Francisation des universités anglophones, une entente qui fait encore débat
Le gouvernement du Québec et les universités anglophones tournent la page sur deux ans de confrontation. Reste une question, est-il normal que des fonds publics servent à financer l'apprentissage du français dans ces établissements ?
Le gouvernement du Québec a octroyé en juin dernier un financement annuel de 20 millions de dollars aux trois universités anglophones de la province afin de les aider à franciser 60 % de leur clientèle de premier cycle provenant de l’extérieur du Québec.
Au moment d’obtenir leur diplôme, ces personnes étudiantes devront démontrer une compréhension générale de conversations brèves liées à des activités ou à des situations courantes, correspondant au niveau 4 sur 12 de l’Échelle québécoise des niveaux de compétence en français. L’entente s’applique à la cohorte d’automne 2026, et l’évaluation de l’atteinte de cette cible débutera en 2029-2030. Si une université n’atteint pas l’objectif fixé, le gouvernement récupérera une partie de son financement, à raison de 1 500 $ par personne étudiante manquante pour atteindre le seuil de 60 %. Cette pénalité s’appliquera aux McGill et Concordia, tandis que l’Université Bishop’s en sera exemptée.
Un objectif réaliste ?
Cet accord se rapproche de ce que les universités anglophones avaient offert au gouvernement du Québec en 2023. Elles proposaient alors une cible de francisation de 40 %, mais avec un niveau decompétences en français un peu supérieur.
« Nous sommes conscients que le français est une langue en péril en Amérique du Nord et comme établissement québécois nous voulons aider à la protéger et à la promouvoir », assure Graham Carr, recteur et vice-chancelier de l’Université Concordia.
Aucune personne étudiante non-québécoise ne sera obligée de participer aux mesures de francisation. Dans un tel contexte, la cible de 60 % est-elle réaliste ? Le vice-recteur croit que oui, d’autant que les étudiantes et étudiants de l’extérieur du Québec qui parlent déjà français comptent dans le calcul. Les étudiantes et étudiants originaires de France forment la troisième plus importante cohorte de personnes étudiantes internationales de l’Université Concordia.
« Par ailleurs, plusieurs étudiants canadiens non-québécois ont fait de l’immersion en français, donc ils ne partent pas de zéro, ajoute M. Carr. Et les étudiants qui souhaitent rester au Québec après leur diplomation savent qu’ils devront apprendre le français. »
Des efforts plus soutenus
« Cette entente nous aidera à poursuivre les efforts qui se font déjà pour renforcer la place du français sur notre campus », affirme pour sa part Natalia Liakina, vice-provost au rayonnement du français à l’Université McGill.
Elle croit que la dualité linguistique et culturelle du Québec est l’une des raisons qui attirent des personnes étudiantes non-québécoises à l’Université McGill. Cela leur permettrait, selon elle, d’étudier en anglais tout en réalisant plusieurs expériences en français.
L’établissement a augmenté récemment son offre de cours en communication générale en français. Elle a aussi ajouté un parcours d’apprentissage du français en contexte professionnel. L’université propose des bourses à des étudiantes et étudiants non-québécois pour qu’ils fassent des expériences d’immersion à Québec pendant l’été.
« L’apprentissage du français ne se fait pas qu’en classe et bénéficie grandement de séjours dans un contexte authentiquement francophone », fait remarquer la vice-provost.
Deux ans d’affrontement
Cette entente écrit un nouveau chapitre d’une histoire qui dure depuis plus de deux ans. En octobre 2023, l’ex-ministre de l’Éducation supérieure, Pascale Déry, a augmenté de 9 000 à 17 000 dollars les droits de scolarité pour les personnes étudiantes canadiennes non québécoises inscrites dans les universités anglophones. Elle exigeait aussi que ces établissements francisent 80 % de leur clientèle à partir de l’automne 2025.
En décembre 2023, le gouvernement du Québec a réduit ces droits de scolarité à 12 000 dollars. L’augmentation est entrée en vigueur à l’automne 2024. Les trois universités anglophones du Québec ont combattu ce changement jusque devant les tribunaux. En avril 2025, la Cour supérieure a soutenu que les arguments invoqués par le gouvernement du Québec ne justifiaient pas l’ampleur de la hausse et que la cible de 80 % était irréaliste.
Le gouvernement du Québec a maintenu la majoration tout en négociant avec les établissements anglophones, ce qui a mené à l’entente de 20 millions de dollars. « Personne dans les universités québécoises ne se désolera d’un programme qui améliore les perspectives du français dans nos établissements », lance Christian Blanchette, président du Bureau de coopération interuniversitaire. Il affirme que le soutien du gouvernement aidera les établissements anglophones à concrétiser leurs engagements envers la francisation.
De son côté, Martin Maltais, professeur spécialisé en financement et politiques d’éducation à l’Université du Québec à Rimouski, croit que cette entente représente plus une atténuation de certains risques qu’un réel outil pour assurer la prospérité du français.
Il trouve étrange d’inclure les étudiantes et étudiants francophones dans le calcul de la cible de francisation. Il souligne également que plusieurs programmes dans des établissements francophones exigent un certain niveau de maîtrise de l’anglais à la diplomation et offrent des mesures pour y parvenir, sans recevoir de financement supplémentaire. « Ne serait-ce pas normal que les établissements universitaires anglophones s’assurent de leur côté que les étudiants qui les fréquentent acquièrent un certain niveau de connaissance du français ? », demande-t-il.
Notons que l’augmentation de 3000 dollars des droits de scolarité des personnes étudiantes non-québécoises inscrites dans les universités anglophones a été maintenue et n’est pas affectée par l’entente sur la francisation.
Postes vedettes
- Génie - Professeure ou professeur (aérospatial - opérations d’engins spatiaux)École de technologie supérieure
- Chaire de recherche, niveau 2 sur les liens vasculaires avec le neurodéveloppementUniversité d'Ottawa
- Art et science de l’animation - Professeure ou professeurUniversité Laval
- Chaire de Recherche du Canada de niveau 2 sur la résilience démocratiqueUniversité du Québec à Trois-Rivières
- Sociologie du travail - Professeure régulière ou professeur régulierUniversité Laval
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