La prévention de la détresse psychologique et du suicide en contexte d’enseignement supérieur : quelques pistes de réflexions pour l’avenir
La prévention du suicide en enseignement supérieur demeure surtout centrée sur les crises individuelles, malgré le poids des facteurs institutionnels dans la détresse étudiante.
Au Québec, 25% des personnes étudiantes en enseignement supérieur (PÉES) au collégial et 21% des PÉES universitaires ont actuellement des idéations suicidaires, des proportions qui s’inscrivent dans les tendances observées à l’échelle internationale.
Les établissements d’enseignement supérieur (ÉES) et leur écosystème ont un rôle clé à jouer dans la prévention de la détresse et du suicide de cette population. Cette responsabilité est reconnue dans plusieurs politiques québécoises comme le Plan d’action en santé mentale étudiante en enseignement supérieur (PASME), le Cadre de référence sur la santé mentale étudiante, ainsi que la Stratégie nationale de prévention du suicide : Rallumer l’espoir.
Mais que nous dit réellement la recherche récente sur les mécanismes qui mènent à la détresse et aux comportements suicidaires en contexte d’études supérieures ? Et surtout, les stratégies actuellement mises en place répondent-elles aux réalités vécues par les personnes étudiantes ?
Pour répondre à ces questions, nous avons réalisé une étude de la portée portant sur la littérature scientifique publiée entre 2014 et 2025. L’analyse de 82 études primaires et de 15 recensions a permis de mieux comprendre les facteurs associés au risque suicidaire chez les personnes étudiantes en enseignement supérieur (PÉES), mais aussi d’identifier les approches de prévention les plus prometteuses.
Des facteurs liés au contexte universitaire
Au-delà des facteurs de risque généralement associés à un risque accru de suicide, les PÉES sont confrontées à des facteurs liés au contexte d’études, comme le stress et la pression de performance, les défis de conciliation études-travail-vie personnelle, les difficultés économiques, le manque de soutien professionnels et social dans l’ÉES. La figure 1 illustre les différents facteurs identifiés dans la recension des écrits.

Les facteurs de protection pouvant réduire le risque suicidaire en contexte d’ÉES sont moins largement étudiés et comprennent des éléments comme les saines habitudes de vie, le soutien social par les pairs, les proches et le personnel, un climat institutionnel favorable à la santé mentale, un environnement et une culture inclusifs ou le soutien lors des transitions académiques.
Des stratégies surtout centrées sur les crises individuelles
Très peu de programmes de prévention du suicide reposent sur des changements touchant les facteurs de risque et de protection présents dans les ÉES (culture de compétitivité, valorisation de la demande d’aide). La plupart des programmes proposés et évalués visent principalement le repérage et la prise en charge de personnes présentant un niveau élevé de détresse psychologique, n’utilisant pas les ressources disponibles ou encore présentant des comportements suicidaires (programmes de dépistage, formations en pair-aidance, interventions thérapeutiques brèves).
Ces programmes sont généralement adaptés à partir de ce qui se fait dans la communauté en général, comme les programmes sentinelles. Il serait donc important de développer et d’évaluer des interventions qui visent précisément les facteurs de risque et de protection ainsi que les mécanismes en jeu dans le parcours des PÉES. À ce titre, le Programme socio-écologique de prévention du suicide en milieu universitaire (figure 2) semble prometteur puisqu’il intègre des mesures visant un changement culturel, institutionnel et social avec des mesures d’intervention individuelles. Sa structure semble adaptable au contexte des ÉES au Québec.

L’intégration de services de soutien et cliniques en santé mentale sur les campus est souvent proposée. Elle soulève des enjeux de collaboration intersectorielle, de partage des responsabilités et du rôle des ÉES dans le continuum de services, qui devraient être traités entre institutions et au niveau des politiques publiques avant de pouvoir être appliqués sur les campus.
Il est également intéressant de noter la disparité entre les recommandations issues des stratégies de santé publique, comme le PASME et la littérature scientifique disponible. D’un côté, les recommandations d’experts sont de mettre en œuvre des programmes touchant tous les niveaux du continuum de prévention, alors que d’un autre, la recherche scientifique s’est concentrée sur des programmes ancrés dans un seul niveau du continuum. La plupart des études disponibles présentent des activités individuelles ou des programmes cliniques combinant des outils de dépistage avec des outils d’intervention en situation de détresse. Malgré les recommandations d’associer des interventions de différents niveaux dans un continuum de prévention, rares sont les études qui proposent et surtout évaluent ce type d’approches. Des travaux devraient être conduits dans ce domaine dans le futur afin de soutenir la mise en œuvre des recommandations portant sur le continuum de prévention proposées dans le PASME, dans la Stratégie nationale de prévention du suicide et dans le cadre de référence sur la santé mentale étudiante).
Comment utiliser cette information pour améliorer les programmes de prévention du suicide dans les ÉES?
- Pour renforcer la prévention du suicide en ÉES, il est essentiel de s’appuyer sur une théorie du programme permettant de définir clairement le problème et les besoins spécifiques des PÉES ainsi que de construire des programmes structurants sur et hors campus.
- Les programmes de prévention doivent inclure des activités ciblant non seulement les facteurs de risque et de protection, mais aussi les mécanismes psychosociaux propres aux ÉES, tels que la culture de compétitivité ou les normes institutionnelles influençant le bien-être.
- Il est également nécessaire d’intégrer explicitement les stratégies de prévention du suicide mises en place dans les ÉES au continuum plus large de la prévention du suicide communautaire, notamment en collaborant avec les services institutionnels de santé mentale et les organismes communautaires en prévention du suicide.
- Chaque programme devrait être accompagné d’un protocole d’évaluation afin de bien comprendre l’adéquation des programmes avec les besoins des PÉES et de leurs ÉES, la qualité de l’implantation dans le milieu et l’effet sur la détresse et les comportements suicidaires. Une telle démarche exige un engagement à long terme envers des programmes structurants, capables d’assurer une prévention durable de la détresse et du suicide au sein des ÉES.
Pour aller plus loin
La Station SME propose plusieurs informations et des outils pour soutenir les établissements en enseignement supérieur qui souhaitent prévenir le suicide. Une banque d’outils spécifiquement pour la population étudiante est aussi disponible pour soutenir leur santé mentale.
Cet article s’inscrit dans le cadre d’une série d’articles mensuels sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur portée par l’Observatoire sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (OSMÉES) et l’Initiative sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (ISMÉ).
Postes vedettes
- Sociologie - Professeure adjointe ou professeur adjointUniversité Laurentienne
- Direction, Service des ressources humainesUniversité Saint-Paul
- Biochimie, chimie, physique et science forensique - Professeure régulière ou professeur régulier (traces numériques)Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)
- Médecine - Professeure adjointe ou professeur adjoint (sciences pharmaceutiques)Université d'Ottawa
- Chaire de recherche Impact+ CanadaUniversité du Québec à Rimouski
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