Les universités ontariennes évitent le gouffre budgétaire, mais les compressions se poursuivent

Les universités se réjouissent de l’investissement provincial de plusieurs milliards de dollars, mais budgètent tout de même avec prudence pour 2026-2027.

25 mai 2026
Photo by: Steven Kriemadis

Grâce au financement additionnel substantiel annoncé cet hiver par la province, les universités ontariennes ont évité le gouffre financier redouté pour 2026-2027. Certaines indiquent toutefois qu’elles devront encore effectuer des compressions afin de rétablir l’équilibre budgétaire. 

L’annonce, en février, d’un financement additionnel de 6,4 milliards de dollars sur quatre ans pour les établissements d’enseignement supérieur ontariens, combinée à la fin du gel des droits de scolarité en vigueur depuis sept ans, « a largement contribué à combler un écart de financement croissant », affirme Steve Orsini, président-directeur général du Conseil des universités de l’Ontario (CUO), qui, pendant plusieurs années, a exhorté la province à hausser les subventions, dans un contexte de financement de base relativement stagnant et de gel des droits de scolarité. Cela dit, « les universités auront encore du pain sur la planche pour assurer leur pérennité financière. » 

Dans le Nord de l’Ontario, où les fragilités financières du secteur ont été particulièrement visibles ces dernières années, certains établissements voient déjà les effets de cette nouvelle injection de fonds. L’Université Laurentienne de Sudbury, encore régie par une entente de prêt de sortie conclue avec la province après sa restructuration financière il y a cinq ans, prévoit un surplus de 1,4 million de dollars pour l’année universitaire à venir et anticipe une hausse de 6,8 millions de dollars en subventions de fonctionnement à la suite de l’annonce provinciale de février

À Sudbury, le financement est aussi accueilli comme un signal de stabilité pour le secteur postsecondaire francophone. Dans une entrevue accordée à Affaires universitaires en avril, le recteur et vice-chancelier Serge Miville s’en réjouissait. « C’est exactement ce que nous espérions. C’est la première fois que nous voyons des chiffres aussi clairs inscrits noir sur blanc dans les documents budgétaires de la province. Pour nous, c’est une reconnaissance majeure qui apporte une assurance et une clarté indispensables. » Selon lui, l’investissement doit contribuer à stabiliser financièrement l’établissement après la crise de la Laurentienne et permettre de soutenir le personnel, les infrastructures et le déploiement des programmes. « Voir cet investissement aujourd’hui, c’est l’aboutissement d’un long combat pour la pérennité de notre institution », affirmait-il. 

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Cette amélioration ne signifie toutefois pas la fin des arbitrages difficiles ailleurs dans le réseau universitaire ontarien. 

À l’Université de Waterloo, une partie de cet effort passe par des compressions de 20 millions de dollars afin de remédier à un déficit structurel de 33,7 millions de dollars, et ce, même si l’université s’attend à recevoir près de 36 millions de dollars de plus que l’an dernier en subventions provinciales de fonctionnement. 

« Sans ce financement additionnel, nous aurions dû procéder à des compressions beaucoup plus importantes, précise Jacinda Reitsma, vice-rectrice à l’administration et aux finances de l’université. L’aide financière est la bienvenue, mais aussi une meilleure idée de ce qui nous attend, ce qui facilitera notre planification à long terme. » 

Les universités attendent des précisions sur le financement 

D’autres universités partagent cet avis, mais elles ont toutefois dû préparer leurs budgets à partir d’estimations préliminaires des sommes qui leur seraient attribuées. Les universités attendent toujours des précisions de la province, ce qui, pour certaines d’entre elles, entraîne des retards dans l’approbation des budgets. Le gouvernement a également encouragé les universités à adopter des processus de planification budgétaire à plus long terme, en exigeant la mise à jour d’un plan plus détaillé à la lumière des récents changements de financement. 

« Nous prenons le temps de bien faire les choses », a déclaré Lisa Philipps, rectrice par intérim et vice-chancelière de l’Université York à Toronto, dans un communiqué publié le 22 avril. Le plan budgétaire pluriannuel de l’Université York, adopté l’an dernier, prévoyait un déficit de 67,4 millions de dollars pour 2026-2027. Toutefois, un budget révisé devrait être adopté en juin. « Nos efforts pour redresser la situation budgétaire et éliminer le déficit structurel sont essentiels afin que l’Université puisse poursuivre sa mission et avoir des retombées positives durables pour la population étudiante et la société », a soutenu Mme Philipps. 

L’Université Trent, à Peterborough, qui fait face à des compressions budgétaires d’environ 12 millions de dollars pour l’année universitaire à venir, affirme qu’elle attendra la réception des allocations provinciales détaillées avant de rendre public son budget. L’Université de Windsor a elle aussi précisé que son budget ne serait rendu public qu’une fois le processus d’approbation terminé. 

Les effets de la réduction des permis d’études et du gel des droits de scolarité persistent 

La réduction du nombre de permis d’études accordés aux étudiantes et étudiants internationaux par le gouvernement fédéral en 2024 a aggravé la situation financière déjà préoccupante des universités de l’Ontario, en particulier celles qui dépendaient fortement de cette source de revenus. Le gouvernement a bien annoncé du financement supplémentaire — notamment 750 millions de dollars en avril 2025 pour augmenter le nombre de places dans les programmes de STIM —, mais cette aide n’était pas permanente.  

