Détresse psychologique chez les personnes étudiantes de la diversité de genre: une réalité alarmante en enseignement supérieur
Les personnes étudiantes trans et non binaires vivent une détresse psychologique disproportionnée. Le collectif appelle les établissements et le gouvernement à renforcer les ressources spécialisées et les mesures d’inclusion.
Les personnes étudiantes de la diversité de genre (DG), notamment trans et non binaires, figurent parmi les groupes les plus vulnérables en matière de santé mentale dans les cégeps et les universités du Québec. Bien que des enjeux sont observés au sein de l’ensemble de la population étudiante, ces personnes vivent davantage de difficultés relatives à leur santé mentale. Dans un contexte où les discours polarisants menaçant les identités de genre occupent de plus en plus de place dans la sphère publique, au Québec comme à l’international, il devient impératif d’agir collectivement pour rendre les établissements d’enseignement supérieur des milieux plus inclusifs, en offrant des services spécialisés répondant aux réalités de la population étudiante.
Une détresse psychologique nettement plus élevée
L’ampleur de ces enjeux est mise en évidence dans l’enquête québécoise menée par l’Observatoire sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (OSMÉES) auprès de 32 212 personnes étudiantes collégiales et universitaires. Elle révèle que plus de 60 % des personnes étudiantes de la DG rapportent des symptômes d’anxiété et de dépression modérés à sévères, une proportion nettement plus élevée que chez les personnes étudiantes cisgenres. À titre d’exemple, au collégial, leur proportion rapportant des symptômes d’anxiété modérés à sévères est plus de deux fois supérieure à celle des hommes cisgenres (voir la figure).

Par ailleurs, plus de 30 % d’entre-elles déclarent s’être déjà senties discriminées en raison de leur identité de genre, tandis que cette proportion est marginale chez les cisgenres. En plus de faire face à cette stigmatisation, elles doivent composer avec les mêmes facteurs de stress que la population générale, ce qui nuit à leur réussite. L’ensemble de ces facteurs de vulnérabilité expose ces individus à un stress chronique et continu, dit minoritaire, contribuant à l’augmentation de la détresse psychologique.
Un contexte de plus en plus hostile
Les nombreuses expériences de discrimination vécues par cette population étudiante s’inscrivent dans un contexte sociopolitique marqué par une augmentation des discours et actes homophobes et transphobes. Le stress minoritaire causé par la présence de ce climat social discriminatoire explique en partie les disparités en matière de santé mentale entre les personnes étudiantes cisgenres et celles de la DG. Les réseaux sociaux, dont les algorithmes favorisent souvent les contenus sensationnalistes et polarisants, ont contribué à amplifier ces discours. Cette polarisation ne se limite toutefois pas aux réseaux sociaux. Elle se reflète également dans les débats politiques et, dans plusieurs juridictions, dans l’adoption de mesures législatives visant les personnes trans et non binaires.
En décembre 2023, le gouvernement provincial a mis sur pied le Comité des sages qui avait pour but de répondre aux questions liées à l’identité de genre au Québec. Publié deux ans plus tard, son rapport a été vivement critiqué par plusieurs personnes expertes et organismes communautaires, notamment en raison de lacunes méthodologiques et de la confusion entre les notions de sexe et de genre. Par exemple, le sociologue spécialiste du genre et des sexualités et professeur émérite de l’Université Laval, Michel Dorais, critique entre autres le manque de rigueur méthodologique et scientifique, les définitions inexactes et la présence de biais idéologiques. La vision binaire du sexe, susceptible de nuire aux personnes intersexes, est également critiquée par les professeurs Guillaume Cyr, François Lorenzetti, Janik Bastien-Charlebois et de nombreux cosignataires. Des organismes communautaires, tel qu’Uniphare, Aide aux Trans du Québec (ATQ) et le Conseil québécois LGBT, critiquent notamment la présence de préjugés transmisogynes, la désinformation anti-trans et la remise en question des soins et approches transaffirmatives. Dans la foulée, certaines décisions gouvernementales, notamment concernant les toilettes mixtes et l’écriture inclusive, ont alimenté les inquiétudes de plusieurs regroupements quant à un possible recul des droits des personnes de la DG. Pour les personnes étudiantes concernées, ces débats et ces politiques contribuent à un climat d’incertitude et de stigmatisation susceptible d’accentuer leur détresse psychologique.
Par ailleurs, en juin 2025, le ministère de l’Enseignement supérieur (MES) a abrogé l’enveloppe budgétaire de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Ce financement permettait aux universités québécoises d’obtenir jusqu’à 150 000 $ par projet portant sur la reconnaissance et l’inclusion de la diversité sexuelle et de la pluralité de genre. Ainsi, le dé-financement prive les établissements d’enseignement supérieur de leviers financiers pour la mise en place d’initiatives essentielles considérant le contexte sociopolitique actuel et les résultats de santé mentale de ces communautés.
Bonification du Plan d’action sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur
Au regard de cette situation, l’OSMÉES et plusieurs acteurs du milieu de l’enseignement supérieur réclament la reconduction du Plan d’action sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (PASMÉ) 2021-2026 pour cinq années supplémentaires, ainsi que la pérennisation et la bonification des financements qui y sont associés. Les données montrent que les personnes étudiantes de la diversité de genre ont des besoins particuliers, auxquels le ministère de l’Enseignement supérieur gagnerait à répondre en soutenant le déploiement de ressources spécialisées et d’initiatives favorisant des milieux d’études plus inclusifs.
Cette responsabilité est toutefois collective. Les établissements peuvent renforcer le climat institutionnel en favorisant des espaces de dialogue, des activités de sensibilisation et des initiatives de pair-aidance, tandis que les pouvoirs publics doivent veiller à ce que leurs politiques contribuent à réduire, plutôt qu’à renforcer, les facteurs de stigmatisation.
La Station SME propose plusieurs informations et des outils pour favoriser la santé mentale des personnes de la diversité de genre. On y retrouve notamment :
– Des outils en différents formats sélectionnés spécifiquement pour cette population étudiante.
– Des outils, exemples de pratiques et données de recherche permettant au personnel des établissement de soutenir la santé mentale des personnes de la diversité de genre.
Cet article s’inscrit dans le cadre d’une série d’articles mensuels sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur portée par l’Observatoire sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (OSMÉES) et l’Initiative sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (ISMÉ).
Postes vedettes
- Systèmes d’information - Professeure adjointe ou agrégée ou professeur adjoint ou agrégéUniversité d'Ottawa
- Design - Professeure ou professeur (histoire, théories et pratiques du design de l’environnement)Université du Québec à Montréal
- Génie - Professeure ou professeur (aérospatial - opérations d’engins spatiaux)École de technologie supérieure
- Chaire de recherche du Canada, niveau 2 sur la transformation des pratiques en santéUniversité du Québec à Trois-Rivières
- Sociologie du travail - Professeure régulière ou professeur régulierUniversité Laval
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