Rédaction d’un CV descriptif efficace
Un guide et un modèle pour vous aider à rédiger un curriculum vitae des trois organismes.
Question :
Je dois rédiger un CV descriptif pour une demande de subvention pour un des trois organismes subventionnaires, et je ne comprends pas cette manière de présenter les travaux. Elle ne concorde pas avec les façons de faire en sciences économiques. Pouvez-vous m’expliquer ce que je dois écrire dans chacune des trois sections du CV descriptif?
— Personne anonyme, sciences économiques
Réponse de la rédaction :
Votre perplexité est tout à fait compréhensible, chère personne anonyme. Les économistes ont l’habitude des méthodes claires, des données solides et de l’identification nette de la causalité, des façons de faire qui n’ont d’emblée rien à voir avec le nouveau format de CV. Or, si l’on recadre les choses, on peut voir le CV descriptif comme une occasion de situer votre travail rigoureux par rapport aux sujets plus vastes qui animent le milieu universitaire, ainsi que pour les décisionnaires, les chefs de file du secteur et le grand public. On ne vous demande pas de compromettre votre identité disciplinaire, mais plutôt de modifier votre façon de présenter la qualité, la valeur et l’influence de votre travail.
Comme les CV descriptifs sont méconnus et complexes, la chronique de ce mois-ci s’annonce plutôt étoffée. Vous pourriez l’imprimer pour la garder à portée pendant que vous vous préparez à l’arrivée du CV descriptif dans les prochains mois (ou prochaines années).
Au cas où vous ne le saviez pas : les Instituts de recherche en santé du Canada, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) et le Conseil de recherches en sciences humaines adoptent graduellement un nouveau format de CV, le CV descriptif, qui remplacera un jour le tant honni CVC (voir Glauser, 2019; Witteman et coll., 2019; Witteman et coll., 2020). Les trois organismes ont choisi de nommer ce nouveau format le « CV des trois organismes » ou plus brièvement le « CVTO » – comme si les personnes qui demandent des subventions n’avaient pas assez d’acronymes à démêler.
En décembre dernier, avant la publication des lignes directrices des trois organismes, j’ai transmis des conseils préliminaires sur la rédaction d’un CV descriptif; maintenant que les trois organismes ont diffusé des ressources(j’aime particulièrement ces lignes directrices du CRSNG), je mets ce nouveau modèle gratuit de CV descriptif à la disposition des chercheuses et chercheurs qui tentent d’y voir clair.
Plus tôt cette année, j’ai reçu de nombreux commentaires sur ce modèle de la part de dizaines de membres de la communauté de la recherche et du personnel de soutien qui figurent sur ma liste de diffusion, The Shortlist. Je leur suis profondément reconnaissante de leurs contributions, qui m’ont aidée à accomplir la tâche complexe de mettre au point un modèle qui répond aux besoins du plus grand nombre de chercheuses et chercheurs possible.
On sait maintenant que le CV descriptif des trois organismes s’accompagnera d’une limite de cinq pages pour les demandes rédigées en anglais, et de six pages pour celles rédigées en français. En respectant ces limites, vous devrez présenter votre expérience et votre expertise dans trois grandes sections. Voici mes recommandations par section.
1. Déclaration personnelle
Votre déclaration personnelle devrait tenir en moins d’une page. Il s’agit de votre argumentaire éclair pour les pairs qui évalueront votre demande et qui, souvenez-vous, ne relèveront pas de votre sous-domaine précis. Commencez donc par présenter votre établissement d’appartenance et votre expérience, puis prenez un pas de recul. Quelle question fédératrice oriente votre programme de recherche? Vous intéressez-vous aux défaillances de marché dans les soins de santé? Étudiez-vous les réactions comportementales aux interventions en matière de politiques? Analysez-vous la dynamique du marché du travail dans les économies en développement? Cherchez-vous à approfondir les connaissances sur l’effondrement en 1637 du marché des bulbes de tulipe néerlandais?
Cette section n’est pas l’endroit où donner des détails, mais plutôt où circonscrire votre position dans votre paysage disciplinaire.