Les récentes hausses du financement provincial « ne compensent pas entièrement les effets cumulatifs des réductions antérieures des droits de scolarité, de l’inflation et des perturbations des inscriptions », indique un procès-verbal de la réunion du 28 avril du conseil d’administration de l’Université Carleton, où les membres ont adopté un budget de fonctionnement et auxiliaire présentant un déficit de 32 millions de dollars. « Les droits de scolarité continuent de croître moins vite que les coûts, d’autant plus que les droits payés par les étudiantes et étudiants canadiens ajustés en fonction de l’inflation demeurent nettement sous les niveaux observés avant 2019. »

Selon un rapport de 2022, 76 % des droits de scolarité du campus de Brampton de l’Université Algoma, dans le nord de l’Ontario, provenaient d’étudiantes et étudiants internationaux; l’établissement anticipe maintenant un déficit de 16,45 millions de dollars pour l’année à venir. Selon les données de l’université, les inscriptions ont chuté de façon spectaculaire, la population étudiante passant de 13 600 en 2023-2024 à seulement 3 292 l’an prochain.  

Des suppressions de postes sont à prévoir, et le personnel enseignant à temps partiel, dont la majorité enseigne au campus de Brampton, a déjà vu sa charge de cours chuter de près de 50 % entre les trimestres d’hiver 2025 et d’hiver 2026. Le campus principal se trouve à Sault Ste. Marie, et l’université en a un autre à Timmins.

« La tendance est très claire », souligne Vinay Yarlagadda, qui représente environ 150 chargés de cours à temps partiel de l’Université Algoma à titre de vice-président de la Section locale 685 du Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario. Selon lui, l’administration a averti ses membres qu’ils subiront l’essentiel des suppressions de postes. Malgré tout, M. Yarlagadda garde espoir que les effets des variations marquées du nombre d’étudiantes et étudiants internationaux commenceront bientôt à se stabiliser. « On est presque revenus aux niveaux de 2019 en ce qui concerne la population étudiante à Brampton, indique-t-il. Espérons que la situation ne se détériorera pas davantage et que les inscriptions repartiront à la hausse. J’ai confiance. » 

Certaines universités entrevoient un retour à l’équilibre budgétaire 

L’Université Lakehead de Thunder Bay devrait présenter son budget à son conseil d’administration au début du mois de juin. Selon les projections de la fin avril, le budget proposé était équilibré. Le financement supplémentaire accordé par la province constitue une « excellente nouvelle, qui arrive à point nommé et établit un cadre de financement viable pour le secteur », se réjouit Gillian Siddall, rectrice et vice-chancelière de l’Université Lakehead, dans un courriel. 

Perspectives à long terme 

M. Orsini, à la tête d’un CUO qui n’a cessé de présenter les universités de l’Ontario comme des partenaires clés d’ambitions économiques pro-entreprises du gouvernement conservateur provincial, affirme que le financement de l’enseignement postsecondaire relève d’une responsabilité partagée entre le gouvernement, les universités et le corps étudiant. Selon lui, la province « a fait sa part » avec l’annonce de février; les étudiantes et étudiants contribueront également par la hausse de 2 % des droits de scolarité prévue en septembre; et les universités devront « continuer de travailler avec leur administration, le corps professoral et le personnel afin de réaliser des économies supplémentaires et assurer leur viabilité financière à long terme; cela a toujours été notre objectif ». 

Forte de sa stabilité financière historique et d’une dotation bien capitalisée, l’Université de Toronto a annoncé qu’elle présentera un budget équilibré en 2026-2027. Elle prévoit, entre autres, de réduire ses dépenses de 20 millions de dollars, par une réduction du personnel à l’échelle de l’université, notamment grâce à une réduction des effectifs par attrition et à l’abolition de postes vacants, ainsi que par une diminution des dépenses discrétionnaires.   

La répartition des 70 000 places étudiantes supplémentaires entre les établissements annoncées en février par le gouvernement ontarien reste à déterminer. Environ 30 000 de ces places seront réservées aux étudiantes et étudiants canadiens déjà inscrits à un établissement d’enseignement supérieur qui n’était pas auparavant financé par les subventions provinciales. Les 40 000 places restantes, pour lesquelles les établissements devront soumettre une demande, seront attribuées aux secteurs prioritaires de la province, notamment les STIM, les soins de santé et l’éducation, indique M. Orsini. Les budgets annuels alloués aux dépenses et à l’équipement restent à déterminer. 

Les ententes de mandats stratégiques, que les universités négocient avec la province tous les cinq ans afin de définir leurs priorités institutionnelles, leurs objectifs de rendement et les modalités de financement, sont également en cours de révision pour intégrer la nouvelle politique de financement, explique-t-il. 

D’ici l’automne prochain, les étudiantes et étudiants des universités ontariennes « verront encore des programmes être réorganisés afin d’assurer leur viabilité financière », prédit M. Orsini. « Ces programmes leur offriront plus de soutien, autant en matière d’équipement que de qualité d’enseignement et d’accompagnement, ce qui améliorera l’expérience étudiante. » 

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