Les universités cherchent leur place dans les élections québécoises

Les universités peinent à se faire entendre des partis politiques et de l’électorat québécois dans une élection dominée par la guerre commerciale avec les États-Unis et la hausse du coût de la vie. Pourtant, les universités se voient comme des piliers importants pour relever ces défis.

14 septembre 2026
Illustration par : RAM Creative

Le 1er septembre dernier, le Bureau de coopération interuniversitaire (BCI) a publié quatre revendications en vue de l’élection québécoise du 5 octobre. Deux de celles-ci concernent le financement des universités, de la recherche, des infrastructures et de la transformation numérique.  

Les établissements québécois souffrent d’un sous-financement structurel de près d’un milliard de dollars par rapport à ceux des autres provinces, selon un rapport de l’économiste Pierre Fortin, dont une mise à jour a été présentée par le BCI en avril.  

Leurs finances ont aussi pâti de la baisse d’inscriptions internationales découlant de changements d’orientation des politiques d’immigration au Canada et au Québec.  


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« Les universités québécoises s’efforcent de réduire l’impact de ce sous-financement sur les étudiants, mais nous ne pouvons pas offrir le même niveau de services avec un tel écart de moyens », déplore Christian Blanchette, président du BCI.   

Madeleine Pastinelli, présidente de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU), partage ces inquiétudes. « On ne peut plus continuer de faire semblant qu’un sous-financement jumelé à une hausse des coûts de fonctionnement et à une baisse des revenus provenant des étudiants internationaux n’aura pas de conséquences négatives », alerte-t-elle. 

Les cinq principaux partis politiques québécois n’avaient, en date du 9 septembre, à peu près aucun engagement envers l’enseignement supérieur dans leur plateforme électorale. « Pourtant, le travail qui se fait dans les universités ne concerne pas que ces établissements, rappelle-t-elle. Il a un impact sur l’ensemble de la société et génère des retombées pour toute la population. » 


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Investir dans le béton 

Par ailleurs, 44  % des immeubles universitaires sont en mauvais ou très mauvais état, selon le Plan annuel de gestion des investissements publics en infrastructures 2026-2027. Ce déficit de maintien des actifs (DMA) est évalué à 1,4 milliard de dollars. 

Or, le Plan québécois des infrastructures 2026-2036 prévoit une baisse des fonds consacrés au maintien, à la réparation et au remplacement d’actifs en enseignement supérieur jusqu’en 2028-2029. Ils devraient ensuite recommencer à augmenter. « Nous ne sommes plus dans une dynamique de développement, nous tentons simplement de préserver ce que nous avons », s’inquiète M. Blanchette. 

Ce dernier souhaite que les partis politiques voient l’importance du secteur universitaire et le soutiennent efficacement. Les deux autres revendications du BCI concernent justement la reconnaissance des universités comme partenaires des stratégies de développement, d’attraction et de rétention des talents, ainsi que dans l’élaboration des politiques publiques. 

Des besoins en recherche 

Le 9 septembre, c’était au tour de l’Acfas de faire connaître ses attentes électorales. Une consultation avec ses membres et des organismes soutenant la relève en recherche et la culture scientifique a permis d’établir trois priorités et 23 propositions. Leur objectif est d’accroître la place de la science dans la prise de décision, de renforcer les fondations de la recherche québécoise et de retenir les talents. 

L’Acfas demande entre autres des fonds pour appuyer la relève en recherche. « Il en va de l’avenir des sciences et de l’avancement des connaissances », souligne Sophie Montreuil, directrice générale de l’Acfas. L’organisme affirme que l’attractivité des cycles supérieurs souffre notamment de la précarité financière des personnes étudiantes. 

Près de la moitié des propositions de l’Acfas concernent des réinvestissements dans les établissements et les collèges, ainsi que dans le financement public de la recherche. L’organisme présente des mesures pour stimuler la recherche et la science en français, comme un plancher minimal de financement destiné à la recherche réalisée ou publiée dans cette langue, une bonification du volet recherche du Programme d’appui à la francophonie canadienne, et un soutien à la découvrabilité de la recherche en français. 

Enfin, l’Acfas insiste sur le rôle des scientifiques dans les prises de décision des institutions publiques. Elle propose notamment d’instituer des espaces de dialogue régulier entre scientifiques, fonctionnaires et personnes élues, et de soutenir plus de projets de recherche en partenariat avec les ministères. « Les fonctionnaires et les élus doivent avoir un lien et un dialogue soutenus avec la communauté de recherche, afin de baser leurs décisions sur des données et des savoirs qui sont à jour », juge Mme Montreuil. 

Pour que les universités jouent ce rôle, on devra aussi préserver la liberté académique et l’autonomie des établissements. Ces dernières années, le financement des universités et de la recherche a été de plus en plus subordonné à des priorités gouvernementales, souvent de court terme. « La formule de financement des universités ne doit pas entraver le libre choix de sujets de recherche, même lorsque ceux-ci paraissent plus nichés, souligne le président du BCI. C’est nécessaire pour développer la recherche et la formation dont le Québec aura besoin demain. » 

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