Le projet pilote francophone commence à porter ses fruits
Des taux d’approbation en hausse et des retombées qui se font sentir dans les établissements et les communautés.
Près de deux ans après la plainte déposée par l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC) auprès du Commissariat aux langues officielles pour contester la décision du gouvernement fédéral d’instaurer un plafond des permis d’études délivrés aux étudiantes et étudiants internationaux, le gouvernement canadien a récemment prolongé le Programme pilote pour les étudiants dans les communautés francophones en situation minoritaire (PPCFSM) jusqu’en août 2027. Une nouvelle dont s’est fortement réjoui l’ACUFC, au moment où les données de terrain permettent de mesurer la portée du programme.
« La métrique du taux d’approbation est très éloquente, soulève Martin Normand, président-directeur général à l’ACUFC. On approche du 70 % d’acceptation pour les permis d’études des personnes passées par le pilote, ce qui dépasse la moyenne canadienne. Cela montre la capacité du programme à agir directement sur un problème majeur que nous avions identifié. »
Selon les données d’IRCC, le taux d’approbation du programme atteignait 65 % en décembre 2025, comparativement à des taux historiques de 34 % pour les personnes étudiantes d’Afrique et du Moyen-Orient et de 39 % pour celles des Amériques en 2023.
Lors de sa première année, le projet pilote était assorti d’un plafond de 2 300 demandes. IRCC en a reçu 780, dont 71 % ont été approuvées. Pour sa deuxième année, le plafond a été porté à 2 970 demandes.
Par courriel, IRCC a confirmé qu’en date du 30 avril 2026, 515 personnes étudiantes étaient arrivées au Canada dans le cadre de ce programme pilote depuis son lancement en 2024.
Stabiliser les effectifs
Alors que la majorité des établissements se qualifiant au programme ont participé dès 2024, d’autres ont rejoint le projet lors de sa deuxième année. C’est le cas de l’Université de Saint-Boniface (USB), au Manitoba, qui prépare l’accueil de sa toute première cohorte issue du projet pilote pour la rentrée de septembre 2026.
« Même si nous nous sommes lancés dans le programme en décembre 2025, nous avons eu une vraiment bonne réponse de la future population étudiante, indique Robert Daudet, directeur du recrutement et des services à la population étudiante à l’USB. Nous avons déjà utilisé entre 80 % et 85 % de notre attribution pour l’année. »
M. Daudet apporte toutefois une nuance. « Ce n’est pas une initiative qui va faire en sorte qu’on double le nombre d’étudiants internationaux, et ce n’est pas l’intention de notre part non plus, mais cela aide à stabiliser le nombre d’étudiants qui viennent de l’étranger et qui viennent appuyer le reste de l’université. »
Des répercussions démographiques positives pour le français
Selon M. Normand, le quota d’admission distribué aux établissements représente une hausse proportionnelle d’environ 20 % de leur capacité historique d’accueil internationale. Lors de la deuxième année du programme, la majorité des 22 établissements membres de l’ACUFC, y compris dans les régions rurales et éloignées, ont pratiquement épuisé leurs places.
Lors du lancement du programme à l’automne 2024, le sociologue Jean-Pierre Corbeil formulait l’hypothèse selon laquelle les personnes participantes pourraient amener leurs proches, estimant le potentiel démographique à près de quatre personnes par ménage.
Près de deux ans plus tard, les premiers résultats semblent confirmer cette hypothèse. « Ce qu’on n’avait pas prévu, c’est que beaucoup de jeunes familles ont profité du programme, explique M. Normand. Ce n’est plus seulement une personne qui se déplace au Canada, ce sont quatre ou cinq personnes qui viennent s’implanter dans la communauté. » Selon lui ,le phénomène s’explique en partie par des critères d’admissibilité du projet qui ont attiré un profil de candidats plus âgé que la moyenne habituelle, incitant nombre d’entre eux à émigrer accompagnés.
« Nos établissements se mobilisent pour prouver à quel point ce programme bénéficie aux collectivités d’accueil et répond directement aux objectifs démographiques du Canada en matière d’immigration francophone », ajoute M. Normand.
Des imprévus sanitaires
La résurgence de l’épidémie d’Ébola en République démocratique du Congo (RDC), d’où provient une part significative des personnes candidates, assombrit la rentrée 2026 . « Dans la plupart des établissements, une grande partie des personnes étudiantes qui devaient entrer en septembre sont de la RDC, se désole Martin Normand. Les mesures sanitaires font en sorte que ça aura manifestement un effet sur les chiffres de l’année deux. Il se pourrait qu’un grand nombre d’étudiants de la RDC ne soient pas capables de venir en septembre comme prévu. »
En réponse à l’éclosion d’Ebola, le Canada a temporairement suspendu les documents d’immigration des ressortissants étrangers résidant en République démocratique du Congo (RDC), en Ouganda et au Soudan du Sud, ainsi que le traitement de leurs demandes au PPCFSM. IRCC assure toutefois que les personnes étudiantes qui ont été admises en deuxième année du programme pilote, mais qui ne peuvent pas se déplacer en raison des mesures prises pour lutter contre l’éclosion, peuvent communiquer avec leur établissement d’enseignement afin de reporter leurs études à la troisième année.
À l’USB, M. Daudet anticipe un impact mesuré d’environ quatre ou cinq étudiants congolais qui risquent de ne pas pouvoir arriver à temps pour le début des cours en septembre. Toutefois, grâce au taux d’approbation plus élevé permis par le projet pilote, il admet que l’établissement s’attend à accueillir globalement plus d’étudiantes et d’étudiants internationaux que prévu. Cependant, il se garde d’avancer un chiffre exact pour l’instant, de nombreuses demandes de permis d’études étant encore en cours de traitement par IRCC.
Postes vedettes
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