Vous devrez expliquer des concepts techniques dans un langage clair, sans sacrifier la précision. Au lieu d’écrire, par exemple, « À l’aide de variables instrumentales, je règle les enjeux liés à l’endogénéité quant à l’estimation des effets du traitement », essayez : « Je développe, mets à l’essai et utilise des méthodes novatrices pour isoler les répercussions des politiques économiques sur les personnes et les populations. » Dans la mesure du possible, utilisez un langage concret plutôt qu’abstrait.
Les personnes qui ont développé une expertise méthodologique distinctive ont intérêt à la présenter, par exemple si elles ont mis au point des applications d’apprentissage machine pour certains types de données, ou élaboré de nouvelles approches d’analyse textuelle. Or, si votre travail ne suppose pas l’emploi de méthodes novatrices, vous n’avez qu’à vous concentrer sur vos contributions empiriques ou théoriques.
Vous pourriez diviser cette section avec des sous-titres appropriés. En voici des exemples : « trajectoire intellectuelle », « prix et distinctions », « collaborations », « travaux de recherche à visée publique », « dossier de publication », « financement externe », « contexte interdisciplinaire », « contexte institutionnel », « travaux en cours », « positionnalité », ou s’il y a lieu, « parcours professionnel » ou « parcours clinique ».
Pour conclure la section, présentez votre réalisation la plus prestigieuse ou votre plus grande fierté : une bourse d’études ou un prix que vous avez reçu, ou une politique que vous avez façonnée. Les économistes sous-estiment souvent les retombées générales de leurs travaux, mais si ces personnes ont influencé une politique gouvernementale, ont été citées dans des documents de politique ou ont attiré considérablement l’attention des médias, il y a lieu de le relever dans cette section.
2. Contributions et expériences les plus importantes
Cette section représentera la majeure partie de votre CV descriptif; c’est également celle qui s’éloigne le plus des CV universitaires traditionnels. Au lieu d’énumérer toutes vos publications en ordre chronologique, organisez vos travaux thématiquement en fonction de grandes idées, de réalisations, de sujets ou des domaines sur lesquels portaient vos articles.
Les sciences économiques se prêtent bien à cette approche. Vous pourriez choisir comme thèmes « analyse des politiques du marché du travail », « économie de la santé et interventions comportementales » et « économie du développement et inclusion financière ». Si certaines personnes préfèrent structurer cette section en fonction des contributions individuelles – en présentant chaque article de revue, énoncé de politique, livre blanc, ensemble de données ou article d’opinion comme une entrée distincte – je recommande de les regrouper selon des catégories thématiques, surtout si vous êtes au milieu ou au sommet de votre carrière. L’approche thématique fait ressortir la cohérence et l’incidence de votre programme de recherche en mettant en lumière tant les résultats de recherche traditionnels que ceux qui démontrent un engagement envers le public, l’industrie ou la collectivité.
Pour chaque thème ou catégorie, consacrez environ la moitié de votre compte de mots à la description de votre approche et de vos résultats de recherche, et l’autre à fournir des preuves des retombées de votre travail.
Les chercheuses et chercheurs ont souvent du mal à décrire les retombées de leur travail. Votre domaine évalue généralement la réussite en fonction du classement des revues et de l’indice des citations, mais le CV descriptif exige des preuves plus vastes de l’influence. Indiquez en quoi vos travaux ont façonné d’importantes conversations :
- Vos innovations méthodologiques ont-elles été adoptées par d’autres chercheuses et chercheurs? Même à l’extérieur de votre sous-domaine direct?
- Votre travail a-t-il suscité des débats en matière de politiques ou influencé des discussions législatives? Fait-on mention de votre travail dans le hansard ou le Journal des débats à l’échelon fédéral, provincial ou territorial?
- Avez-vous présenté vos travaux à des décisionnaires, à des banques centrales, à des organisations internationales ou à des groupes de l’industrie, ou encore à des pairs du milieu de la recherche dans votre domaine ou dans un domaine connexe?
