Le Canada veut consolider son leadership en IA grâce à ses universités
L’expansion du programme des chaires en IA Canada-CIFAR pourrait faire du Canada « un véritable un chef de file ».
Le gouvernement fédéral fera passer le nombre de chaires en IA Canada-CIFAR de 143 à près de 200 dans le cadre de la nouvelle stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle, L’IA pour tous, dévoilée le 4 juin à Toronto par le premier ministre Mark Carney.
La stratégie prévoit un rôle important pour les universités, non seulement dans la recherche, mais aussi dans la commercialisation des découvertes en IA et dans la formation pour améliorer la littératie en IA des étudiantes et étudiants et des travailleuses et travailleurs.
Robert Asselin, chef de la direction de U15 Canada, une association de quinze grandes universités de recherche, a affirmé que la stratégie « mise encore davantage sur ce qui a fait du Canada un chef de file en IA, soit la recherche, les talents et l’expertise ».
L’augmentation du nombre de chaires en IA vient reconnaître que « sur le plan de l’innovation, le Canada peut réellement se démarquer », a ajouté M. Asselin, qui a été consulté par le ministre de l’Intelligence artificielle, Evan Solomon, et son équipe lors de l’élaboration de la stratégie.
« Évidemment, nous sommes en concurrence avec des géants technologiques américains qui investissent massivement en IA jour après jour », a-t-il précisé.
Du recrutement international pour pourvoir les nouvelles chaires du CIFAR
Le CIFAR, l’Institut canadien de recherches avancées (ou Canadian Institute for Advanced Research), finance à long terme les chaires en IA dans les trois instituts canadiens du domaine : l’Institut de l’intelligence artificielle de l’Alberta (Amii) à Edmonton, Mila à Montréal et l’Institut Vecteur à Toronto.
Le président et chef de la direction du CIFAR, Stephen Toope, a qualifié l’annonce de jeudi de « démonstration forte que la recherche et les talents de calibre mondial demeurent le moteur principal de l’avenir technologique du Canada. »
« Partenaire clé de la Stratégie pancanadienne en matière d’IA depuis 2017, le CIFAR a contribué à asseoir le leadership mondial de notre pays dans le domaine de l’intelligence artificielle » et « assure la cohésion d’un milieu de recherche collaboratif qui propulse l’innovation canadienne vers l’avant », a déclaré M. Toope dans un communiqué.
Cam Linke, président-directeur général de l’Amii et membre du Conseil consultatif en matière d’intelligence artificielle du Canada, a indiqué à Affaires universitaires que « l’expansion du programme de chaires offre aux universités le soutien dont elles avaient cruellement besoin pour continuer à attirer des talents d’exception au Canada et renforce la réputation du pays comme destination de choix pour la crème de la crème du milieu de la recherche et de la communauté étudiante ».
Soulignant que de nombreux pays courtisent les mêmes spécialistes de la recherche, de l’ingénierie ou des secteurs techniques en leur offrant un processus d’immigration accéléré, des salaires élevés, un accès à des capacités de calcul avancées et des sources de capitaux importants, le document L’IA pour tous promet d’accélérer l’entrée au Canada de professionnelles et professionnels hautement qualifiés en IA et de faciliter leur accès à la résidence permanente.
Les universités appelées à favoriser la littératie en IA
M. Linke a souligné l’accent mis par la stratégie fédérale sur la littératie en IA, qui a pour objectif de rejoindre un million d’étudiantes et étudiants de premier cycle et de former plus de 3 000 enseignantes et enseignants grâce à des trousses pédagogiques.
L’an dernier, l’Amii a reçu 5 millions de dollars de Google.org pour lancer Préparation de la main-d’œuvre à l’IA, une initiative nationale visant à intégrer la littératie en IA dans les cursus scolaires, des affaires à la santé. Ce sont 25 universités et collèges qui y participent avec leurs 125 000 étudiantes et étudiants.
Cependant, le document L’IA pour tous souligne que moins du quart des Canadiennes et Canadiens ont reçu une formation officielle en IA et que la confiance du public envers cette technologie demeure faible : environ la moitié y voit une « menace pour l’humanité ».
