L’impact de la recherche à travers les parcours des personnes diplômées

Une étude menée à l’Université Laval révèle que la majorité des personnes formées à la recherche aux cycles supérieurs contribue à l’innovation dans leurs milieux et joue un rôle de catalyseur du changement sociétal.

Graphique par : Narvo Vexar

Dans un précédent article, le rôle déterminant de la formation en recherche pour relever les grands défis du 21e siècle était mis en lumière. Au-delà du développement des connaissances, elle permet de renforcer des capacités avancées d’analyse, de synthèse et d’innovation ainsi que de nombreuses compétences transférables. Ces acquis font de nos diplômées et diplômés de véritables actrices et acteurs de changement dans leurs milieux.  

Étudier le parcours des personnes diplômées 

À ce jour, l’impact sociétal de la recherche est principalement évalué à partir de la diffusion des résultats et de leur intégration progressive dans les pratiques. Or, ces retombées, souvent longues à se manifester, diffuses et difficiles à attribuer à des travaux précis, n’offrent qu’une vision partielle de la contribution de la recherche à la société. 

À l’instar de la déclaration DORA, de plus en plus d’initiatives appellent à élargir la manière d’appréhender cette contribution. C’est dans cette perspective que notre équipe de l’Université Laval propose une approche distincte, centrée sur l’impact de la recherche à travers le parcours des personnes diplômées en recherche. Plutôt qu’un suivi classique de ces personnes, notre étude vise à comprendre les retombées de leur intégration dans la société. 

Après leur passage à l’université, ces personnes mettent à profit leurs compétences, leur expérience et leurs contacts dans leur carrière et leurs engagements sociaux. De cette manière, elles contribuent à amplifier l’impact de la recherche universitaire sur le développement social, économique et culturel de la société.  

Pour documenter cette contribution, l’étude menée entre 2024 et 2025 s’est déployée en deux phases complémentaires : un sondage conduit auprès de 637 personnes ayant obtenu une maîtrise, profil recherche, ou un doctorat depuis 5 à 15 ans, suivi d’entretiens individuels semi-dirigés auprès d’un groupe diversifié.  

La représentativité des répondantes et répondants permet de tirer des constats pour l’ensemble des personnes diplômées de l’Université Laval. Et les résultats sont probants. 

Des rôles stratégiques au sein des organisations 

Premier constat : près des trois quarts des personnes diplômées en recherche de l’Université Laval exercent de façon récurrente un rôle-conseil pour la prise de décisions. Ce chiffre témoigne de leur influence réelle et de leur contribution directe aux orientations des milieux professionnels. 

Les entretiens révèlent que cette contribution repose sur une capacité distinctive : celle de traduire des savoirs complexes en décisions concrètes. En effet, les personnes diplômées agissent comme courroie de transmission entre la recherche et la société. Elles adaptent, clarifient et mobilisent les connaissances de manière stratégique et selon les contextes. 

Comme le souligne un conseiller politique interrogé, il ne s’agit pas seulement de maîtriser l’information, mais de « construire des arguments crédibles, adaptés aux contextes et capables d’influencer les débats publics ». En ce sens, cette capacité devient un véritable levier d’influence et de transformation sociale. 

Des contributions concrètes 

Plus de quatre personnes diplômées sur cinq déclarent que les compétences acquises lors de leur formation en recherche leur ont permis d’apporter au moins une contribution concrète à la société dans leur parcours professionnel.  

Ces contributions prennent des formes variées : politiques publiques, outils technologiques, œuvres architecturales ou pratiques professionnelles. Mais elles convergent toutes vers un même constat : la formation en recherche produit des retombées concrètes dans différentes sphères de la société. 

Les témoignages recueillis montrent que cette capacité d’innovation repose sur une posture particulière face aux problèmes, une manière de questionner, de structurer et de recombiner les connaissances pour faire émerger des solutions nouvelles. Plusieurs personnes interrogées insistent sur leur capacité à proposer des approches « qui sortent de l’ordinaire », précisément parce qu’elles sont formées à déconstruire les évidences et à explorer des pistes alternatives. Cette posture ne relève pas de la créativité spontanée, mais d’une « discipline intellectuelle acquise dans leur formation en recherche ». 

Des actrices et acteurs de l’innovation sociale 

Plus de la moitié des personnes interrogées ont indiqué avoir participé, après l’obtention de leur diplôme, à des initiatives visant à améliorer le bien-être des individus et des communautés. Ces initiatives touchent à tous les domaines, que ce soit l’éducation, les politiques publiques, la santé, l’environnement, la technologie ou le développement communautaire. Ce résultat souligne que l’engagement sociétal constitue une dimension structurante du parcours des personnes formées en recherche.  

Lors des entretiens, une personne a décrit sa contribution à plusieurs projets gouvernementaux visant à améliorer les conditions de vie des communautés autochtones. Une autre a expliqué comment elle a mis ses connaissances théoriques en économie au service de la création d’une monnaie complémentaire locale, une initiative porteuse de changement social. Ces exemples ne constituent pas des exceptions : ils reflètent une posture que la formation en recherche contribue à forger, une posture où l’engagement ne se veut pas un « à-côté » de la profession, mais bien une composante structurelle du rapport au travail.  

En définitive, les études supérieures exigent un investissement considérable de temps et de ressources, autant de la part des étudiantes et étudiants, que des universités et de la société. Les résultats de notre étude montrent toutefois que cet investissement se traduit par des retombées réelles et concrètes. En effet, les personnes diplômées en recherche contribuent activement aux décisions, à la coconstruction des savoirs et aux transformations sociétales. Comme le montre le rapport complet de cette étude, elles orientent également l’évolution de la recherche en entretenant des liens durables entre l’université et la société. Ainsi, elles s’imposent comme des actrices clés d’innovations à la fois durables et porteuses de sens. Reste alors à reconnaître pleinement cette contribution et à en tirer toutes les implications pour l’avenir de la formation, de la recherche et de nos sociétés.

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