Universitaires canadiens, boycottons les conférences aux États-Unis

Face à la guerre commerciale de Donald Trump et aux attaques contre la liberté universitaire, les universitaires du Canada devraient cesser de se rendre aux États-Unis dans le cadre de leur travail, estime Daniel Stockemer.

09 septembre 2026
Photo courtoisie de : iStock.com/Just_Super

Dans sa dernière diatribe sur Truth Social le 30 août, le président des États-Unis Donald Trump a qualifié le Canada de l’un des « pires abuseurs » et a affirmé sans ambages qu’il ne voulait « rien de canadien ». En tant qu’universitaires, nous devrions le prendre au mot et cesser de nous rendre aux conférences tenues au sud de la frontière. S’il ne veut rien de canadien, nous ne devrions certainement pas dépenser nos fonds de recherche (dont une grande partie provient de subventions publiques et de budgets universitaires) aux États-Unis. Nous pouvons justifier un tel boycottage tant par des motifs de crédibilité que par des considérations morales et pratiques.  

Un boycottage des voyages aux États-Unis préserverait la crédibilité des universitaires 

Je pense que la plupart d’entre nous sont d’avis que la guerre commerciale menée par M. Trump est injustifiée, insultante et profondément nuisible aux entreprises canadiennes. L’administration Trump se comporte comme un intimidateur qui veut forcer le Canada à se soumettre. À juste titre, nous dénonçons ce comportement impérialiste, grossier et offensant. Nous sommes aussi très majoritairement d’accord avec la décision prise par le premier ministre Mark Carney, le 21 août dernier, de refuser de conclure un accord commercial extrêmement inéquitable et portant atteinte aux fondements mêmes de la souveraineté canadienne. En somme, la plupart d’entre nous n’ont pas tardé à dénoncer l’intimidation. Mais nous n’avons pas toutes et tous envisagé de prendre des mesures personnelles.   

La réalité est la suivante : cette guerre commerciale indue fera mal aux entreprises canadiennes et entraînera des pertes d’emplois. Dans ces circonstances, nos actions devraient refléter notre prise de position. Autrement dit, nous ne devrions pas critiquer M. Trump pour ensuite dépenser l’argent des contribuables canadiens aux États-Unis. Nous devrions plutôt nous abstenir de nous rendre aux États-Unis dans le cadre de nos activités professionnelles jusqu’à la fin de la guerre commerciale. Une telle prise de position renforce notre crédibilité en tant qu’universitaires et envoie un signal fort de soutien, non seulement au gouvernement, mais aussi à l’ensemble de la population canadienne, en particulier aux personnes qui subissent directement les contrecoups de la guerre commerciale injustifiée que mène l’administration Trump.  

Un boycottage des voyages aux États-Unis est légitime sur le plan moral 

Depuis que M. Trump est revenu au pouvoir, les attaques contre la liberté universitaire font tout bonnement partie de la stratégie autocratique de son administration. À titre d’exemple, dès le lendemain de son investiture, le président Donald J. Trump a signé le décret no 14173 visant à mettre fin à la discrimination illégale et à rétablir l’égalité des chances fondée sur le mérite. Ce décret dénonce la recherche et le langage associés à l’équité, la diversité et l’inclusion (EDI) comme étant intrinsèquement nuisibles à l’idéologie et aux valeurs américaines. Des politiques et des décrets subséquents ont permis au gouvernement d’exercer un plus grand pouvoir sur les universités américaines, de sabrer l’aide financière aux études et de restreindre le financement de la recherche. Ces politiques, combinées aux campagnes de pression dirigées contre les établissements d’enseignement supérieur, mènent vers la conformité idéologique, l’autocensure et la manipulation des contenus enseignés. Un boycottage des conférences aux États-Unis est un moyen de s’opposer à ces violations de la liberté universitaire. En raison des fortes restrictions d’entrée sur le territoire, un boycottage est également une façon de dire « non » à un climat qui empêche des chercheuses et chercheurs de nombreux pays de se rendre aux États-Unis.  

Un boycottage des voyages aux États-Unis peut renforcer le milieu universitaire au Canada 

La dernière fois que j’ai assisté à une conférence aux États-Unis, en 2024, j’y ai dépensé l’équivalent d’environ 3 500 $ CA. En dépensant simplement cet argent ici, nous pouvons soutenir les établissements canadiens et le réseautage national, et encourager la tenue de conférences internationales ailleurs qu’aux États-Unis (le Canada serait une destination de choix).  

Les collaborations et le réseautage doivent se poursuivre 

Je tiens à préciser un point dans cet appel à l’action : « ne pas participer aux conférences américaines » ne signifie pas « ne pas collaborer avec les universitaires des États-Unis ». Toutes les personnes du milieu universitaire américain que je connais, sans exception, critiquent l’administration Trump. Elles n’appuient pas les politiques dirigées contre le Canada et s’opposent aux entraves à la liberté universitaire. Les membres de mon cercle professionnel aux États-Unis comprennent ma position (et l’appuient souvent) concernant les conférences organisées dans leur pays, et je ne vois absolument aucune raison de cesser de travailler avec mes collègues. À l’ère de Zoom et de Teams, nous pouvons toujours trouver une manière de collaborer.  

J’invite l’ensemble des universitaires du Canada à se joindre à moi et à de nombreuses autres personnes pour s’abstenir de se rendre aux États-Unis dans le cadre de leur travail jusqu’à ce que cette guerre commerciale soit terminée.  

Il va de soi qu’une telle décision n’est pas sans conséquence, en particulier pour les universitaires en début de carrière qui dépendraient davantage des occasions de réseautage aux États-Unis que leurs homologues d’expérience. Pourtant, des réseaux existent ailleurs qu’en Amérique du Nord; les universitaires des États-Unis participent à des conférences internationales et, au XXIe siècle, les contacts peuvent se faire en ligne.  

Je tiens à souligner que je lance cet appel au boycottage des voyages au sud de la frontière en tant que personne ayant obtenu son doctorat aux États-Unis en 2010. Je suis extrêmement reconnaissant pour la scolarité que j’ai suivie au Connecticut. Pendant des années, j’ai régulièrement participé au congrès annuel de l’American Political Science Association (l’Association américaine de sciences politiques), ainsi qu’à d’autres conférences et ateliers. Je n’ai toutefois pas traversé la frontière depuis la deuxième investiture du président Trump, et je continuerai à m’en abstenir au moins jusqu’à la fin de cette guerre commerciale.  

Je n’aurais jamais pensé que j’en viendrais à appeler à un boycottage professionnel contre notre voisin du Sud, mais les circonstances exceptionnelles requièrent des mesures exceptionnelles.

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