Former davantage de médecins de famille en région

De nouvelles voies de formation cherchent à attirer davantage de médecins de famille dans les régions où les besoins sont les plus criants.

22 septembre 2026
Photo par : AndraSR Imaging

Alors que les médecins de famille se font rares dans les petites localités, au Québec comme ailleurs au Canada, l’Université de Montréal (UdeM) a ouvert les inscriptions cet été pour un nouveau programme orienté sur la médecine familiale en région. Cet intérêt sera pris en compte dès la sélection des personnes candidates.  

Ainsi, au lieu d’attendre la fin de leur parcours pour choisir la médecine familiale en région, l’UdeM leur demande de le faire dès le départ. « C’est un engagement moral, précise Patrick Cossette, doyen de la Faculté de médecine à l’UdeM. L’idée n’est pas de contraindre, mais d’attirer les meilleurs candidats et candidates aux bons endroits. Nous leur réservons une place en résidence en région éloignée et nous avons confiance qu’une fois leur formation et leur externat complétés, ils l’accepteront. » 

Le Québec multiplie les efforts depuis une dizaine d’années pour former davantage de médecins de famille. « Il y a 10 ans, 45 % des personnes finissantes des facultés québécoises choisissaient la médecine familiale et c’est pas mal le portrait, encore aujourd’hui, dans le reste du Canada », indique le Dr Cossette.  

Puis, le Québec a décidé d’offrir 55 % des résidences en médecine familiale. Et, depuis 2019, la province a augmenté les cohortes en médecine de 42 % tout en conservant le ratio de 55 % en médecine familiale.  

« Cela fait qu’en nombre absolu, c’est le Québec qui forme le plus de médecins de famille au Canada, précise le Dr Cossette. Mais certaines de nos personnes finissantes vont ailleurs, notamment dans d’autres provinces, ce qui fait que 9 ou 10 % des places ne sont pas comblées chaque année. Et elles sont systématiquement dans les mêmes régions. » 

Il s’agit de l’Abitibi-Témiscamingue, de la Haute-Mauricie, des Hautes-Laurentides et de Maria, en Gaspésie.  

Pour ce nouveau programme, l’UdeM a donc décidé d’ajouter aux critères de sélection habituels, soit les résultats scolaires, les compétences transversales et le processus d’entrevues, une évaluation de leur intérêt pour la pratique de la médecine familiale en région. « Le programme pourrait naturellement être intéressant notamment pour des gens déjà bien établis dans ces régions qui ont une formation en santé, comme en physiothérapie ou en ergothérapie, et qui souhaiteraient retourner aux études pour devenir médecin », remarque le Dr Cossette.  

Ce programme commencera par accueillir une dizaine d’étudiantes et d’étudiants dès la rentrée de 2027 pour ensuite aller jusqu’à 25. « Ça peut avoir l’air d’un petit volume, mais ces personnes feront une grande différence dans ces régions », ajoute-t-il.  

Une pratique particulière 

Les personnes sélectionnées doivent démontrer un intérêt pour la médecine familiale en région, où la pratique diffère de celle des grands centres urbains. Si le programme est le même dans les 21 groupes de médecine de famille universitaire (GMF-U) affiliés à l’UdeM, les besoins des populations et les réalités locales varient considérablement, explique Jordan Volpato, directeur du Département de médecine de famille et de médecine d’urgence. 

« Dans les régions plus éloignées, par exemple, on a peut-être moins accès à certaines spécialités, précise-t-il. Les médecins de famille développent des habitudes et font des apprentissages différents dans ces milieux pour bien répondre aux différents types de besoins populationnels. » 

« L’autonomie dans une variété de pratique est un élément important lorsqu’on est médecin de famille dans une petite localité alors qu’à Montréal, par exemple, la pratique est surspécialisée, renchérit le Dr Cossette. Puis, la population et les pathologies peuvent être différentes. Par exemple, en Abitibi, les Autochtones sont très présents. Chaque région a des caractéristiques et des cultures différentes. » 

Pour bien apprivoiser cette réalité, la formation en médecine se déroulera dans un campus délocalisé, à Trois-Rivières ou à Saint-Jérôme, puis l’externat sera composé principalement de stages supervisés par des médecins de famille en région. Ensuite, les résidences seront réalisées dans les GMF-U des régions où sont les besoins. Tout le parcours est donc prévu à l’extérieur de Montréal. 

« L’expérience de nos campus délocalisés, indique le Dr Cossette, a montré que les étudiantes et les étudiants exposés tôt dans leur parcours à des médecins de famille avec une pratique communautaire ont plus de chances de s’établir dans la région, ou d’aller vers une pratique comparable dans une autre région. » 

Un concept inspiré de l’Université Queen’s 

L’UdeM est la troisième université au pays à instaurer un tel programme après Queen’s, en Ontario, et Dalhousie, en Nouvelle-Écosse. L’Université Queen’s a développé le concept et accueilli sa première cohorte à l’automne 2023. Elle terminera en 2027 pour aller en résidence.  

« Les médecins de famille ont un champ de compétences large qui les amène à accompagner les patientes et les patients du début à la fin de leur vie, que ce soit lors de l’arrivée d’un bébé, pour des chirurgies mineures ou pour gérer des maladies chroniques, indique Richard van Wylick, vice-doyen à l’éducation en science de la santé à l’Université Queen’s. Ils peuvent régler plusieurs problèmes. Ils jouent un rôle crucial et il en manque au pays, particulièrement dans les régions rurales. » 

L’Université Queen’s a donc eu l’idée de créer un programme pensé, de la sélection des candidatures aux résidences, spécifiquement pour trouver les bonnes personnes pour relever ces défis. Ce programme est offert en collaboration avec Lakeridge Health, une organisation qui comprend cinq hôpitaux et plus de 20 centres de santé communautaires offrant des soins aux personnes résidentes de la région de Durham. 

« Nous savions que le lieu de formation avait une influence sur la pratique, ajoute le Dr van Wylick. C’était donc important d’aller à l’extérieur des grands centres pour arriver à former des médecins de famille qui se sentiront bien et en confiance de pratiquer dans de petites et moyennes localités. » 

Ce programme assure aussi directement une résidence en médecine familiale aux finissantes et aux finissants qui ont bien réussi. « Ils ont été exposés à ce type de pratique, puisqu’ils ont été formés par des médecins de famille, explique le Dr van Wylick. Ça leur enlève du stress, parce qu’ils n’auront pas à passer à travers tout le processus où ils auront à se vendre pour se trouver une résidence. »  

Jusqu’à maintenant, il est ravi de voir comment se sont déroulés les processus de sélection et l’évolution des cohortes. « Nous recevons toujours un grand bassin de candidatures de qualité et la cohorte de 20 places a été remplie chaque année, précise-t-il. Certaines personnes pourraient toujours décider d’aller faire autre chose après leur formation, mais notre objectif est de toutes les garder en médecine familiale. Nous n’avons pas encore les statistiques officielles, mais je pense que nous y arriverons pour la première cohorte. »  

À l’Université de Montréal, on compte aussi suivre de près le parcours des personnes admises dans ce nouveau programme orienté sur la médecine familiale en région. « Leur cheminement sera analysé à différents moments, indique le Dr Cossette, notamment lors de leur choix de résidence et de l’installation de leur pratique. Nous garderons aussi un œil sur leur rétention. »

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