Un zeste d’humour améliore vos conférences, science à l’appui !
Une présentation scientifique n’est pas un spectacle de stand up, mais l’humour bien dosé accroche le public et révèle le capital sympathie.
Dans une salle de congrès, une plaisanterie bien placée peut provoquer quelques sourires, détendre l’atmosphère et rendre un concept complexe plus mémorable. Pourtant, l’humour demeure relativement rare dans les conférences scientifiques, où la rigueur et le sérieux sont souvent perçus comme les seules voies vers la crédibilité.
Les colloques portant sur les STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques), trainent une réputation austère : jargon dense, diapositives surchargées, ton monocorde. Contrairement à certaines idées reçues, l’humour a bel et bien sa place pendant cet exercice soigneusement minuté. Mais il faut bien se rendre à l’évidence, c’est la dernière des priorités, surtout pour les personnes chercheures peu à l’aise sur scène, encore moins devant un parterre de collègues.
Présenter ses travaux de recherche n’a pas toujours été un jeu d’enfant pour Emily Standen, biologiste spécialisée en biomécanique évolutive et comparée à l’Université d’Ottawa. Comme plusieurs jeunes scientifiques, elle a d’abord dû apprivoiser le trac associé à la prise de parole en public. Au fil d’années de pratiques, sa passion d’improvisatrice théâtrale a naturellement inspiré la mise en scène de ses exposés scientifiques : elle réserve le jargon technique aux articles écrits et à l’oral elle privilégie des notions accessibles au service de la clarté du propos sous forme de récits captivants qui mêlent suspense et découvertes. L’art dramatique lui a aussi appris à faire confiance à son instinct et à improviser une note d’humour, essentiellement l’autodérision, seulement si l’ambiance s’y prête !
L’humour est un liant social qui happe l’imaginaire collectif du public, explique Marie-Eve Carignan, professeure de communication à l’Université de Sherbrooke. Telle une colle mnémotechnique, l’humour ancre les nouveaux concepts, au même titre que la vulgarisation, les images fortes et le storytelling. Une pointe de légèreté ne nuit pas à la rigueur de la recherche et est même bien mieux reçue par la communauté savante qu’on ne le pense, rassure-t-elle.
Que dit la science ? La question a intéressé plusieurs chercheurs qui se sont penchés sur l’effet de l’humour dans les présentations scientifiques.
Au terme de l’analyse de 870 blagues racontées lors de 14 conférences en biologie, le chercheur Stefano Mammola a conclu qu’il est préférable d’introduire la plaisanterie en début de présentation si on en use par la suite, parce qu’un public averti en vaut deux. Concrètement, en début de présentation, l’humour instaure une atmosphère chaleureuse. Placé en milieu de conférence ou après un volet plus rigoureux, il relance l’attention. Et ajoutée en conclusion, la plaisanterie désamorce les conclusions plutôt pessimistes. Enfin, il ne faut pas craindre les réactions du public, qui ne lance ni tomates en cas de flop ni éclats de rire quand la blague est bonne. Tout au plus, deux fois sur trois, il esquisse un simple sourire, d’après la même étude.
Oser, mais bien doser
Mme Carignan invite à déroger des conventions rigides et à oser la plaisanterie parce qu’elle humanise la personne savante. Mais, en cas de gêne, l’humour est à éviter, suggère-t-elle. Cette prudence est d’autant plus importante que les conférences scientifiques réunissent souvent des publics diversifiés, provenant de disciplines, de cultures et d’horizons différents. C’est le cas d’Emilie Ollame-Omvane, doctorante en microbiologie et en immunologie à l’Université de Montréal. Pour la francophone, s’imposer dans un univers scientifique dominé par l’anglais est un défi en soi. Elle ne s’aventure pas sur le terrain de la plaisanterie de peur de froisser certaines sensibilités culturelles, mais elle reconnait en tant que spectatrice qu’un trait d’humour donne vie aux discours formels.
Il ne faut pas perdre de vue qu’une conférence scientifique rassemble un public de chercheurs et de professionnels du milieu universitaire désireux d’enrichir leurs connaissances. L’humour est donc facultatif, rappelle Julie Dirwimmer, formatrice en humour et en vulgarisation scientifique. Par ailleurs, pour ne pas plomber l’ambiance ou miner sa crédibilité, dit-elle, mieux vaut éviter la moquerie, les références culturelles trop nichées et le cabotinage, soit « rire pour faire rire ». À cela Mme Carignan ajoute qu’il est « préférable d’y penser à deux fois et d’évaluer si la blague va être bien comprise ». Elle-même est une adepte du sarcasme, mais uniquement devant un public habitué à son mordant, pour prévenir les quiproquos. Elle recommande aussi d’anticiper la pertinence des digressions humoristiques au cas où la conférence ou des extraits se retrouvent relayés en ligne, hors du contexte initial.
Au final, les spécialistes interrogées s’entendent sur le fait que l’humour n’est pas une obligation. Et lorsqu’il est utilisé avec discernement, il contribue à rendre une présentation plus vivante et plus engageante pour le public.
Postes vedettes
- Comptabilité financière - Profeseure adjointe / agrégée ou profeseure adjoint / agrégéUniversité d'Ottawa
- Chaire de recherche Impact+ CanadaUniversité du Québec à Rimouski
- Unité de recherche préclinique en neurosciences - Assistant de recherche 2, durée d'un anUniversité McGill
- Ergothérapie - Professeure régulière ou professeur régulier (pratiques professionnelles et systèmes de santé en transformation)Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)
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