Repenser l’excellence, c’est transformer le futur de la relève en recherche
Repenser l’excellence pour mieux reconnaître la diversité des parcours et des contributions en recherche.
Dans le monde universitaire, accomplir un travail de qualité ne suffit pas : il faut « exceller ». Comment ? Publier beaucoup et être largement cité, présenter ses travaux dans des conférences internationales prestigieuses, cumuler les prix et les reconnaissances… Et pourquoi ? Entre autres, parce que les ressources consacrées au financement de la recherche sont limitées et les organismes subventionnaires doivent départager un grand nombre de candidatures. Les indicateurs quantitatifs de réussite se sont ainsi imposés, puisqu’ils sont généralement perçus comme des critères plus objectifs, standardisés et comparables. Cependant, mesurent-ils fidèlement la qualité et la diversité des contributions que nous devrions valoriser dans un profil de recherche au 21e siècle ?
Ces questions, de même que leurs impacts sur la relève, intéressent depuis longtemps le comité intersectoriel étudiant (CIE), un comité consultatif du Fonds de recherche du Québec (FRQ). À l’issue de diverses consultations, le CIE explique dans ses travaux comment cette définition induit une pression de performance et un climat de compétition entre pairs qui mine le bien-être de la relève en recherche, que le recours aux métriques de performance quantitatives exacerbe plusieurs inégalités, et que la rigidité avec laquelle l’excellence en recherche est évaluée nuit à la rétention des personnes aux parcours atypiques dans le milieu de la recherche.
La conception traditionnelle de l’excellence en recherche influence aussi plusieurs choix de la relève pendant son parcours. Par exemple, les impératifs de productivité académique poussent des personnes étudiantes à renoncer à certains comportements écoresponsables ou éthiques qui leur tiennent à coeur, de crainte d’affecter la qualité perçue de leur dossier. Plus récemment, l’essor des outils d’intelligence artificielle générative a mis en lumière une autre conséquence de cette logique : plusieurs personnes étudiantes aux cycles supérieurs rapportent y recourir, non pas par choix, mais par crainte de prendre du retard dans un contexte où le volume de publications demeure un important critère d’évaluation. À la lumière de ses travaux, le CIE estime qu’il devient impératif de repenser l’évaluation de l’excellence en recherche en tenant compte des effets qu’elle produit sur les comportements, les choix de carrière et les conditions de formation de la relève.
Face aux nombreuses critiques formulées à l’égard des paradigmes traditionnels d’évaluation de l’excellence en recherche, un mouvement international en faveur d’une évaluation plus responsable a émergé au cours de la dernière décennie. En 2013, la Declaration on Research Assessment (DORA) a marqué un tournant en remettant en question l’utilisation de certains indicateurs bibliométriques, notamment le facteur d’impact des revues, pour évaluer la qualité des travaux scientifiques. Aujourd’hui, cette déclaration est soutenue par plus de 3 500 organisations et 23 000 personnes provenant de 171 pays. Plus récemment, la Coalition for Advancing Research Assessment (CoARA) rassemble des centaines d’organisations autour d’engagements communs visant à faire évoluer les pratiques d’évaluation de la recherche. Première organisation nord-américaine à avoir adhéré à CoARA, le FRQ a publié en 2025 son plan d’action sur l’Évolution de l’évaluation de l’excellence en recherche (E3R). Ce plan propose notamment de mieux reconnaître la diversité des contributions scientifiques, d’accorder une plus grande place à l’évaluation qualitative, de soutenir le développement des compétences des comités d’évaluation et d’entretenir un dialogue continu avec l’ensemble de l’écosystème de la recherche.
Les engagements du FRQ ne demeurent pas théoriques : plusieurs initiatives concrètes sont déjà en cours de déploiement. Afin de mieux reconnaître la diversité des contributions à la recherche, le FRQ a notamment créé de nouveaux statuts permettant d’intégrer différentes parties prenantes de la recherche, comme les personnes chercheuses en milieu collégial, la patientèle partenaire, les personnes proches aidantes, les artistes ou encore les personnes retraitées. Il a également mis sur pied un Groupe de travail visant à assurer le leadership des Peuples autochtones en recherche. En 2024, le FRQ a lancé un concours qui soutient la création de revues scientifiques francophones, une initiative par ailleurs alignée avec les constats du CIE concernant les désavantages structurels auxquels font face les publications en français face à l’anglicisation de la production des connaissances scientifiques.
Finalement, l’implantation graduelle du CV descriptif marque un changement important dans les pratiques d’évaluation en privilégiant une appréciation plus qualitative et contextualisée des contributions des personnes candidates. Ce changement s’accompagne d’outils et de formation, par exemple sur les préjugés involontaires, destinés aux membres des comités d’évaluation, afin de favoriser une appréciation plus équitable des dossiers.
Cependant, afin de produire un changement de culture pérenne, une multitude de parties prenantes doivent progresser ensemble : les universités qui recrutent et promeuvent des personnes chercheuses, le corps professoral qui prépare la communauté étudiante à « exceller » en recherche, les membres des comités de pairs qui s’approprient de nouveaux critères d’appréciation… Sans un engagement collectif, les efforts de réforme risquent de demeurer partiels et de reproduire les dynamiques qu’ils cherchent à transformer.
Qu’en est-il de la relève en recherche ? Elle est au cœur de cette transformation. C’est elle qui construira sa carrière dans ce système d’évaluation et qui a le plus à gagner d’une conception de l’excellence plus responsable, plus inclusive et plus représentative de la diversité des parcours. Le CIE appelle donc la communauté étudiante à contribuer à cette réflexion, que ce soit en s’impliquant dans des instances étudiantes ou en ouvrant un dialogue avec ses collègues. Sa participation continue est nécessaire pour assurer des réformes pérennes. Quelle meilleure façon de s’intégrer pleinement au monde de la recherche que de contribuer à façonner son avenir ?
Postes vedettes
- Chaire de recherche du Canada, niveau 2 sur la transformation des pratiques en santéUniversité du Québec à Trois-Rivières
- Systèmes d’information - Professeure adjointe ou agrégée ou professeur adjoint ou agrégéUniversité d'Ottawa
- Sociologie du travail - Professeure régulière ou professeur régulierUniversité Laval
- Design - Professeure ou professeur (histoire, théories et pratiques du design de l’environnement)Université du Québec à Montréal
- Génie - Professeure ou professeur (aérospatial - opérations d’engins spatiaux)École de technologie supérieure
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