L’accessibilité comme moteur d’innovation
Première chercheuse non-voyante à obtenir un doctorat en sciences de la vision au Canada, la professeure Natalina Martiniello explique pourquoi l’accessibilité doit être pensée dès la conception, non comme une contrainte, mais comme un levier d’innovation.
Titulaire d’une récente bourse du Fonds de recherche du Québec, Natalina Martiniello, professeure à l’École d’optométrie de l’Université de Montréal, consacre ses travaux à l’accessibilité, au braille et à la réadaptation visuelle. Première chercheuse non-voyante à avoir obtenu un doctorat en sciences de la vision au Canada, elle défend une approche où l’accessibilité universelle devient un moteur de recherche, d’innovation et d’inclusion. Entretien.
Affaires universitaires : Votre parcours combine expertise clinique et recherche académique et est particulièrement inspirant. Pourriez-vous nous en dire plus sur ce qui vous a menée vers la recherche en réadaptation visuelle ?
Natalina Martiniello : Mon parcours a débuté par une maîtrise en sciences de la vision, suivie de plusieurs années comme spécialiste en réadaptation visuelle. Mon rôle consistait alors à enseigner le braille et l’usage des technologies d’assistance à des personnes de tous âges.
Étant moi-même non-voyante de naissance, j’ai eu la chance de recevoir très jeune les outils nécessaires pour réussir, notamment grâce à l’appui de mes parents. Durant ma pratique, j’ai réalisé qu’il y avait un manque de ressources pour les adultes qui souhaitent acquérir ces outils. Cela a été le déclencheur : j’ai voulu m’investir davantage, ce qui m’a menée vers un doctorat et, aujourd’hui, vers la direction d’un laboratoire de recherche axé sur l’accessibilité, le braille pour les adultes et le vieillissement.
AU : Comment avez-vous vécu votre propre parcours universitaire, et quel regard portez-vous sur l’accessibilité actuelle dans les universités ?
NM : J’ai toujours reçu beaucoup de soutien. Le département où j’évolue travaille très fort à améliorer l’accessibilité. Bien sûr, des obstacles existent, mais le fait d’avoir eu accès à des modèles positifs d’autres personnes aveugles dans des carrières académiques a été essentiel. Si les services d’accessibilité sont aujourd’hui présents dans la plupart des universités, je prône une approche proactive. Il faut intégrer l’accessibilité dès la conception, plutôt que d’attendre de devoir faire des accommodements au cas par cas. L’idéal, c’est l’accessibilité universelle : penser le matériel pédagogique, comme la description textuelle des images dans les présentations, dès la conception. Si l’on intègre ces standards dès le départ, on favorise l’inclusion de tous sans avoir à modifier le contenu après coup.
Le braille est à la personne aveugle ce que l’imprimé est à la personne voyante
AU : Vous avez récemment obtenu une bourse du Fonds de recherche du Québec. Quel impact cela aura-t-il sur vos projets ?
NM : Ce financement me permet d’élargir mes collaborations internationales et de consolider le pont entre la recherche et la pratique clinique. Il me donne surtout les moyens de mieux soutenir ma relève : mes étudiants, qu’ils soient aveugles ou voyants, travaillent sur des projets de pointe, comme la téléadaptation. C’est une plateforme essentielle pour former les leaders qui transformeront notre domaine.
AU: On parle beaucoup d’intelligence artificielle aujourd’hui. Est-ce un outil qui pourrait remplacer le braille, selon vous ?
NM: C’est une idée fausse très répandue. Le braille est à la personne aveugle ce que l’imprimé est à la personne voyante : il est indispensable pour l’orthographe, les mathématiques et la ponctuation. La technologie ne remplace pas le braille, elle l’élargit. Aujourd’hui, les afficheurs braille connectés à nos appareils numériques nous offrent un accès immédiat à l’information. Ils complètent le braille, ils ne le supplantent pas.
AU : Vous insistez sur la notion de changement durable dans votre travail. Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour vous ?
NM: Le changement durable dépasse la simple acquisition technique du braille. Il s’agit d’agir sur les facteurs environnementaux pour garantir une participation pleine et entière à la société. Une réadaptation réussie ne s’arrête pas à l’apprentissage d’un outil, elle doit s’accompagner d’une réflexion sur l’accès à l’information et sur la levée des barrières systémiques qui empêchent les personnes aveugles ou ayant une basse vision de s’épanouir pleinement.
AU : Quel conseil donneriez-vous à un étudiant ayant une déficience visuelle qui aspire à une carrière en recherche ?
NM : Le réseautage est primordial. Dès le cégep, j’ai eu la chance d’être assistante de recherche, une expérience qui a ouvert de nombreuses portes. Je dirais aux étudiants de ne pas hésiter à chercher des modèles, d’autres personnes aveugles ou ayant une basse vision qui réussissent dans le milieu académique. La recherche est un milieu exigeant, mais avec les bons outils et une communauté solide, il est possible d’y apporter une contribution unique.
À noter que Selon Statistique Canada (données de 2022), environ 4,3 % des Canadiens âgés de 15 à 24 ans vivent avec une incapacité liée à la vision.
Postes vedettes
- Ergothérapie - Professeure régulière ou professeur régulier (pratiques professionnelles et systèmes de santé en transformation)Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)
- Sociologie - Professeure adjointe ou professeur adjointUniversité Laurentienne
- Chaire de recherche Impact+ CanadaUniversité du Québec à Rimouski
- Comptabilité financière - Profeseure adjointe / agrégée ou profeseure adjoint / agrégéUniversité d'Ottawa
- Unité de recherche préclinique en neurosciences - Assistant de recherche 2, durée d'un anUniversité McGill
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