Comment retenir les étudiantes et étudiants noirs en recherche
Au sein de deux universités de l’Atlantique, signataires de la Charte de Scarborough, de petites équipes voient grand pour mettre de l’avant le potentiel scientifique de la communauté étudiante afrodescendante.
Six étudiantes afrodescendantes se réunissent deux fois par semaine dans une salle du campus de l’Université Acadia. Elles y parlent recherche, justice sociale, racisme antinoir et méthodologies rarement enseignées dans leurs cours. Pour les professeures Alicia Noreiga-Mundaroy et Marjorie Lewis, ces rencontres constituent une tentative concrète de renforcer la présence des personnes noires dans les études supérieures.
Car à mesure que les années d’études avancent, les étudiantes et étudiants noirs se raréfient dans les universités canadiennes.
Un programme pilote de mentorat afrocentré
En Nouvelle-Écosse, tout juste 280 des personnes inscrites au baccalauréat sont noires, soit 0.04 % de la population étudiante globale; elles sont 30 à la maitrise et inexistantes au doctorat, selon les données les plus récentes de Statistiques Canada (2022-2023). Pour inverser la tendance et inciter les membres de la communauté étudiante afrodescendante à poursuivre des études de second cycle, Mme Noreiga-Mundaroy, professeure en éducation, et Mme Lewis, docteure en théologie, ont démarré le Cercle de recherche et de mentorat « Black Brilliance » dans leur établissement.
Pendant la tenue de ce programme pilote, qui a débuté pendant l’année académique qui vient de prendre fin, les deux mentors ont délibérément adopté une démarche pédagogique culturellement sécurisante inspirée de la philosophie afrocentrée de l’Ubuntu, qui considère qu’une personne se construit à l’aide de à sa communauté. Ainsi, la première cohorte s’est rencontrée dans « un espace collectif où la recherche vise à servir la communauté, à donner la parole à des perspectives souvent ignorées ou minimisées, et à renforcer le lien social grâce à des travaux qui contribuent à améliorer notre société », explique Mme Lewis. Les participantes ont exploré des méthodologies de recherche non dominantes dans les programmes universitaires (auto-ethnographiques, autobiographiques et des études de cas). Les thèmes abordés pendant les ateliers ont porté sur la justice sociale, la lutte contre le racisme antinoir, ainsi que sur les enjeux décoloniaux et postcoloniaux, du point de vue de personnes noires et africaines.
Au terme du mentorat, la théorie a laissé place à des travaux de recherche axés sur les centres d’intérêt des étudiantes et leurs expériences autour de thématiques comme l’amitié, la persévérance académique, etc. En outre, pour à la fois renforcer leur formation pratique et prévenir le décrochage pour motifs économiques, Mme Noreiga-Mundaroy a trouvé à ces étudiantes des emplois d’assistant de recherche sur le campus.
Un travail colossal, souvent sous-estimé
Les universités de l’Atlantique ne dérogent pas aux difficultés relevées par les signataires de la Charte de Scarborough: les quelques membres afrodescendants du personnel tirent les ficelles du changement. Sans oublier que le financement ainsi que le personnel dédié sont souvent insuffisants pour développer de front des politiques d’équité structurellement pérennes, rapporte le premier bilan de la charte.
« En tant que professeures racisées, , nous nous retrouvons souvent, en particulier dans des environnements principalement occupés par des personnes blanches, à accomplir des tâches qui ne sont pas toujours reconnues à leur juste valeur et qui dépassent de nos compétences officielles », dénonce Mme Noreiga-Mundaroy.
Les deux professeures ont mené de front ce programme communautaire bénévolement. Elles ont été administrativement appuyées par Janique Ellis Panza, la coordinatrice de soutien aux étudiants et étudiantes noirs d’Acadia, et ont obtenu une subvention modique de 2 890 dollars, octroyée par le Conseil de recherches en sciences humaines. Par ailleurs, les étudiantes ont bénéficié de cette formation en parallèle de leurs cours, sans qu’elle ne soit officiellement reconnue dans leur parcours universitaire, par exemple par une mention au relevé de notes, déplorent les mentores. Malgré cela, les retombées sont déjà tangibles. À l’issue du programme, l’une des participantes a été admise au baccalauréat enrichi, une étape souvent déterminante en vue d’études à la maîtrise, souligne Mme Noreiga-Mundaroy. Forte de ce premier succès, elle compte reconduire l’initiative l’an prochain avec Mme Lewis. Leur objectif sera notamment d’y attirer des étudiants hommes.
Les talents noirs à l’honneur
Dans la province voisine, à l’Université du Nouveau-Brunswick (UNB), trois femmes ont été mandatées au Bureau des droits de l’homme et de l’équité. Joanne Owuor y a été désignée responsable de la sensibilisation et de l’éducation dans la foulée de l’adhésion de l’UNB à la Charte de Scarborough, en février 2025. Au Nouveau-Brunswick, les universitaires noirs se font d’autant plus rares. Pendant l’année 2022-2023, seuls 70 d’entre eux étaient inscrits au baccalauréat, soit 0,02 % de la population globale, et aucuns au second ou au troisième cycle, selon Statistiques Canada.
Ancré dans une approche afrocentrée, le rôle de Mme Owuor consiste à « combler les angles morts » en matière d’équité. « La recherche menée par des universitaires noires dans des domaines variés est remarquable, dit-elle. Mais elle ne bénéficie pas, comme il se doit, du soutien nécessaire au sein des institutions. » Ainsi, pendant le Mois de l’histoire des Noirs, Mme Owuor a organisé un premier colloque mettant à l’honneur le capital scientifique de personnes étudiantes noires. La population non-universitaire était aussi conviée, c’est une manière d’affirmer « de façon significative et très délibérée » que la science est au service de toute la population, précise-t-elle. De la pédagogie à l’immigration, en passant par les soins infirmiers et l’histoire, chacun des travaux qualitatifs des étudiantes et étudiants a braqué les projecteurs sur un point faible de la recherche : les perspectives des communautés noires.
Forte de son expertise en justice sociale, Mme Owuor a également mentoré des personnes étudiantes participant à l’événement et s’est engagée à coordonner l’intégration les projets de recherche « fondés sur des expériences vécues » au sein des différentes structures concernées.
Ces démarches récentes démontrent une ferme intention de vouloir concrètement amplifier le potentiel scientifique de la communauté étudiante noire. Elles ont émergé malgré un climat économique fragile dans le milieu universitaire des provinces atlantiques et sous le regard vigilant du secrétariat de la Charte de Scarborough, dont la mission est d’encadrer l’évolution du progrès et du désengagement en matière d’intégration des personnes noires et de racisme antinoir au sein des universités signataires.
Postes vedettes
- Chaire de recherche du canada de niveau 2 sur la transformation des pratiques en santéUniversité du Québec à Trois-Rivières
- Génie - Professeure ou professeur (aérospatial - opérations d’engins spatiaux)École de technologie supérieure
- NSERC Tier 1 Canada Research Chair in Electrochemical Technologies and Functional Materials for The Environmental Energy TransitionUniversité du Québec à Trois-Rivières
- Art et science de l’animation - Professeure ou professeurUniversité Laval
- Chaire de Recherche du Canada de niveau 2 sur la résilience démocratiqueUniversité du Québec à Trois-Rivières
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