Sus aux émissions indirectes !
Un nouveau guide développé de manière collaborative par les universités québécoises rend désormais possible la mesure des émissions de gaz à effet de serre de portée 3 dans l’enseignement supérieur.
Les universités québécoises pourraient passer à côté de l’essentiel de leur empreinte carbone. Selon certaines estimations, jusqu’à 87 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur proviendraient de sources indirectes encore largement difficiles à mesurer, dites émission de portée 3, avance l’Association canadienne du personnel administratif universitaire. Un nouveau guide développé par les universités québécoises entend justement combler cet angle mort.
« Tout porte à croire que cette estimation est fondée », assure Audrey Pomerleau-Boivin, agente de recherche et de planification au Bureau de la responsabilité sociale et environnementale de l’Université Laval, l’une des 17 universités québécoises ayant collaboré au développement d’un nouveau guide intitulé Quantification des émissions de GES de portée 3 en milieu universitaire. Grâce à cet outil produit sous l’égide du Réseau universitaire québécois en développement durable (RUQDD), ces universités pourront brosser un portrait fiable et complet des répercussions de leurs activités sur le climat.
« On parle beaucoup des déplacements professionnels, comme ceux réalisés par le corps professoral pour assister à des colloques et des conférences. Or, les émissions de portée 3 couvrent bien d’autres réalités qui ont trait à l’ensemble de la chaîne de valeur d’une université », explique Patrick Cigana, directeur du Bureau du développement durable et sociétal de Polytechnique Montréal. Il est par exemple question des biens et services achetés, comme l’équipement spécialisé de laboratoire ainsi que la construction et la rénovation de bâtiments.
Autrement dit, une université peut réduire sa consommation énergétique sur son campus, liée aux émissions de portée 1 et 2, tout en conservant une empreinte carbone importante liée à ses achats, ses déplacements ou ses chantiers. « Il y a beaucoup de fausses perceptions par rapport à ces questions, de là l’importance de formaliser une méthodologie », insiste-t-il.
Une méthodologie rigoureuse
Nicolas Roy-Heppell est analyste en cycle de vie au sein du Centre international de référence sur l’analyse du cycle de vie et la transition durable (CIRAIG). Il a accompagné les personnes participantes tout au long du projet, qui s’est étalé sur 18 mois de 2024 à 2025, et a assuré la révision scientifique du guide. « J’ai répondu à leurs questions en cours de route, y allant de recommandations lorsque nécessaire », précise-t-il.
Cette expertise a par exemple permis de déterminer qu’il faut inclure les émissions de GES des délégations étrangères en visite dans cet inventaire, car une université « possède un pouvoir d’influence sur ceux-ci », lit-on dans le document. Ce genre de décision illustre d’ailleurs un des défis du projet. Où tracer la ligne lorsqu’il s’agit de comptabiliser des émissions sur lesquelles une institution n’exerce qu’un contrôle indirect ?
L’expert a contribué à trancher quand il est souhaitable de quantifier les GES en se basant sur des dépenses reliées à des activités. « Dans un monde idéal, on se baserait sur des données physiques comme le nombre de kilomètres parcourus, mais ces dernières ne sont pas toujours disponibles », indique Nicolas Roy-Heppell. Le cas échéant, il convient alors de se tourner vers les états financiers, au prix d’un niveau d’incertitude plus élevé. Autrement dit, les universités doivent parfois travailler avec des données imparfaites plutôt qu’attendre de disposer d’un portrait parfait. « Le but de l’exercice est d’identifier les principaux contributeurs aux émissions de GES d’une université plutôt que de procéder à une quantification fine », rappelle-t-il néanmoins.
Ces arbitrages méthodologiques visent à rendre l’exercice plus cohérent d’un établissement à l’autre. Le guide ne sert ainsi pas seulement à informer, il propose une manière commune de comptabiliser les émissions indirectes. Cela constitue d’ailleurs une de ses forces ; grâce à lui, les établissements d’enseignement supérieur peuvent mieux structurer leur démarche de quantification des émissions indirectes, et ainsi fonder leur prise de décisions en matière d’atténuation des changements climatiques. « Il ouvre la porte à des interventions de nature comportementale pour réduire et compenser ces GES », souligne Nicolas Roy-Heppell, qui y voit un « défi énorme » pour le milieu universitaire dans les années à venir.
Une question d’exemplarité
À l’heure des reculs importants en matière de protection de l’environnement, la mise au point de cette ressource peut sembler relever du coup d’épée dans l’eau. D’autant plus que l’inventaire et la déclaration des émissions de GES de portée 3 ne constituent pas une obligation réglementaire, y compris pour les universités. Pour le dire clairement : rien n’oblige les établissements à effectuer cet exercice. Malgré tout, les artisans et artisanes de ce guide croient en sa pertinence. « Si les universités ne montrent pas la marche à suivre, qui le fera ? Elles sont après tout au-devant de l’avancement des connaissances, et se doivent donc de montrer l’exemple », pense Patrick Cigana.
De fait, plusieurs universités québécoises utilisent d’ores et déjà le guide. C’est notamment le cas de l’Université de Sherbrooke, de Polytechnique Montréal, de l’Université du Québec à Montréal et de l’Institut national de la recherche scientifique. « Les autres universités du RUQDD ont aussi affirmé vouloir l’utiliser lorsqu’ils réaliseront leurs prochains inventaires de portée 3 », confirme Audrey Pomerleau-Boivin. Dans la foulée de sa diffusion, en avril dernier, le guide a en outre été partagé par l’Association pour la promotion du développement durable dans l’enseignement supérieur (AASHE), basée à Philadelphie, aux États-Unis.
Bien qu’il soit spécifique au contexte québécois, le guide pourrait en principe être utilisé par des universités d’ailleurs. « Sa transférabilité à l’échelle canadienne est indéniable ; plusieurs facteurs d’émission utilisés proviennent d’ailleurs de bases de données nationales et nord-américaines », affirme Audrey Pomerleau-Boivin. Plus fondamentalement, cette innovation méthodologique a le potentiel d’inspirer d’autres secteurs de la société a emboîté le pas de la quantification des émissions de GES indirectes, croit-elle. « Les approches spécifiques pour chaque catégorie d’émissions de portée 3 peuvent être reprises par n’importe quelle organisation. »
Postes vedettes
- Unité de recherche préclinique en neurosciences - Assistant de recherche 2, durée d'un anUniversité McGill
- Art et science de l’animation - Professeure ou professeurUniversité Laval
- Ergothérapie - Professeure régulière ou professeur régulier (pratiques professionnelles et systèmes de santé en transformation)Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)
- Comptabilité financière - Profeseure adjointe / agrégée ou profeseure adjoint / agrégéUniversité d'Ottawa
- Chaire de recherche Impact+ CanadaUniversité du Québec à Rimouski
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