Apprendre autrement grâce au service communautaire
L’apprentissage par service communautaire gagne du terrain sur les campus canadiens et profite autant à la communauté universitaire qu’à la société civile.
Quand Prescillia Micollet est arrivée à l’Université Laval (ULaval) pour poursuivre son doctorat en sciences de l’éducation, elle pensait sans doute qu’elle passerait son temps à approfondir des concepts, à lire, à analyser et à théoriser. Elle ne s’imaginait pas travailler sur le terrain avec des organismes communautaires ni tester, en classe, des activités sur un sujet aussi délicat que l’itinérance. « La professeure qui me supervise ici avait proposé à ses étudiants du baccalauréat en enseignement au secondaire de créer des activités pour parler d’itinérance à partir de l’album jeunesse Dans la rue qui aborde le phénomène. Pour y arriver, ils devaient travailler avec l’organisme qui a écrit le livre », raconte-t-elle. Curieuse, elle a demandé à s’impliquer à son tour. Rapidement, elle s’est retrouvée à concevoir des activités pour des élèves du primaire, en lien direct avec un organisme du milieu. « J’ai trouvé l’idée chouette », dit-elle simplement.
Ce type d’expérience s’inscrit dans ce qu’on appelle l’apprentissage par service communautaire, une pédagogie expérientielle qui mise sur un engagement étudiant auprès d’organismes communautaires. Les personnes étudiantes sont amenées à collaborer, plus souvent bénévolement, à des projets qui répondent à des besoins réels.
Rapprocher l’université de la société
Chaque université développe sa façon d’offrir la pédagogie par service communautaire. À ULaval, cette approche prend forme notamment grâce au programme Accès savoirs, qui fait le pont entre les besoins d’organismes communautaires de la région de Québec et l’expertise étudiante et professorale.
« L’idée est de rendre les savoirs universitaires accessibles autrement que par des articles scientifiques en mettant l’université au service de la communauté », résume Sivane Hirsch, la professeure en sciences de l’éducation qui supervise Mme Micollet.
Entre sa création en 2013 et 2025, le programme a permis la réalisation de 545 projets en collaboration avec 361 groupes communautaires. Ces initiatives sont intégrées aux parcours universitaires, évaluées et encadrées, qu’il s’agisse de travaux de session ou de projets de recherche.
Des projets qui donnent du sens aux études
Mme Micollet a ainsi travaillé avec l’organisme l’Engrenage St-Roch, actif dans le quartier du même nom à Québec, pour créer ses activités pédagogiques sur l’itinérance. Elle a échangé avec Annie Mathieu, rédactrice et coordinatrice du livre Dans la rue pour comprendre la réalité des personnes en situation d’itinérance et cerner les messages importants à transmettre aux enfants. « Je suis allée avec elle tester mes activités dans deux classes, indique la doctorante. J’ai noté les commentaires des élèves et des enseignantes pour bonifier les activités sous la supervision de ma professeure afin de répondre aux besoins de l’Engrenage. »
L’expérience la marque. « On est parfois déconnectés de la réalité entre universitaires. J’ai aimé me retrouver sur le terrain. Parler avec l’organisme, le personnel enseignant, les élèves, m’a permis de bien cerner les besoins. C’était concret! »
Du côté de l’organisme, la collaboration est tout aussi précieuse. « Le projet a rendu possible un transfert de connaissances, car nos champs d’expertise se complètent », note Mme Mathieu. L’initiative a même dépassé les attentes. « Au départ, on a créé cet album psychoéducatif pour être utile aux jeunes et aux familles qui veulent comprendre l’itinérance, mentionne la rédactrice de l’organisme. Maintenant, on a un sentiment de double utilité, car le livre est aussi devenu utile pour former de futurs enseignants! »
Une approche démocratique
À l’Université d’Ottawa, l’apprentissage par service communautaire passe par le programme d’apprentissage par l’engagement communautaire (AEC), mis en place en 2004. Intégrée au cours, cette approche permet aux étudiants et étudiants de donner une trentaine d’heures de leur temps par session à un organisme, en remplacement d’un travail final.
L’université travaille avec un réseau de plus de 1 000 partenaires composés d’organismes sans but lucratif, d’organisations publiques, parapubliques et gouvernementales. Les projets sont en croissance depuis 2021. Au cours de l’année 2025-26, 3 451 étudiants ont participé à des projets d’AEC intégrés dans 122 cours.
Pour Christian Tremblay, directeur associé aux Services de carrière et engagement communautaire, l’un des principaux avantages du modèle réside dans son accessibilité. « Il n’y a pas de sélection à partir des notes ou d’entrevues contrairement aux stages en milieu de travail. Les personnes étudiantes qui souhaitent s’engager peuvent le faire sur la base du premier arrivé, premier servi », précise-t-il.
Un tremplin vers le monde du travail
Au-delà de l’expérience académique et communautaire, ces initiatives offrent aussi un contact structurant avec le marché du travail.
Feven Assefa en a fait l’expérience lors de sa dernière session au baccalauréat en sciences biomédicales à l’Université d’Ottawa. Dans le cadre d’un cours, elle a effectué du bénévolat à l’Hôpital Saint-Vincent de Santé Bruyère, où elle accompagnait des patients âgés quelques heures par semaine.
Son cours exigeait qu’elle s’inspire de cette expérience pour présenter une idée innovante à mettre en place dans son milieu d’engagement. « J’ai proposé la création d’une chambre biophysique avec des plantes et une lumière thérapeutique pour amener un peu de nature aux patients qui ne peuvent pas aller dehors », explique l’étudiante.
Ce projet, inspiré directement de son expérience sur le terrain, lui a permis de confirmer son intérêt pour le milieu hospitalier. Elle poursuit d’ailleurs son engagement même si sa session est finie, avec l’objectif de concrétiser son idée.
Des atouts pour la communauté
Pour les organismes partenaires, ces collaborations représentent une occasion de concrétiser des projets souvent laissés en suspens faute de ressources, observe Christian Tremblay.
Les universités doivent cependant trouver un équilibre pour ne pas submerger les partenaires communautaires. « Il faut s’assurer que nos projets d’apprentissage les aident et n’alourdissent pas leurs tâches », rappelle Sivane Hirsch.
Pour la professeure, ces initiatives transforment aussi la pratique universitaire elle-même. « En tant que prof, on a l’habitude de faire de la recherche et de l’enseignement pour notre dossier universitaire, dit-elle. Les projets d’engagement communautaire rappellent qu’on ne travaille pas juste pour notre avancement personnel ». Voir les outils développés par ses étudiantes et étudiants être utilisés sur le terrain donne un sens particulier à son travail. « J’aime participer à rendre les savoirs accessibles », conclut-elle.
Postes vedettes
- Chaire de recherche Impact+ CanadaUniversité du Québec à Rimouski
- Comptabilité financière - Profeseure adjointe / agrégée ou profeseure adjoint / agrégéUniversité d'Ottawa
- Sociologie - Professeure adjointe ou professeur adjointUniversité Laurentienne
- Ergothérapie - Professeure régulière ou professeur régulier (pratiques professionnelles et systèmes de santé en transformation)Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)
- Unité de recherche préclinique en neurosciences - Assistant de recherche 2, durée d'un anUniversité McGill
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