« Le Canada accuse un retard important en matière de formation et de littératie en IA, et [le] combler […] constitue le fondement de toutes les autres actions », indique le document.
David Hornsby, vice-recteur adjoint à l’enseignement et à l’apprentissage global à l’Université Carleton, estime que la stratégie fédérale renforce l’idée selon laquelle « les universités sont des partenaires de formation essentiels pour la littératie en IA » et joueront un rôle clé pour aider le gouvernement fédéral à atteindre son objectif de voir 60 % des entreprises canadiennes, en particulier les PME, adopter des outils d’IA d’ici 2034.
Un investissement de 130 millions pour la commercialisation
Dans le cadre de sa stratégie, le gouvernement fédéral promet d’investir 130 millions de dollars dans des programmes de commercialisation au sein de l’Amii, de Mila et de l’Institut Vecteur. Parmi ceux-ci, on prévoit un programme de résidence en entrepreneuriat « afin de soutenir l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs en IA ».
Selon la stratégie, le leadership du Canada à l’échelle mondiale quant à la recherche en IA doit « créer des avantages économiques » sous forme de produits et de services, ce qui « exige un écosystème de commercialisation adapté à la vitesse et à la nature intersectorielle de l’IA ».
Pour ce faire, « les instituts nationaux sur l’IA doivent transformer davantage de leurs percées scientifiques en entreprises locales grâce à la collaboration avec des fournisseurs de capital de risque, l’industrie et les grappes d’innovation mondiales ».
M. Linke ajoute que « globalement, le Canada dispose d’une excellente occasion d’affirmer son leadership en IA, grâce aux investissements que les universités ont réalisés dans la recherche en IA depuis plusieurs décennies ».
La prise de décision humaine : la grande absente de la stratégie
Le vice-recteur adjoint Hornsby souligne que la stratégie reconnaît « la dimension de la recherche, notamment par l’investissement dans les chaires en IA Canada-CIFAR, l’accélération des voies d’attraction des talents internationaux et la création d’un nouveau programme de missions en IA », lequel comprend un engagement de 200 millions de dollars pour améliorer la santé des Canadiennes et Canadiens grâce à l’IA.
Des universités comme Carleton « sont tout à fait prêtes, grâce à des capacités importantes en recherche de pointe en IA », indique celui qui est aussi professeur à l’École des affaires internationales Norman Paterson.
Il relève toutefois une lacune dans la stratégie.
« Il est beaucoup question de sécurité, de confiance et d’éthique dans l’utilisation de l’IA, mais j’aurais aimé qu’on reconnaisse davantage la nécessité de la prise de décision humaine, un aspect essentiel que nous avons clairement identifié à Carleton dans l’élaboration de notre cadre », explique-t-il.
L’Université Carleton a lancé en avril son propre cadre en IA à l’issue d’une consultation à l’échelle du campus.
« Même si l’IA peut nous aider à améliorer la productivité ou à accomplir des tâches répétitives, il faut conserver un regard humain pour s’assurer qu’elle fait réellement ce que nous souhaitons. On ne peut pas la laisser fonctionner entièrement par elle-même. »
Quoi qu’il en soit, il estime que si les universités « parviennent à travailler de manière coordonnée et à mener des recherches innovantes tout en réfléchissant collectivement à l’aspect pédagogique de la littératie en IA et aux enjeux éthiques, le Canada a le potentiel de se placer à l’avant-garde ».
Postes vedettes
- Sociologie du travail - Professeure régulière ou professeur régulierUniversité Laval
- Chaire de recherche du canada de niveau 2 sur la transformation des pratiques en santéUniversité du Québec à Trois-Rivières
- Génie - Professeure ou professeur (aérospatial - opérations d’engins spatiaux)École de technologie supérieure
- Chaire de Recherche du Canada de niveau 2 sur la résilience démocratiqueUniversité du Québec à Trois-Rivières
- Chaire de recherche, niveau 2 sur les liens vasculaires avec le neurodéveloppementUniversité d'Ottawa
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