- Vos travaux ont-ils fait l’objet d’une couverture médiatique qui a sensibilisé le grand public à d’importants enjeux économiques? (Par exemple, votre article dans La Conversation Canada a-t-il figuré parmi les textes les plus lus du mois de sa publication?)
- Vos ensembles de données, codes ou outils analytiques ont-ils été adoptés par d’autres chercheuses et chercheurs ou praticiennes et praticiens?
- Vos travaux ont-ils remis en question les idées reçues, ou entraîné un changement de paradigme au sujet d’un problème donné? Remettez-vous en question la théorie, y apportez-vous des nuances, la faites-vous progresser ou vous appuyez-vous sur elle?
- Vous a-t-on demandé de donner des allocutions, de rédiger des articles de synthèse, de contribuer à des manuels ou de faire partie de comités de rédaction en raison de vos travaux?
- Vos travaux ont-ils été intégrés à du matériel pédagogique, à des manuels scolaires ou à des plans de cours au-delà de votre propre établissement?
Peu importe les questions auxquelles vous choisirez de répondre, vous devrez mettre en lumière les preuves de votre influence : les critiques de vos ouvrages, les établissements où vous avez pris la parole, ou les documents de politiques qui font mention de votre travail.
Pour chaque thème, quantifiez dans la mesure du possible vos contributions : précisez le nombre de publications, de conférences ou d’allocutions. Puis allez au-delà des statistiques. Expliquez les répercussions de votre travail; décrivez son influence sur les autres personnes, et son retentissement dans les contextes universitaires et au-delà. Si votre projet portait sur la dynamique du marché du travail, le fait que des chercheuses et chercheurs en politique monétaire, en commerce international, en développement urbain et en financement des soins de santé l’aient cité prouve sa pertinence pour l’ensemble des sciences économiques, et non seulement pour votre sous-domaine. (Une analogie parallèle pour les non-économistes qui lisent cette chronique : si votre travail porte sur les coléoptères, et s’il est cité par des spécialistes des ours polaires, du saumon rouge et des crocodiles d’eau douce, vous avez une influence considérable sur la zoologie, qui dépasse la coléoptérologie.)
Que vous choisissiez de recenser l’ensemble ou une partie de vos contributions à chaque thème, employez un style traditionnel de présentation des références, et envisagez de faire ressortir votre nom parmi la liste des coautrices et coauteurs en le mettant en caractères gras. Et, si vous avez été chercheuse ou chercheur principal dans le cadre d’une subvention qui a donné lieu à plusieurs publications, précisez votre rôle de supervision.
Bien entendu, en vous recommandant de vous concentrer sur les preuves de l’incidence de votre travail, je laisse entendre que cette section de votre CV ne devrait pas porter sur vos projets en cours ou vos publications à venir. Il est en effet difficile de prouver qu’un projet qui n’a pas encore été lu par les autres est important. Votre article à paraître n’a pas encore eu une incidence dont vous pouvez fournir la preuve.
Toutefois, si vous êtes au début de votre carrière et ne pouvez pas répondre aux questions posées ci-dessus, vous devrez peut-être présenter dans cette section des projets en cours ou des articles à venir. Dans ce cas, consacrez la majeure partie de votre texte à décrire votre approche et vos résultats, tout en précisant les retombées prévues – par exemple, vous avez publié un article dans le Journal de XYZ pour interpeller les chercheuses et chercheurs qui pourront appliquer votre travail dans les études de X, à la théorie Y ou auprès de la population Z. Dans la mesure du possible, précisez comment vous mesurerez ces retombées.
3. Activités de supervision et de mentorat
La dernière section, qui devrait occuper au plus une page et demie, met en lumière vos activités de formation auprès de membres de la population étudiante, de titulaires de bourses postdoctorales, de membres du corps professoral en début de carrière et, s’il y a lieu, d’auxiliaires de recherche travaillant dans votre établissement ou dans la collectivité.
