Budget du Québec : 391,9 M$ pour les universités entre soutien et priorités économiques

Le budget 2026-2027 du Québec mise sur les universités comme leviers économiques, avec des investissements ciblés en recherche et en innovation, sans toutefois corriger le sous-financement structurel du réseau.

19 mars 2026
Le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, tient une copie du budget provincial en répondant aux questions des journalistes à l’Assemblée nationale, à Québec, la veille du dépôt du budget, le mardi 17 mars 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

À l’approche de la prochaine échéance électorale, le gouvernement Legault présente un budget qui met l’accent sur ses priorités économiques tout en maintenant une certaine prudence financière. Il consacre 391,9 millions de dollars sur cinq ans à l’enseignement supérieur et à la recherche, positionnant les universités comme des acteurs stratégiques de l’innovation et du développement de secteurs clés.

« C’est un budget positif pour les universités québécoises, notamment parce qu’il prévoit des ajouts à la base budgétaire des établissements, ce qui est essentiel », se réjouit Christian Blanchette, président du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI). « La Conférence des recteurs salue d’ailleurs le travail de la ministre [Martine Biron, ndlr] et de son équipe pour consolider le financement du réseau. » Le BCI estime par ailleurs dans un communiqué que ces mesures vont dans la bonne direction pour renforcer le financement du réseau universitaire, tout en insistant sur la nécessité de poursuivre les investissements afin de répondre aux besoins structurels et soutenir pleinement la contribution des universités au développement du Québec.

560 millions de dollars supplémentaires sont également prévus pour le maintien des actifs immobiliers. « Cela ne compense pas entièrement les besoins accumulés, mais cela donne de l’air aux universités pour gérer les rénovations et l’entretien », commente-t-il.

Les universités québécoises restent sous-financées par rapport à leurs homologues des autres provinces, avec un déficit d’environ un milliard de dollars. Le nouveau budget permet, selon M. Blanchette, de réduire cet écart, sans toutefois le combler entièrement.

En outre, 54,8 millions de dollars sont consacrés à la recherche publique et à la valorisation de ses résultats. Une partie de ces sommes sera versée au Fonds de recherche du Québec (FRQ), tandis que d’autres investissements visent à améliorer l’accès aux données de recherche et à renforcer la valorisation et la protection de la propriété intellectuelle, notamment avec l’appui d’Axelys, l’organisme mandaté par le gouvernement du Québec pour valoriser la recherche publique et favoriser le transfert de ses résultats vers l’économie. 42,4 millions de dollars sont alloués au renforcement de la souveraineté numérique, notamment par le développement de plateformes communes et sécurisées pour les organismes publics.

« J’ai été agréablement surpris de voir des investissements pour les FRQ avec environ 10 millions de dollars supplémentaires par année », commente Yves Gingras, directeur scientifique de l’Observatoire des sciences et des technologies et historien des sciences à l’Université du Québec à Montréal. Des investissements salués également par Vincent Larivière, professeur titulaire à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal (UdeM) et titulaire de la Chaire UNESCO sur la science ouverte.  « C’est une bonification, mais on ne sait pas exactement dans quels programmes cela s’inscrit. Le budget mentionne 20 millions de dollars sur deux ans pour soutenir la mission du FRQ. C’est ponctuel, pas une augmentation du budget de base, donc ce n’est pas énorme, mais c’est positif. »

Des sommes sont aussi prévues pour améliorer l’accès aux données via Statistique Québec, un enjeu clé pour la recherche. « 17,8 millions pour l’Institut de la statistique, c’est une bonne nouvelle, car l’Institut avait souffert de compressions qui rendaient certaines données inaccessibles aux scientifiques. Cette augmentation permet donc de rendre ces données à nouveau disponibles pour la recherche. » commente M. Larivière.

Sur cinq ans, environ 100 millions supplémentaires seront répartis entre le FRQ, l’Institut de la statistique du Québec, ainsi que des financements directs destinés à certains organismes et initiatives ciblées.

« Il y a des fonds dirigés vers des secteurs stratégiques, comme l’intelligence artificielle, la photonique ou les technologies quantiques », explique M. Larivière. « Cet argent ne passe pas par les canaux traditionnels d’évaluation par les pairs mais est distribué directement à certains organismes jugés utiles pour l’économie. On est davantage plus orienté développement économique que recherche fondamentale. »

« Le problème avec ces investissements ciblés, déplore M. Gingras, c’est qu’ils favorisent des milieux déjà bien équipés. Les universités, dans leur ensemble, restent en déficit. Financer le salaire d’un professeur sans garantir l’infrastructure, ça crée un déficit. On observe aussi des investissements ciblés en innovation, notamment en optique quantique et en intelligence artificielle, comme24 millions sur trois ans pour des centres d’innovation à Sherbrooke ou encore 600 000 $ par an pour une unité mixte en photonique quantique. »

Selon lui, le budget 2026-2027 est encourageant pour la recherche et certains secteurs stratégiques, mais il ne corrige pas les déséquilibres financiers structurels des universités. Pour M. Larivière, ces investissements traduisent la vision du gouvernement actuel, qui conçoit la recherche avant tout comme un levier de développement économique, au détriment d’un appui plus structurant à la recherche fondamentale.

Budget 2026-2027 en chiffres

L’essentiel
391,9 M$
→ Enseignement supérieur et recherche (sur 5 ans)

167 G$
→ Plan québécois des infrastructures (incluant les universités)

Recherche et accès aux données
20 M$
→ Fonds de recherche du Québec (FRQ)

17,8 M$
→ Institut de la statistique du Québec

Investissements ciblés
17 M$
→ Valorisation de la recherche et propriété intellectuelle

45,8 M$ sur 4 ans
→ Zones d’innovation (secteurs stratégiques)

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