L’histoire à succès du Service d’aide à la recherche en français
En à peine trois ans, l’initiative chapeautée par l’Acfas s’est hissée au rang d’incontournable auprès des chercheurs et chercheuses d’expression française en milieu minoritaire du Canada. La suite s’annonce pourtant plus ardue.
Le Service d’aide à la recherche en français (SARF), destiné aux personnes chercheuses d’expression française évoluant en situation minoritaire, serait-il en voie de pérennisation ? C’est ce que pense Thierry Drapeau, directeur du SARF, qui a fêté en mai dernier sa troisième année d’existence. « Nous sommes en train de démontrer que nous offrons des services d’accompagnement essentiels à l’échelle pancanadienne », affirme-t-il en entrevue. L’initiative pilotée par l’Acfas bénéficie d’un financement en provenance de Patrimoine canadien, dans le cadre du Plan d’action pour les langues officielles, jusqu’en 2028.
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Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’année passée, 26 chercheurs et chercheuses ainsi que 8 étudiants et étudiantes aux cycles supérieurs ont bénéficié d’un coup de pouce du SARF dans la préparation de leurs demandes de financement de la recherche en français auprès des conseils subventionnaires fédéraux, pour un total de 34 personnes soutenues. C’est 14 candidatures de plus qu’en 2024, alors que 20 scientifiques avaient été accompagnés. « Jusqu’à maintenant, à la mi-2026, nous en sommes à plus de la moitié de nos chiffres de 2025, se réjouit Thierry Drapeau. La demande pour nos services suit clairement une tendance à la hausse. »
Cet engouement pour l’expertise du SARF serait le fait d’une campagne de bouche-à-oreille particulièrement efficace. « À nos débuts, à l’automne 2023, c’est surtout par l’entremise des réseaux de l’Acfas [particulièrement bien développés au Québec NDLR] que les chercheurs et chercheuses entendaient parler de nous », raconte-t-il. Les partages d’expérience ont depuis changé la donne. « On cogne désormais à notre porte parce que des collègues témoignent en bien de notre pertinence », souligne-t-il. Cela laisse penser que le SARF interpelle désormais des candidats et candidates tout particulièrement isolés dans un océan d’anglais.
L’identité des établissements d’enseignement supérieur bénéficiaires des services du SARF tend à accréditer ce scénario. Une part significative des ententes de partenariat conclues concerne en effet des universités dont la langue d’enseignement et de recherche est l’anglais, comme l’Université de Toronto, l’Université de la Colombie-Britannique et l’Université de Brandon. Notons en outre la présence du Collège La Cité d’Ottawa dans cette liste, seul établissement non universitaire à y figurer. « La signature d’une entente de principe formelle avec un établissement partenaire est une condition sine qua non pour bénéficier de nos services », rappelle Thierry Drapeau.
Un nouveau défi : convaincre les sciences naturelles
Le succès du SARF ne signifie toutefois pas que tous les obstacles ont disparu. Jusqu’à maintenant, la majorité de la cinquantaine de demandes de financement par le service concernent des concours du Conseil de recherches en sciences humaines. Les chercheurs et chercheuses des sciences « dures » font peu appel aux services du SARF.
Dans plusieurs disciplines scientifiques, l’anglais reste largement perçu comme la langue la plus susceptible de maximiser les chances d’obtenir du financement. C’est précisément pour s’attaquer à cet enjeu que le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) a signé, début mai, un protocole d’entente avec le SARF. Dès ses prochains concours, l’organisme subventionnaire fédéral mettra donc de l’avant les services du SARF auprès de cette communauté de recherche dans le but d’y augmenter le nombre de demandes de financement de recherche en français. « La portée symbolique de ce partenariat est grande, d’autant plus que c’est le CRSNG qui nous a approchés », indique M. Drapeau.
Il y a cependant fort à faire avant de crier victoire. En 2025, à peine 101 des 3375 demandes soumises dans le cadre du programme de subventions à la découverte du CRSNG, soit 3 %, l’ont été en français. « Les pourcentages varient un peu selon les concours, mais demeurent dans la même fourchette », confirme Anne-Marie Thompson, vice-présidente de la direction des subventions de recherche et bourses du CRSNG.
L’attachement pour l’anglais est particulièrement marqué dans les sciences naturelles, où 85 % des chercheurs et chercheuses jugent très ou extrêmement important de publier en anglais, lit-on dans un rapport de l’Acfas publié en 2021.
Le SARF ne s’attend pas à répliquer l’histoire à succès des dernières années auprès de cette communauté de recherche. « Les obstacles systémiques sont beaucoup plus difficiles à lever qu’en sciences humaines et sociales, où il existe un réel ancrage disciplinaire dans les réalités sociolinguistiques, admet M. Drapeau. Accompagner au moins une demande de financement de recherche en français de la part d’un chercheur ou d’une chercheuse en sciences naturelles serait matière à réjouissance. » Il ne reste qu’à voir qui prendra le risque d’aller à l’encontre de la croyance bien ancrée selon laquelle soumettre en français est désavantageux.
Postes vedettes
- Chaire de recherche, niveau 2 sur les liens vasculaires avec le neurodéveloppementUniversité d'Ottawa
- Médecine - Professeure adjointe ou professeur adjoint (épidémiologie clinique) (L001645)Université McGill
- Sociologie du travail - Professeure régulière ou professeur régulierUniversité Laval
- Génie - Professeure ou professeur (aérospatial - opérations d’engins spatiaux)École de technologie supérieure
- Art et science de l’animation - Professeure ou professeurUniversité Laval
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