Islamophobie et universités : Amira Elghawaby appelle au dialogue 

L’ancienne représentante spéciale chargée de la lutte contre l’islamophobie défend les mesures d’adaptation religieuse sur les campus.

03 mars 2026
Photo coutroisie de: Amira Elghawaby

Pendant les trois dernières années, Amira Elghawaby a agi à titre de représentante chargée de la lutte contre l’islamophobie. Le gouvernement du Canada avait créé ce poste pour se doter d’une ou d’un porte-parole spécialisé dans ce domaine. Il a été aboli le 4 février, en même temps que celui de personne envoyée spéciale du Canada pour la lutte contre l’antisémitisme, au profit d’un nouveau Conseil consultatif sur les droits, l’égalité et l’inclusion. Mme Elghawaby a discuté avec Affaires universitaires de l’expérience des étudiantes et étudiants musulmans sur les campus universitaires canadiens ainsi que du rôle des administrations des établissements en matière de mesures d’adaptation religieuse. 

Q : À votre avis, quelle forme devrait prendre le soutien qu’offrent les universités canadiennes à la population étudiante musulmane?  

Amira Elghawaby : Il est important de noter que plusieurs universités offrent déjà des mesures d’adaptation religieuse à leur communauté étudiante et à leur personnel enseignant et administratif, conformément aux Codes des droits de la personne qui exigent des accommodements raisonnables tant qu’ils ne créent pas de contraintes excessives pour l’établissement. C’est l’un des avantages de vivre dans un pays pluraliste comme le Canada, où les établissements collégiaux et universitaires cherchent à créer des milieux où l’ensemble des étudiantes et étudiants et du personnel enseignant et administratif peut participer pleinement à la vie sur les campus, et où chaque personne peut conserver sa foi et son identité, et célébrer des moments importants comme le ramadan. 

Au cours de votre mandat, avez-vous observé un changement dans l’atmosphère qui règne sur les campus pour les étudiantes et étudiants musulmans? 

Pour ce qui est du ramadan, j’ai entendu de nombreux exemples encourageants d’étudiantes et étudiants qui organisent des iftars, les repas que les personnes musulmanes prennent pour rompre le jeûne, en prenant soin d’inviter l’ensemble de la communauté universitaire. Ce genre d’initiatives, qui existent dans plusieurs universités, sont le reflet d’un bel esprit de solidarité et de générosité. Elles démontrent à quel point nos campus sont des milieux diversifiés, et que cette diversité contribue énormément à la richesse de la vie étudiante et facultaire. 

Malgré des défis persistants, qu’il s’agisse de l’accès à des espaces de prière ou de la planification d’examens durant l’Aïd, entre autres préoccupations, on constate malgré tout une volonté réelle de dialogue et d’ouverture de la part des administrations universitaires pour répondre aux besoins de la population en matière de mesures d’adaptation. 

Croyez-vous que certaines politiques, notamment le projet de loi 9 au Québec, qui interdisent les pratiques religieuses dans les établissements universitaires, influencent le climat sur les campus? 

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’un pays démocratique doté d’une Charte des droits et libertés comme le nôtre repose sur des principes fondamentaux : la liberté de religion, l’égalité et la liberté d’expression. C’est très important que les Canadiennes et Canadiens, quels que soient leurs origines ou leur rapport à la religion, se mobilisent pour garantir le respect de ces droits. Les violations actuelles ou possibles de ces droits dans certaines parties du pays, notamment au Québec, préoccupent vivement les communautés. Les étudiantes et étudiants universitaires avec qui j’ai discuté m’ont d’ailleurs confié redouter de ne plus voir leurs droits et libertés pleinement respectés. Toutes les personnes au pays devraient se sentir concernées.  

Il me semble essentiel de rappeler que la richesse du Canada repose sur la diversité, qui appelle compréhension, accommodements et dialogue. Rien n’est plus dommageable que des efforts pour miner les droits de la personne.  

Que recommanderiez-vous aux administrations universitaires pour favoriser l’inclusion? 

Lorsque j’étais représentante spéciale chargée de la lutte contre l’islamophobie, mon bureau a publié un guide canadien pour aider les établissements, notamment les universités et les collèges, à mieux comprendre et combattre l’islamophobie. J’encourage les administrations universitaires et leurs équipes de diversité, d’équité et d’inclusion à consulter cette ressource. Je crois fermement que les chefs d’établissement doivent donner aux étudiantes et étudiants une véritable place à la table des décisions. 

Quels changements espérez-vous constater dans le milieu de l’enseignement supérieur au Canada en ce qui concerne l’inclusion religieuse, notamment pour les étudiantes et étudiants musulmans? 

De manière générale, les établissements doivent veiller à ce que leurs membres, quels que soient leurs horizons, se sentent bienvenus et inclus. Ils doivent s’assurer qu’il existe des espaces pour dialoguer, repérer les obstacles et collaborer dans le but de surmonter les défis, afin de cultiver une culture d’inclusion. Cela demande du dévouement et de la rigueur, et une telle démarche devrait être au cœur des priorités de toute université, de tout collège ou de tout établissement d’enseignement où l’on prend au sérieux le bien-être et la réussite des personnes qui y étudient ou y travaillent. 

Y a-t-il autre chose que vous aimeriez ajouter ou préciser?  

Je dirais que plusieurs universités et collèges ont fait un travail remarquable en offrant des espaces de prière et en permettant aux étudiantes et étudiants, de même qu’au personnel enseignant et administratif, de demander de façon raisonnable les mesures d’adaptation nécessaires à leur bien-être. Bien entendu, il y a des établissements qui ont encore du travail à faire. Tant qu’il existe un esprit de collaboration, d’écoute, de partage et de volonté de changement positif, on peut s’attendre à des résultats favorables pour tout le monde. 

L’entretien a été modifié par souci de concision et de clarté. 

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