Les universités doivent interpeller les profils non traditionnels
Les établissements universitaires ont intérêt à répondre aux besoins éducatifs des adultes en milieu de carrière.
À mesure que l’économie canadienne change, on devrait voir les adultes en milieu de carrière s’intéresser de plus en plus à l’enseignement supérieur, que ce soit pour rallier de nouveaux secteurs (recyclage) ou pour accroître leurs possibilités d’avancement professionnel (perfectionnement).
Or, beaucoup de programmes universitaires sont conçus pour répondre aux besoins des étudiantes et étudiants « traditionnels ». Ces personnes fréquentent l’université à temps plein, ont peu de responsabilités familiales, voire aucune, et leurs études occupent une place centrale dans leur vie. Les étudiantes et étudiants « non traditionnels » – qui occupent un emploi à temps plein ou ont des responsabilités familiales – peinent souvent à intégrer les études universitaires à leur vie.
Il y a donc lieu de remettre en question la structure des programmes universitaires et leur éventuelle évolution. Comme l’explique Christie Schultz, doyenne du Centre de formation continue à l’Université de Regina : « Alors que nous continuons d’élargir l’accès à l’éducation, il nous incombe de nous demander régulièrement qui est laissé pour compte, et pourquoi. Quels sont les obstacles que nous avons créés nous-mêmes et que nous devons aplanir pour répondre aux besoins des personnes et des communautés autres que celles qui se sentent déjà à leur place dans un cadre universitaire? »
Les universités ont besoin de la population étudiante non traditionnelle
Un argument de poids pour inciter les universités à en faire plus pour répondre aux besoins éducatifs des étudiantes et étudiants non traditionnels : leurs droits de scolarité. Comme le consultant en enseignement supérieur Alex Usher le souligne, « le financement public de l’enseignement supérieur stagne depuis plus de dix ans ». Cette stagnation accentue l’importance des revenus tirés des droits de scolarité pour assurer la viabilité financière des universités. Les droits de scolarité payés par la population étudiante internationale ont servi de solution à court terme, mais les réductions récentes et successives imposées par le gouvernement fédéral au nombre de permis d’études octroyés à cette population ont entraîné une baisse des inscriptions. Bon nombre d’universités se font donc une priorité de compenser cette perte par les droits de scolarité des étudiantes et étudiants du pays, ce qui signifie qu’elles devront augmenter les inscriptions, puisque bien des provinces plafonnent la hausse de ces droits. Les collèges et les écoles de formation professionnelle étant soumis à des pressions similaires, les universités devront leur livrer une concurrence féroce pour conserver le marché des étudiantes et étudiants traditionnels, tout en cherchant à attirer les profils non traditionnels.
Et même au-delà de leurs droits de scolarité, les étudiantes et étudiants non traditionnels enrichissent les universités. Grâce à leurs expériences de vie et de travail, ces personnes contribuent à la diversité en classe, et y apportent leurs perspectives éclairées. Ces étudiantes et étudiants incitent les universités à augmenter les occasions d’apprentissage flexible et les mesures de soutien, ce qui profite à tout le monde. Par ailleurs, ces personnes offrent aux universités une autre occasion d’accomplir leur mission fondamentale. L’accès aux avantages individuels de l’éducation universitaire, notamment un potentiel de revenu plus élevé et de meilleures perspectives en matière de santé, ne devrait pas être limité par l’âge, la situation d’emploi et la situation familiale, et les retombées sociétales, dont une population plus engagée, sont plus considérables si cette éducation est offerte à une part plus importante de la population.