Donnez d’abord un aperçu de votre expérience de supervision : le nombre total de chercheuses et chercheurs postdoctoraux, et d’étudiantes et étudiants au doctorat, à la maîtrise et au premier cycle que vous avez mentorés. Faites la distinction entre les auxiliaires de recherche et les étudiantes et étudiants réalisant un projet de synthèse ou une thèse, et, bien sûr, tenez compte des personnes non étudiantes s’il y a lieu. Voici mes recommandations pour cette section.
- Mettre en lumière le parcours professionnel des personnes formées. Où vos anciens étudiants et étudiantes travaillent-ils? Dans le milieu universitaire, au gouvernement, ou au sein de groupes de réflexion ou du secteur privé? Y a-t-il un lien concret entre leurs postes et leur formation? Certaines de ces personnes ont-elles ensuite fait des études supérieures, et si oui, dans quelles disciplines et quels établissements? Ont-elles remporté des prix ou des bourses de recherche? Le parcours de ces personnes rend compte de la qualité de vos activités de supervision et de mentorat, même si, bien entendu, votre influence sur leurs résultats n’est pas forcément causale.
- Quantifier votre approche collaborative de la recherche. Quel pourcentage de vos récentes publications dans des revues étaient cosignées par des mentorées et mentorés? Ces personnes ont-elles souvent donné conjointement avec vous des conférences? Dans la plupart des disciplines, ces collaborations prouvent votre volonté de former les chercheuses et chercheurs en début de carrière plutôt que de profiter de leur travail.
- Aborder directement la question de l’équité, de la diversité et de l’inclusion. Les sciences économiques présentent des lacunes notoires en matière de diversité, les femmes et les personnes autochtones et racialisées y étant constamment sous-représentées (voir notamment Amarante et coll., 2021; Auriol, 2022; Buckles, 2019; Bayer et Wilcox, 2019). Décrivez les mesures concrètes que vous prenez pour recruter et retenir les mentorées et mentorés provenant de groupes sous-représentés. Vous associez-vous à des organismes soutenant les étudiantes et étudiants appartenant à ces groupes? Avez-vous adopté des pratiques de mentorat ou de soutien éprouvées qui visent à lever les obstacles connus en sciences économiques (voir notamment Mitch, 2024; Antman et coll., 2025)? Pensez aux pratiques quotidiennes qui renforcent le sentiment d’appartenance : rencontres de recherche régulières, processus de rétroaction, occasions de perfectionnement professionnel et possibilités d’élargir les réseaux professionnels. Comment vous assurez-vous que ces pratiques sont inclusives?
En somme, le CV descriptif vous invite à résumer vos contributions et à interpréter leur importance, plutôt qu’à simplement fournir une liste de noms et de dates. Vous cherchez à démontrer la qualité de votre travail, en vous appuyant sur des preuves et sur une argumentation logique – deux choses que les économistes connaissent bien. Le défi consiste à trouver les preuves illustrant l’étendue réelle de votre influence et de votre incidence, que ce soit seulement dans le milieu universitaire ou au-delà.
Les CV descriptifs les plus efficaces démontrent le leadership intellectuel et la capacité à faire progresser le savoir, lesquels ne supposent pas forcément que les travaux sont appliqués ou utilisés à l’extérieur du milieu universitaire.
Le CV descriptif n’est pas contraire aux façons de faire en sciences économiques : il donne l’occasion de montrer en quoi une analyse économique rigoureuse approfondit notre compréhension du comportement humain, de l’efficacité des politiques et du bien commun – autrement dit, de la nature humaine. Saisissez cette occasion de brosser un portrait complet des retombées de vos projets de recherche. Mon nouveau modèle gratuit de CV descriptifpourrait vous aider à rédiger votre CV des trois organismes.
Postes vedettes
- Chaire de recherche Impact+ Canada en résilience démocratique et communautaire en contexte éducatifUniversité de Montréal
- Sociologie - Professeure adjointe ou professeur adjointUniversité Laurentienne
- Vice-rectrice, vice-recteur aux ressources humaines et à l’administrationUniversité du Québec à Rimouski
- Médecine - Professeure adjointe ou professeur adjoint (sciences pharmaceutiques)Université d'Ottawa
- Direction, Service des ressources humainesUniversité Saint-Paul
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