Les arguments en faveur de l’arrimage des programmes d’études au marché du travail
Matt McKean et Val Walker estiment que les universités ne devraient pas avoir à choisir entre l’apprentissage et le travail, puisque les jeunes ne le font pas.
Au fond, le débat sur la question de savoir si les universités devraient arrimer leurs programmes d’études aux besoins du marché du travail repose sur de fausses prémisses, puisqu’il présente un choix qui n’en est pas un. Les étudiantes et étudiants ne cherchent pas à choisir entre leur épanouissement personnel et intellectuel et leur préparation à la vie professionnelle : ils veulent les deux.
La vraie question est plutôt de savoir ce que cela implique. Il ne s’agit pas d’adapter les programmes d’études aux emplois d’aujourd’hui ou de laisser aux employeurs le soin de décider ce qui devrait être enseigné. Au contraire, il s’agit d’apprendre aux étudiantes et étudiants comment appliquer les connaissances et les compétences acquises à l’université dans un monde en évolution.
Or, cette tâche n’a pas toujours été celle de l’université. Pendant des générations, le partage des responsabilités était beaucoup plus clair. D’une part, les universités offraient une solide base de connaissances, et de l’autre, les employeurs aidaient les personnes diplômées à poursuivre leurs apprentissages tout au long de leur carrière.
Ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’évolution du marché du travail et la non-linéarité des carrières font en sorte que les étudiantes et étudiants ont besoin de plus de soutien pour intégrer le marché du travail et s’y adapter au fil du temps.
L’intelligence artificielle transforme le marché du travail, les nouvelles technologies changent les modes d’organisation et les pressions démographiques et géopolitiques modifient les besoins en main-d’œuvre. Le rapport de 2025 sur l’avenir du marché du travail du Forum économique mondial estime que près de 40 % des travailleuses et travailleurs d’aujourd’hui devront développer de nouvelles compétences dans les cinq prochaines années. Les changements de carrière, de secteur et de domaine au cours de la vie sont de plus en plus fréquents.
Dans ce contexte, une formation universitaire devient des plus utiles pour faire face à l’évolution rapide du monde du travail, pourvu que les étudiantes et étudiants sachent comment appliquer leurs connaissances dans des situations nouvelles.
C’est aussi là que le vieux débat sur l’adéquation des programmes d’études universitaires avec les besoins du marché du travail perd de son souffle. Rares sont les emplois qui demeureront inchangés au fil du temps. Ainsi doit-on comprendre que l’arrimage des programmes d’études ne signifie pas préparer la population étudiante à occuper des emplois spécifiques, mais plutôt l’aider à utiliser ses connaissances dans divers postes, secteurs et contextes.
Ironiquement, plus le marché du travail devient imprévisible, plus les études universitaires gagnent en valeur. L’esprit critique, la curiosité, la communication, le jugement et l’apprentissage continu ne sont pas des compétences secondaires à la préparation professionnelle, elles en sont le fondement.
Les cadres universitaires membres de la Table ronde des affaires et de l’enseignement supérieur (TRAES) avec lesquels nous nous entretenons partagent souvent la même ambition : donner aux étudiantes et étudiants la confiance dans leurs capacités et dans leur aptitude à en faire bon usage. Et ils ont raison. L’université permet d’acquérir de solides compétences d’analyse, une curiosité intellectuelle et une maîtrise d’un domaine en particulier, mais les connaissances à elles seules ne peuvent pas aider la personne qui les possède à évoluer dans un monde du travail de plus en plus complexe. Ainsi, nombreuses sont les personnes qui, une fois leur diplôme en poche, se demandent ce qu’elles feront de leur vie.
Les diplômées et diplômés qui ne sont pas suffisamment bien préparés à intégrer le marché du travail risquent davantage de connaître des périodes d’incertitude ou de sous-emploi, ou de tarder à obtenir un emploi à la hauteur de leurs compétences. Les conséquences ne sont pas que personnelles. Comme l’expliquent la TRAES et la Banque RBC dans Une voie plus intelligente, la prospérité du Canada repose sur la capacité des individus à mettre en pratique leurs aptitudes dans le marché du travail.
Certaines des innovations les plus prometteuses en enseignement supérieur – notamment l’apprentissage intégré au travail, la recherche appliquée, les partenariats communautaires et les projets interdisciplinaires – ont justement cet objectif. Dans une étude parue en 2018, Statistique Canada révèle que les titulaires d’un baccalauréat ayant pris part à une expérience d’apprentissage intégré au travail (AIT) pendant leurs études sont plus susceptibles de travailler dans leur domaine; d’occuper un emploi correspondant à leurs qualifications; et d’avoir un revenu supérieur trois ans après l’obtention du diplôme que les personnes n’ayant pas participé à une telle expérience.
Pourquoi? Parce que l’AIT permet aux étudiantes et étudiants de mettre leurs apprentissages en pratique dans des contextes réels, de se bâtir un réseau professionnel, d’explorer diverses possibilités de carrière et de découvrir comment leur formation peut leur servir une fois sur le marché du travail.Voilà comment on parvient à une parfaite adéquation entre les programmes d’études et les besoins du marché du travail : non pas en abandonnant l’enseignement classique, mais en donnant aux étudiantes et étudiants davantage d’occasions de mettre leurs apprentissages en pratique.
Bien que bon nombre d’universités offrent déjà de telles occasions, le défi consiste maintenant à les rendre plus intentionnelles, visibles et accessibles aux étudiantes et étudiants de tous les programmes et parcours.
C’est d’ailleurs ce qui ressort dans les conversations partout au pays et même dans les programmes nationaux d’AIT. Un étudiant en sciences politiques veut comprendre le fonctionnement des institutions publiques, mais veut également connaître les possibilités de carrière qui s’offrent à lui en dehors de la fonction publique. Une étudiante en littérature anglaise passionnée de son domaine s’interroge sur la manière de justifier la valeur de son diplôme aux employeurs. Un étudiant en génie veut acquérir une expertise technique, mais souhaite aussi développer ses compétences de leadership et de communication.
Ce qui nous frappe, c’est que ces étudiantes et étudiants ne demandent pas aux universités de renoncer à leur mission fondamentale, mais de les aider à la concilier avec leurs aspirations professionnelles. Cette volonté n’est pas contraire à la raison d’être de l’enseignement supérieur : elle en est l’essence même.
C’est la raison pour laquelle le débat sur cette question repose sur de mauvaises prémisses depuis le début. Les universités ne devraient pas avoir à choisir entre le développement intellectuel et la préparation à la vie professionnelle. Pour preuve, les étudiantes et étudiants ne le font pas. Il ne s’agit pas non plus de repenser les universités en fonction des besoins du marché du travail. Il s’agit de faire en sorte que chaque étudiante et étudiant ait l’occasion de faire le pont entre ses apprentissages et ses projets d’avenir, sciemment et structurellement.
Postes vedettes
- Génie - Professeure ou professeur (aérospatial - opérations d’engins spatiaux)École de technologie supérieure
- Chaire de recherche du canada de niveau 2 sur la transformation des pratiques en santéUniversité du Québec à Trois-Rivières
- Art et science de l’animation - Professeure ou professeurUniversité Laval
- NSERC Tier 1 Canada Research Chair in Electrochemical Technologies and Functional Materials for The Environmental Energy TransitionUniversité du Québec à Trois-Rivières
- Chaire de recherche du canada crsng de niveau 1 sur les technologies électrochimiques et matériaux fonctionnels pour la transition énergétique environnementaleUniversité du Québec à Trois-Rivières
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