Redonner grâce à la recherche

Des boursières et boursiers se sont réunis le temps d’une journée pour discuter des retombées de leurs travaux sur les collectivités.

09 juillet 2026
Caitlin Piccone, de l’Université Queen’s, présente son affiche de recherche lors de l’événement « Parlons-nous entre universitaires » organisé par Universités Canada en 2026. Photo par : Hailey Leggett

Pour Ugochukwu Okoye, candidat au doctorat en anthropologie à l’Université Carleton, la recherche va bien au-delà de la découverte et de la publication scientifique.  

Elle est avant tout un moyen de cultiver des relations constructives, respectueuses et durables avec les personnes et les communautés sur qui portent ses travaux de recherche.  

M. Okoye, récipiendaire d’une bourse d’études doctorales du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) et d’une toute première Bourse commémorative du vol 302 en 2024, s’intéresse à la réaction de la population africaine devant le manque de certains services publics et à la façon dont des organismes communautaires utilisent les réseaux de la diaspora pour soutenir le développement local et créer des formes alternatives de gouvernance. 

Le chercheur figurait parmi la douzaine de panélistes réunis dans le cadre de l’activité intitulée « Parlons-nous, entre universitaires, pour renforcer les connaissances, les retombées et les collectivités » organisée par Universités Canada (qui publie Affaires universitaires) le 23 juin à la Galerie d’art d’Ottawa. Cette activité visait à souligner les retombées de six programmes de bourses d’études administrés par Universités Canada : les Bourses de la Fédération canadienne des femmes diplômées des universités, les Bourses commémoratives du vol 302, les Bourses internationales de recherche doctorale (BIRD), les Bourses de la reine Elizabeth II, les Bourses canadiennes de développement international 2030 (BCDI 2030) et les Bourses d’études Molloy en médecine.  

À l’instar de M. Okoye, plusieurs panélistes ont rappelé que l’engagement communautaire demeure un puissant levier de changement. Malgré la diversité de leurs champs d’études, les douze chercheuses et chercheurs à l’honneur s’entendaient dans l’ensemble pour dire que la recherche est la plus pertinente lorsqu’elle est ancrée dans les réalités des collectivités et débouche sur des changements concrets. « Si la recherche ne conduit pas au changement, à quoi bon la mener? », a fait remarquer M. Atul Jaiswal, Ph. D., responsable de la recherche au Centre d’excellence sur les soins aux personnes fragiles du Centre de santé Perley-Rideau et professeur auxiliaire à l’Université d’Ottawa.  

Tisser des liens authentiques avec les collectivités 

Le premier panel de la journée était consacré à l’engagement communautaire. Les discussions ont porté sur l’importance de nouer de solides relations avec les collectivités, au Canada comme ailleurs, ainsi que sur le rôle que peut jouer la recherche pour répondre à leurs besoins évolutifs tout en tenant compte de leurs réalités. On a demandé aux boursières et boursiers de raconter leur parcours et de réfléchir à ce qui donne un sens à leurs travaux de recherche, à la manière dont ceux-ci contribuent à façonner leurs perspectives et aux retombées qu’ils ont eues sur les collectivités, les milieux universitaires et leur propre carrière.  

« L’engagement communautaire est bien plus qu’un simple outil de recherche. Il en est la raison d’être et nous donne l’occasion de remettre en question nos idées préconçues », a affirmé Mona Ghadirian, Ph. D., chercheuse indépendante associée au programme de recherche participative de l’Université McGill et titulaire d’une Bourse de la reine Elizabeth II, qui participait au panel aux côtés de M. Jaiswal et de M. Okoye.  

Le savoir se transmet d’une personne à l’autre 

Lors du deuxième panel, les boursières et boursiers ont discuté de la mobilisation des connaissances et réfléchi aux défis et occasions découlant de leurs travaux, ainsi que des connaissances acquises grâce à leurs interactions avec un large éventail de communautés. 

