Qu’est-ce qu’on fait vraiment, au doctorat?

Comment raconter ma vie de doctorante à mes proches?

07 mai 2026
Illustration par : Vladimir Ivankin

Intéressée par la pédagogie des relations internationales et passionnée par le milieu universitaire, j’ai décidé en 2019 de préparer un doctorat à l’Université McMaster. J’allais alors poursuivre un parcours de recherche et d’enseignement, où je constaterais que mes proches ont une vision bien différente de mon travail et de la vie aux études supérieures. Je souhaite donc ici combler le fossé entre les idées reçues et les réalités d’une personne doctorante.  

Photo courtoisie de : Mehak Kapur

Première idée reçue : Les doctorantes et doctorants sont des spécialistes qui assistent à des cours magistraux et passent des examens  

Pour mon entourage, une personne doctorante connaît tout d’une discipline, comme une encyclopédie ou Internet. Pour ce faire, elle assiste chaque jour à des cours magistraux, prend des notes pour les mémoriser, et met ses connaissances à l’épreuve en passant des tests normalisés à choix multiples ou à réponses courtes. La pensée critique et la recherche ne sont pas nécessaires.   

Ma réalité : Le doctorat est une affaire de recherche : on cherche à répondre à une question par une démarche approfondie et rigoureuse pour enrichir de manière novatrice et créative le corpus de connaissances d’un domaine.  

À ma première année aux études supérieures, j’ai suivi des cours qui se sont conclus par des examens de synthèse de 72 heures où il fallait répondre à trois questions sur la théorie des relations internationales, tout en rédigeant des dissertations argumentatives faisant appel à la pensée critique. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les cours magistraux offraient une expérience d’apprentissage actif (loin d’être passif) qui exigeait la participation à des discussions en séminaire. Avant chaque cours, je prenais soin d’analyser des lectures obligatoires et complémentaires.  

Deuxième idée reçue : Publier des travaux de recherche amène la gloire, la richesse et la sécurité d’emploi 

Publier rapporte forcément de l’argent, non?! Sinon, ça mène sûrement à un emploi.  

Ma réalité : Cette idée est très loin de la réalité. Publier des travaux permet aux universitaires comme moi d’apporter leur contribution et de se présenter au milieu. J’ai, par exemple, corédigé un article avec des universitaires émérites dans une revue évaluée par un comité de lecture. Même si je n’ai pas eu de rétribution financière, j’étais aux anges d’avoir publié cet article – en anglais, de surcroît, qui n’est pas ma langue maternelle. L’expérience m’a confirmé que je pouvais bel et bien avoir des discussions savantes dans ma deuxième langue, en plus de mûrir ma réflexion sur la nécessité de certaines actions pour m’accomplir comme universitaire.  

Pour ma famille et mes amies et amis qui se posent la question, je précise que je tire des revenus de mes charges de cours et de mes mandats comme auxiliaire d’enseignement, et non de mes publications de recherche.  

Troisième idée reçue : Enseigner, c’est passer du temps en classe et donner des notes  

Mes proches pensaient que mon travail de chargée de cours et d’auxiliaire d’enseignement se résumait à se présenter en classe. Ils m’imaginaient répéter le contenu (sans doute en lisant mes notes ou un manuel) et donner des notes sans offrir de rétroaction constructive. En bref, ils pensaient que mon travail de pédagogue ne supposait aucune réflexion ou planification. 

Ma réalité : Je tenais à me présenter en classe bien préparée, en ayant un but en tête, et à transmettre de l’information pertinente selon le niveau du cours. Je me suis donc formée en pédagogie et en éducation en suivant des cours et des ateliers offerts par le centre d’enseignement et d’apprentissage de mon université. Inspirée par mon propre parcours de perfectionnement, j’ai lu sur les activités susceptibles de motiver les étudiantes et étudiants (par exemple, les travaux multimodaux, comme les analyses de film et les analyses verbales), déniché différentes ressources rédactionnelles et structuré les séances à partir de commentaires utiles (recueillis, par exemple, d’étudiantes et étudiants internationaux à qui j’assure du mentorat). Je ne me suis pas contentée d’être présente et de noter : j’ai investi temps et énergie pour affiner mes compétences d’enseignement afin de soutenir l’apprentissage des étudiantes et étudiants. J’ai déployé des efforts intellectuels et émotionnels bien au-delà de ce que laissait présager mon contrat d’enseignement. 

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