du français et une expérience professionnelle, on peut ne pas avoir l’assurance d’être sélectionné. Le système manque de prévisibilité et ça affecte sérieusement notre capacité à planifier notre vie. »
Le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) est maintenant la principale voie d’immigration permanente du Québec et est basé sur un système de points.
« Le PSTQ ne répond pas aux réalités sur le terrain et très peu de demandes ont abouti, se désole la présidente de l’UEQ. Le PEQ fonctionnait bien et était nécessaire, notamment pour inciter les étudiants à s’investir davantage au Québec. »
Des critères impossibles à rencontrer
« Je me retrouve avec 704 points, alors que les tirages récents étaient autour de 780. Même des personnes ayant suffisamment de points ne sont pas sélectionnées. On se retrouve avec un système qui semble aléatoire et imprévisible. » ajoute Aram Musco.
Nombreuses sont les personnes étudiantes qui envisagent de repartir dans leur pays ou de changer de province. « Certains de mes pairs envisagent de retourner en France ou de déménager dans d’autres provinces canadiennes pour maximiser leurs chances de résidence permanente, malgré leur intégration au Québec. Ce sont des personnes qui étudient ici, travaillent ici, paient des impôts, contribuent à la société. Les voir forcés de partir, c’est aberrant », dit-il.
Aram précise les contraintes liées aux étudiants internationaux : « Pour obtenir des points sur l’expérience de travail pour le PSTQ, il faudrait travailler à temps plein, mais nous, étudiants étrangers, on ne peut légalement travailler que 24 heures par semaine pendant nos études. De plus, habiter à Montréal ne rapporte pas de points supplémentaires. On perd donc des opportunités simplement à cause des règles existantes. »
Pour lui, les élections à venir offrent qu’un mince espoir : « Si un autre parti rétablit le PEQ ou propose une clause grand-père, il faudra voir dans quelles conditions. Mais il est crucial que les parcours déjà entamés soient respectés. »
Malgré les difficultés, l’étudiant reste attaché au Québec : « Après presque quatre ans ici, je me sens beaucoup plus Québécois que Français. Mais l’incertitude du système nuit à l’attractivité des universités québécoises à l’international et décourage de nombreux étudiants qualifiés. »
Principaux critères tu PSTQ
| Critère | Points possibles | Notes / contraintes pour étudiants étrangers |
| Âge | Jusqu’à 16–17 points | Maximum entre 18 et 35 ans. Les points diminuent progressivement de 36 à 40 ans, puis deviennent très faibles après 40 ans. |
| Diplôme | Jusqu’à 20 points | Les diplômes universitaires québécois ou reconnus donnent généralement plus de points, surtout aux cycles supérieurs. |
| Expérience professionnelle au Québec | Jusqu’à 12 points | Souvent 12 mois d’expérience à temps plein dans le domaine d’études. Difficile à accumuler pendant les études en raison de la limite d’heures de travail autorisées. |
| Expérience professionnelle hors Québec | Jusqu’à 8 points | L’expérience acquise à l’étranger est reconnue mais rapporte généralement moins de points que l’expérience québécoise. |
| Compétences linguistiques – Français | Jusqu’à 22–24 points | Test officiel requis. Un niveau avancé (B2 ou plus) permet d’obtenir le maximum de points. |
| Compétences linguistiques – Anglais | Jusqu’à 6 points | Peut donner des points supplémentaires si la maîtrise est démontrée. |
| Offre d’emploi validée | Jusqu’à 10–14 points | Une offre d’emploi validée peut fortement améliorer les chances d’être invité à présenter une demande. |
| Installation en région (hors Montréal) | Jusqu’à 6 points | Certaines politiques favorisent l’installation hors Montréal. |
| Autres facteurs | Jusqu’à 6 points | Peuvent inclure la scolarité du conjoint, un diplôme supplémentaire ou certaines caractéristiques du profil. |
Postes vedettes
- Chaires de recherche Impact+ Canada en la guerre de l’information et la gouvernance stratégique du numériqueUniversité du Québec à Trois-Rivières
- Directrice ou directeur de la Division d’urologieUniversité McGill
- Chaires de recherche Impact+ CanadaUniversité du Québec à Rimouski
- Directrice/directeur de la Division de chirurgie orthopédique de l’Université McGill et Directrice/directeur de la Division de chirurgie orthopédique du Centre universitaire de santé McGillUniversité McGill
- Management - Professeure ou professeurUniversité du Québec à Rimouski
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