Apprendre à dire non…ou pas!

Trouver l’équilibre entre ambitions, attentes institutionnelles et limites personnelles.

Photo par : Jacob Wackerhausen

La carrière universitaire regorge d’occasions de toutes sortes dans toutes les facettes de la tâche professorale. Il s’avère littéralement impossible de tout faire. Par exemple, et sans s’y restreindre, en enseignement, on peut toujours peaufiner ses cours, en préparer des nouveaux, accepter une nouvelle direction de mémoire ou de thèse. En recherche, on peut toujours ajouter un nouveau projet, rédiger une nouvelle demande de subvention, un article de plus, accepter une nouvelle collaboration internationale. Dans les autres activités universitaires, on peut se perdre dans toutes les occasions de participer à un comité d’évaluation de bourses, de prix, de subvention. On peut accepter un mandat d’administration pédagogique, et pourquoi pas la rédaction d’une nouvelle chronique tous les mois!  

Dans ce foisonnant contexte, comment peut-on voir plus clair afin de ne pas succomber à la surcharge professorale consentie? Vous avez sûrement entendu des collègues expérimentés ou votre direction au doctorat dire qu’il faut apprendre à dire non. Est-ce un bon conseil, un vœu pieu ou une injonction supplémentaire imposée aux recrues? Il y a probablement un peu de vrai dans ces trois hypothèses. 

La maxime de Socrate, « connais-toi toi-même », semble triviale, mais elle s’avère néanmoins essentielle pour trouver l’équilibre entre les tâches professorales. En effet, comment concilier les objectifs, les attentes – explicites ou implicites – de votre groupe d’appartenance (département, équipe de recherche, etc.)? Au risque d’avoir l’air d’oublier ce que nous rédigeons d’une chronique à l’autre, nous insistons sur l’importance d’expliciter les attentes collectives afin d’aider tout le monde. Si les plus expérimentés du groupe ne pensent pas de le faire, pourquoi ne pas instaurer la conversation comme recrues en exprimant votre besoin d’équilibre? 

Les formes varient, mais les conventions collectives imposent habituellement le dépôt d’un plan de travail, afin d’annoncer à votre assemblée départementale ce que vous comptez faire de la prochaine année. Pourquoi ne pas profiter de l’exercice pour voir un peu plus loin? Sans vous astreindre coûte que coûte à ce que vous indiquez, cette planification permet de fixer des objectifs pour l’an prochain, mais aussi à plus long terme, par exemple dans trois ans ou dans cinq ans. 

Il est vrai que l’avenir est parfois imprévisible. Les occasions peuvent survenir inopinément, après avoir participé à un colloque, après la publication d’un article qui suscite un intérêt pour votre expertise afin d’évaluer une thèse, un article ou pour faire une conférence à l’étranger. Comment discriminer les occasions que l’on accepte de celles qu’on refuse? Avec un plan de travail aux contours mieux définis, quand une nouvelle occasion se présente, vous avez alors une image plus claire de la situation. Puis-je accepter et reporter, par exemple, un projet ou le dépôt d’un article, afin de faire de la place au nouvel élément? Parfois, il faut profiter du moment, de la conjoncture autour d’une proposition. Avec un plan clairement établi, il est possible de décider en connaissance de cause. L’arbitrage entre les engagements est plus facile à faire. Il serait possible d’en accepter un en sachant qu’une autre échéance arrive à peu près simultanément, et d’être conscient que, pour une période donnée, il faudra composer avec une surcharge de travail. Bien sûr, l’idée étant d’éviter les surcharges à long terme, même si vous acceptez d’en subir une temporairement.  

Quand une occasion se présente, il importe de se demander pourquoi on souhaite l’accepter. Effectivement, l’inquiétude de ne pas remplir les exigences pour son évaluation peut s’avérer être une mauvaise conseillère. Il faut se demander où cette nouvelle contribution s’insère dans son plan de travail. Par exemple, est-ce que le nouveau cours en question vous procure une occasion jusque-là inexistante d’enseigner des contenus directement dans votre champ, ou vous pensez l’accepter ponctuellement pour dépanner une collègue? Est-ce que cette nouvelle demande de subvention vous permet de couvrir une facette inexplorée de votre objet d’étude? 

En fait, apprendre à dire non est différent de tout refuser systématiquement pour ne s’en tenir obstinément qu’à son plan de travail. Il s’agit de prendre le contrôle sur sa carrière et d’accepter les occasions qui procurent une plus-value à son développement professionnel, sans se faire crouler dans la surcharge. 

Eh oui, vous avez raison : c’est plus facile à dire qu’à faire!

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