Nadia Firoz, candidate au doctorat en sociologie à l’Université Carleton et lauréate d’une BIRD en 2024, a profité de l’occasion pour rappeler trois points importants aux universitaires et étudiantes et étudiants qui entreprennent un projet de recherche :  

« Premièrement, il faut réfléchir à la mobilisation des connaissances dès le départ. Ne remettez pas cette réflexion à la fin du processus. N’attendez pas d’avoir analysé vos données et rédigé votre rapport avant de vous demander qui devrait le lire », a expliqué Mme Firoz, dont les travaux portent sur la façon dont les femmes réfugiées rohingyas au Bangladesh vivent la persécution, l’exil forcé et des déplacements prolongés, tout en faisant preuve de résilience et d’agentivité et en revendiquant justice. 

« Deuxièmement, et je ne saurais trop insister sur ce point : misez sur les relations plutôt que sur les résultats. À force de nous concentrer sur les publications, nous perdons de vue le fait que le savoir se transmet plus par les relations humaines que par les écrits », a-t-elle ajouté. « Enfin, ne vous limitez pas à votre champ de spécialisation. Multipliez les occasions d’échanger avec des spécialistes, des décisionnaires, des responsables d’organismes communautaires et des universitaires de différents horizons disciplinaires. J’ai constaté que ces conversations nous amènent souvent à repenser nos approches, mais aussi à mieux expliquer la portée de nos travaux. » 

Parmi les autres panélistes figuraient Joy Karinge, candidate au doctorat en anthropologie et en études africaines à l’Université Carleton et bénéficiaire d’une Bourse commémorative du vol 302 en 2025, de même que Kenneth Gyamerah, Ph. D., professeur adjoint à l’Université technologique de l’Ontario et titulaire d’une BIRD en 2022.  

La recherche au service des changements sociétaux 

Après une brève pause-repas et une séance de réseautage, Nodir Ataev, candidat au doctorat en développement international à l’Université Queen’s et Caitlin Piccone, candidate au doctorat en sciences de la réadaptation à la même université, ont pris la parole aux côtés de Claudia Gonzales, candidate au doctorat en santé publique à l’Université de Montréal. Dans le cadre d’une discussion portant sur la recherche au service des changements sociétaux, les trois panélistes ont fait le récit de leur cheminement en évoquant leurs motivations, les obstacles rencontrés et les leçons qui ont guidé leur quête de changement durable.  

Pour Mme Piccone, ce ne sont pas seulement les sujets étudiés qui comptent, mais la manière dont on s’y prend pour les aborder. Revoir la dynamique de pouvoir entre la personne qui mène les travaux de recherche et la communauté est une première étape très importante pour traduire les découvertes en retombées concrètes pour la société.  

L’inclusion comme fondement du leadership 

Lors du quatrième et dernier panel, on a demandé à trois panélistes d’expliquer comment le développement de leurs compétences en leadership et leur exposition à des perspectives variées dans le cadre de leurs travaux de recherche ont contribué à modeler leur démarche scientifique. 

Pour Yvonne Ndelle, titulaire d’une Bourse de la reine Elizabeth II à l’Université d’Ottawa, l’inclusion est au cœur du leadership. « L’objectif est de favoriser la réussite collective, a-t-elle expliqué. Nous travaillons à atteindre un but, à connaître le succès, à outiller les gens et, en même temps, à parfaire nos connaissances et à devenir une meilleure version de nous-mêmes. »   

Les deux autres panélistes étaient Kouessi Agbodande, titulaire d’une BCDI 2030 à l’Université d’Ottawa, ainsi que Racheal Wallace, bénéficiaire d’une Bourse commémorative du vol 302 à l’Université Carleton.  

Réunissant plus de 80 universitaires et boursières et boursiers, l’événement a permis de souligner le dévouement et la persévérance de douze titulaires de bourses. La journée s’est conclue sur un appel à considérer les retombées réelles de la recherche, que ce soit au Canada ou dans le monde, et le pouvoir qu’ont les chercheuses et chercheurs de contribuer au changement. Comme M. Gyamerah l’a résumé en s’adressant à la communauté de la recherche : « Vos travaux ont le pouvoir d’influencer le monde; ne sous-estimez jamais leur portée. »  

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