Diriger une université à l’heure des grands basculements
La nouvelle rectrice de l’Université d’Ottawa, Marie-Eve Sylvestre, expose sa vision du rôle des universités, du leadership académique et des responsabilités qui accompagnent la fonction en période de turbulences politiques, sociales et financières.
C’est dans le cadre d’un entretien accordé au balado Campus à la une que Marie-Eve Sylvestre a pris le temps de réfléchir publiquement au sens de la fonction qu’elle vient d’endosser.
Retrouvez l’entretien complet dans notre balado Campus à la une
En acceptant le poste de rectrice de l’Université d’Ottawa, elle savait qu’elle n’entrait pas dans une fonction comme les autres. « J’arrive dans ce poste à un moment charnière de l’histoire des universités, mais aussi de l’histoire du Canada et du monde », dit-elle. Changements géopolitiques, révolution technologique, pressions sur la souveraineté, instabilité économique, crise du financement universitaire. Pour elle, le contexte impose une relecture complète du rôle des établissements et de celles et ceux qui les dirigent.
« C’est un immense privilège, mais aussi une grande responsabilité, d’exercer du leadership à ce moment-ci », résume-t-elle. Une responsabilité qui dépasse largement la gestion quotidienne d’une institution. « Les universités sont des lieux d’échange, de dialogue, de production du savoir depuis des siècles. Elles jouent un rôle clé dans nos sociétés. »
Cette conscience du moment traverse toute sa manière d’aborder la fonction. Plus qu’un poste administratif, elle voit le rectorat comme un rôle politique au sens noble. « Il faut prendre la mesure non seulement de nos possibilités, mais aussi de nos responsabilités. »
Repenser le rôle social de l’université
Pour Mme Sylvestre, l’université ne peut plus se penser comme une tour d’ivoire. La recherche, insiste-t-elle, doit être « ancrée dans les besoins des communautés » et se construire en partenariat avec elles. « La recherche ne peut pas seulement produire du savoir. Elle doit aussi se traduire en actions et en résultats concrets. »
Cette vision repose sur une idée simple, mais exigeante. « On ne forme pas seulement des gens pour le marché du travail. On forme des citoyens. » Autrement dit, la mission universitaire est à la fois scientifique, sociale et civique.
Elle plaide pour une recherche « socialement engagée, pertinente, qui a un impact dans la communauté ». Non pas en opposition à l’excellence scientifique, mais comme prolongement naturel de celle-ci. « Les indicateurs de performance, les classements, tout ça existe, et on ne peut pas les ignorer. Mais il ne faut pas perdre de vue les dimensions humaines et qualitatives de ce que nous faisons. »
Universités, démocratie et débat public
Cette conception de l’université comme acteur social s’accompagne d’une défense ferme de son rôle dans l’espace public. Avant de devenir rectrice, Mme Sylvestre coprésidait le comité du Sénat sur la liberté académique et la liberté d’expression. Le sujet lui est central.
« Les universités doivent demeurer des lieux d’échange, de débat, de critique. Des lieux où les étudiants sont exposés à différentes perspectives et appelés à confronter de nouvelles idées. » Elle y voit une condition essentielle de la recherche, mais aussi de la formation citoyenne.
Cette ouverture n’est toutefois pas sans balises. « Il est tout aussi important de s’assurer que nos milieux soient exempts de discours haineux, de racisme, de discrimination. » D’où, selon elle, la nécessité d’un cadre clair, mais souple, capable de gérer les tensions entre liberté d’expression et respect des personnes.
« L’université n’est pas un seul lieu. On ne traite pas les choses de la même façon en salle de classe, dans un colloque, dans un espace public. Quand on a une audience captive, on a des responsabilités particulières. »
Gouverner dans la rareté
À cette complexité s’ajoute une contrainte incontournable: l’argent. Le sous-financement chronique des universités, particulièrement en Ontario, pèse lourdement sur les marges de manœuvre. « Les sources de revenus sont de plus en plus difficiles. Malgré toute notre créativité, on peine à en trouver de nouvelles. »
La baisse récente du nombre de permis d’études internationaux illustre bien, selon elle, la fragilité du modèle actuel. « Ce ne sont pas seulement des pertes financières. Ce sont aussi des pertes d’opportunités, notamment dans des secteurs stratégiques comme les sciences et la santé. »
Mais elle y voit aussi une occasion. « C’est peut-être le moment de renouer un contrat social avec la société, de dire clairement : vous pouvez compter sur nous pour former le talent et produire la recherche dont le pays a besoin, mais en échange, on a besoin de votre appui. »
Changer la culture avant de changer les structures
Quand elle se projette dans cinq ans, Marie-Eve Sylvestre parle moins de réformes administratives que de transformation culturelle. « Ce que j’aimerais laisser, c’est d’abord un changement de culture. Une culture de l’engagement, de la mobilisation, de la fierté. »
Elle veut une université « ambitieuse, audacieuse », où l’on n’a « pas peur de porter de grandes idées, même radicales ». Pour elle, c’est cette énergie collective qui rend possibles les projets institutionnels, et non l’inverse.
« Le bilinguisme, la diversité, la recherche interdisciplinaire, la présence internationale. Tout ce qui peut sembler complexe ou difficile, c’est en réalité une immense richesse. C’est ce qui nous rend plus vivants comme communauté. »
Postes vedettes
- Musique - Professeure adjointe ou professeur adjoint (interprétation classique, spécialité instrument d’orchestre de la famille des cuivres)Université McGill
- Directrice ou directeur de la Division d’urologieUniversité McGill
- Management - Professeure ou professeurUniversité du Québec à Rimouski
- Chaires de recherche Impact+ CanadaUniversité du Québec à Rimouski (UQAR)
- Anthropologie des infrastructures - Professeure ou professeurUniversité Laval
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