Comment répondre aux besoins des étudiantes et étudiants non traditionnels
Ces personnes ont des attentes élevées à l’égard de leurs études. Selon le site Web du Programme de sciences humaines Clemente, « en général, les enjeux sont élevés pour les adultes qui retournent à l’école. Ils ont tendance à prendre leurs études plus au sérieux que les étudiantes et étudiants traditionnels et à tolérer moins les distractions en classe ou les travaux inutiles. Ils investissent du temps, de l’argent et des efforts dans leur éducation et s’attendent donc à en recueillir les fruits, qu’il s’agisse d’apprentissages, de qualifications ou d’un sentiment d’appartenance et d’accomplissement. »
Pour interpeller les étudiantes et étudiants non traditionnels, les universités doivent répondre à leurs besoins et leur offrir une proposition de valeur claire. Jeffery Stevens, professeur adjoint au Collège d’études commerciales et professionnelles de l’Université agricole et mécanique d’Alabama, soutient que, « parce que les besoins en matière de développement, les enjeux et les facteurs de stress des adultes diffèrent considérablement de ceux des étudiantes et étudiants d’“âge traditionnel”, tous les aspects de l’environnement d’études doivent être réévalués (et souvent reconfigurés) pour répondre aux besoins de cette population grandissante ».
Pour entamer cette réévaluation, les corps professoraux et les dirigeantes et dirigeants devraient réfléchir aux questions suivantes :
- Comment offrir des programmes qui s’inscrivent dans un cheminement de carrière? Bon nombre d’étudiantes et étudiants non traditionnels sont attirés par les programmes professionnels favorisant l’acquisition de compétences clairement définies. Dans les programmes qui ne mènent pas à un métier donné, quelles compétences et connaissances pertinentes pour leur carrière les étudiantes et étudiants acquerront-ils?
- Comment maximiser l’efficacité des programmes? Un baccalauréat de quatre ans et une maîtrise en recherche ne cadrent pas toujours avec les besoins de cette population. En quoi d’autres qualifications cumulables – comme des microcertifications, des certificats, des diplômes associés ou des diplômes post-baccalauréat – favorisent-elles l’apprentissage continu? Quelles sont les possibilités de simplification de la structure actuelle des programmes? Est-il possible de donner aux étudiantes et étudiants non traditionnels des crédits pour leurs études précédentes ou leur expérience de travail pertinentes?
- Comment accroître la souplesse? Les relevés de notes du secondaire ne rendent peut-être pas compte du potentiel scolaire d’une étudiante ou d’un étudiant non traditionnel. Comment peut-on faire preuve de souplesse pour l’admission? Les étudiantes et étudiants non traditionnels doivent pouvoir accéder aux programmes et aux services au moment et de la manière qui leur conviennent. Est-il possible d’offrir des services et des cours en ligne, de manière asynchrone ou les soirs et les fins de semaine?
- Comment procéder avec empathie? Bon nombre d’étudiantes et étudiants non traditionnels n’ont pas mis les pieds en classe depuis des années, voire des décennies. Il se peut qu’ils manquent de confiance, qu’ils connaissent peu les normes universitaires ou les technologies, ou qu’ils vivent avec des troubles d’apprentissage non diagnostiqués. Ces obstacles peuvent être aplanis; comment aider les membres du corps professoral et les agentes et agents d’aide scolaire à soutenir adéquatement la réussite étudiante? La bonne nouvelle, c’est que les mesures d’adaptation offertes aux étudiantes et étudiants non traditionnels profitent aussi à la population traditionnelle : un sondage mené en 2024 auprès de 700 étudiantes et étudiants traditionnels en Amérique du Nord a révélé qu’ils comptaient parmi leurs priorités éducatives des horaires souples, le perfectionnement professionnel et du soutien accru.
L’avenir économique du Canada dépendra de l’apprentissage continu. Les universités courent le risque que les étudiantes et étudiants non traditionnels considèrent leur offre comme peu pratique ou peu pertinente, et lui préfèrent d’autres options éducatives. Il s’agirait d’une occasion ratée, tant pour ces personnes que pour les universités.
Postes vedettes
- Musique - Professeure adjointe ou professeur adjoint (interprétation classique, spécialité instrument d’orchestre de la famille des cuivres)Université McGill
- Anthropologie des infrastructures - Professeure ou professeurUniversité Laval
- Directrice ou directeur de la Division d’urologieUniversité McGill
- Chaires de recherche Impact+ CanadaUniversité du Québec à Rimouski (UQAR)
- Chaires de recherche Impact+ Canada en la guerre de l’information et la gouvernance stratégique du numériqueUniversité du Québec à Trois-Rivières
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