Accès aux études postsecondaires : la situation économique des grands-parents compte
Les revenus des grands-parents influencent l’accès aux études postsecondaires de leurs petits-enfants au Canada, démontre une récente étude.
Alors que la recherche a déjà clairement établi que le revenu des parents influence l’accès aux études postsecondaires de leurs enfants, une récente étude a montré que celui des grands-parents joue aussi un rôle au Canada. Et c’est surtout vrai chez les familles à faible revenu.
« Dans les familles canadiennes dont les parents font partie des 10 % des moins riches, si les grands-parents font aussi partie de ce groupe dans leur génération, les taux d’accès de leurs petits-enfants à des programmes d’études postsecondaires est de moins de 45 % et de moins de 15 % si on regarde seulement le baccalauréat », indique Xavier St-Denis, auteur principal de l’étude et professeur à l’Institut national de la recherche scientifique, Centre Urbanisation Culture Société.
Le portrait change si les parents font toujours partie des moins riches, mais que les grands-parents font partie des 10 % des plus riches de leur génération. « Les taux d’accès grimpent alors à plus de 55 % pour les programmes d’études postsecondaires et à plus de 25 % si on regarde seulement le baccalauréat.
En guise de comparaison, chez les enfants ayant grandi dans les familles qui font partie des 10 % les plus riches, le taux d’accès au baccalauréat se situe entre 65 et 80 %. « Ce sont des taux assez élevés, donc il y a peu de marge pour que les grands-parents puissent jouer un rôle supplémentaire, précise le chercheur. Chez ces jeunes, la participation aux études postsecondaires dépendra d’autres facteurs qui ne sont pas nécessairement liés à l’origine sociale ou aux ressources familiales, comme les préférences et des difficultés scolaires. »
L’étude illustre donc que le fait d’avoir des grands-parents à revenus élevés compense en partie le désavantage d’avoir des parents à faible revenu.
« Elle montre aussi que les enfants pris dans des cycles multigénérationnels de faibles revenus ont des chances très faibles d’accéder aux études supérieures », indique Solène Lardoux, professeure au Département de démographie et des sciences de la population de l’Université de Montréal qui a aussi contribué à l’étude.
La transformation de la grand-parentalité sous la loupe
Ce n’est pas un hasard si le groupe de recherche, composé également de Natacha Prats et de Béatrice Morselli, s’est penché sur l’influence des grands-parents dans l’accès aux études postsecondaires des petits-enfants. Dans plusieurs pays en fait, des scientifiques s’intéressent à cette question depuis les années 2000, d’après M. St-Denis.
« Le rôle des grands-parents a beaucoup changé dans les 30 dernières années dans les pays de l’OCDE, explique-t-il. La longévité a augmenté. Puis, la retraite a pris un sens différent avec l’émergence du système de pension publique et du régime enregistré d’épargne-retraite. La grand-parentalité a donc commencé à se vivre beaucoup pendant la retraite, une période où plusieurs accédaient à une relative stabilité financière. L’indépendance financière a commencé à se maintenir aussi alors qu’auparavant, plusieurs aînés allaient vivre chez leurs enfants. »
La grand-parentalité s’est aussi transformée avec le fait que les familles ont maintenant moins d’enfants. « Avant, avec quatre ou cinq enfants, les relations horizontales avec les frères, les sœurs et les cousins étaient très fortes, alors que maintenant, avec les familles plus petites, les autres membres de la famille, comme les grands-parents, peuvent être appelés à jouer davantage un rôle d’entraide », explique M. St-Denis qui s’intéresse à la question de la mobilité sociale.
Or, il souligne qu’au pays, les dernières études sur l’influence des grands-parents sur l’accès aux études postsecondaires remontent aux années 1970 parce que, par la suite, Statistique Canada ne collectait pas de données sur ces sujets.
La récolte a repris et l’équipe de recherche a finalement eu accès aux données fiscales qui remontent à 1982 pour un échantillon de 20 % représentatif de la population canadienne et à des données de recensement de 2016 pour reconstruire les liens familiaux entre petits-enfants, parents et grands-parents, même s’ils ne vivent pas sous le même toit. L’étude se penche sur les naissances qui ont eu lieu entre 1999 et 2001.
Une aide sous différentes formes
Puisqu’on voit que le niveau de revenus des grands-parents influence l’accès aux études postsecondaires de leurs petits-enfants, on déduit qu’ils leur apportent un soutien qui peut être de différentes formes.
« Notre étude n’a pas déterminé de quelles façons les petits-enfants tiraient profit des ressources des grands-parents, indique M. St-Denis. Mais, il peut s’agir, par exemple, d’investir dans le régime enregistré d’épargne-études(REEE), de payer les frais de scolarité, ou encore, d’aider les petits-enfants à faire leurs devoirs, ou à se familiariser avec le système d’enseignement postsecondaire. Parce que souvent, un revenu plus élevé vient avec un plus hautniveau d’éducation et cela amène une approche différente de la grand-parentalité. »
Pour en savoir plus sur cette question en parallèle de cette étude, le chercheur a collecté ses propres données avec Béatrice Morselli, grâce au soutien financier de l’Association des retraitées et retraités de l’éducation et des autres services publics du Québec (AREQ-CSQ). Ils ont donc demandé aux grands-parents notamment s’ils investissent dans le REEE de leurs petits-enfants. L’échantillon de 15 % était représentatif de la population du Québec. Résultat ? « Ce n’est pas si fréquent, affirme le chercheur. Chez ceux qui ont un patrimoine de moins de 50 000 $, on parle de 10 % et, chez ceux qui ont un patrimoine d’au moins 1 M$, on atteint 27 %. »
Mais en général, ceux qui ont un plus grand patrimoine donnent plus. « Presque la moitié des grands-parents qui avaient un patrimoine d’au moins 1M$ avaient donné 250 $ ou plus au cours de l’année précédente à leur enfant, précise-t-il. En contrepartie, c’était seulement 12 % chez les grands-parents qui avaient un patrimoine de moins de 50 000 $. »
Pour le chercheur, les résultats de ces études permettent de mieux comprendre les dynamiques de mobilité sociale au Canada. « Lorsque vient le temps de développer des politiques d’aide aux familles, il serait important d’intégrer les données des grands-parents pour avoir un portrait plus juste de la situation, affirme-t-il. Ce n’est pas fait en ce moment. »
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