L’université d’impact prend forme à Montréal
Une journée d’échanges a réuni personnes étudiantes et membres du corps professoral autour du sens donné aux études supérieures, de la valeur des diplômes universitaires, ou encore de la santé mentale étudiante.
En 2026, Montréal a été nommée deuxième meilleure ville étudiante d’Amérique du Nord après Boston par le prestigieux QS Best Student. Dans ce contexte d’excellence, mais aussi de profondes transformations marquées par de l’omniprésence de l’intelligence artificielle, la précarité étudiante croissante et la nécessité de réformer des modèles de recherche centenaires, l’Université de Montréal (UdeM) a organisé une journée de réflexion sur l’avenir de l’enseignement supérieur. Membres du corps professoral, personnes étudiantes, et personnels universitaires y ont esquissé les contours d’une « université d’impact » tournée vers le monde du travail et le bien-être des élèves.
Dès l’ouverture du colloque, une question centrale est posée : quelle est la valeur réelle d’un diplôme en 2026 ? « La bonne nouvelle, pour vous et pour nous, est qu’on a du pouvoir sur la valeur des diplômes de l’Université de Montréal. Je pense qu’il faut réaliser tout le pouvoir que nous avons pour garder la valeur des études universitaires et même la faire grandir, la faire croître », a assuré Pascale Lefrançois, vice-rectrice aux affaires étudiantes et aux études.
Face aux doutes sur l’utilité des diplômes dans un marché du travail mouvant, et une conjoncture économique parfois défavorable, l’UdeM refuse le fatalisme. L’institution revendique sa souveraineté pédagogique et sa mission fondamentale de création et transmission des savoirs.
Pour cela, la vice-rectrice est convaincue : « Il faut arrêter de réfléchir, il faut agir ! » Mme Lefrançois prône un retour à l’essentiel, « au cœur de l’université », quitte à se départir des « barrières disciplinaires », de ces règles parfois « trop nombreuses » qui inhibent le renouvellement des études universitaires. Le cap est clair et la mission collective.
« Ça prend un village pour bien former les étudiants »
Le premier levier identifié par les intervenants du colloque est celui de l’expérience même de l’apprentissage au sein de l’université. « Pour donner du sens et de la valeur aux études universitaires, la façon d’enseigner est tout aussi déterminante que ce qu’on enseigne », a résumé un représentant du Centre de pédagogie universitaire (CPU).
Mario Cappadocia, professeur retraité, est connu pour sa prestance et sa capacité à captiver son oratoire. Il obtient le prix d’excellence en enseignement de la FAS, en 2006, ou encore le Prix d’excellence pour la reconnaissance d’une carrière en enseignement en 2025.
« Je suis votre capitaine, explique celui qui officiait au sein du département de sciences biologiques. C’est à moi de vous emmener au bon port, et le bon port c’est que vous connaissiez la matière, mais également que vous soyez capable de naviguer dans un monde qui change terriblement vite. » M. Cappadocia mobilise la vulgarisation, l’humour et même des références culturelles comme l’opéra ou le cinéma, avec pour but de « donner le goût d’apprendre » à ses étudiantes et étudiants.
Une vision que partage Caroline Traube, professeure de la faculté de musique. Elle souligne la nécessité de briser la distance hiérarchique traditionnelle. « Une communication claire et transparente, honnête, mais aussi un peu vulnérable, est quelque chose qui va vraiment aider à avoir une relation saine et à anticiper les problèmes. Quand je parle de communication, ce n’est pas juste parler, c’est aussi écouter », confie-t-elle.
Concernant la formation à la recherche, Julie Carrier, vice-rectrice adjointe aux études supérieures, est lucide sur la stagnation des modèles doctoraux. Selon elle, la formation ne peut plus reposer exclusivement sur les épaules du directeur de recherche. « Le modèle doit évoluer parce que ça prend un village maintenant pour bien former les étudiants au supérieur », estime-t-elle.
Les défis de l’IA et de la précarité étudiante
L’arrivée massive de l’intelligence artificielle générative contraint également le microcosme universitaire à s’adapter. Par exemple, le rôle des bibliothécaires n’est plus seulement de trouver l’information, mais d’enseigner aux personnes étudiantes comment évaluer sa crédibilité. « Notre rôle n’est pas de juger, mais plutôt d’accompagner les personnes étudiantes vers quelque chose que l’intelligence artificielle ne peut pas développer à leur place, un jugement responsable et autonome face à l’information », explique Elaine Charette, conseillère à la réussite et soutien aux facultés des services à la vie étudiante.
Un panel composé de personnes étudiantes a partagé ses questionnements. Alexandre, doctorant en philosophie, résiste aux sirènes de l’IA : « À chaque fois que je n’ai pas envie de faire un travail, je me dis que je pourrais faire une partie grâce aux robots… Je pense à ça, puis je me souviens que je suis ici pour réfléchir et que ça n’aurait pas de sens ».
Mais il n’est pas toujours aisé de ne pas céder à la tentation lorsque certaines personnes étudiantes sont contraintes de travailler, parfois à temps plein, pour financer leur cursus. Baptiste, qui souhaite devenir diplomate, a interpellé l’assemblée sur les inégalités générées par la précarité alimentaire. « Je suis un privilégié dont les parents financent les études, mais il y a des étudiants qui n’ont même pas les moyens de manger convenablement. » Le jeune homme de 19 ans propose une solution : « Il serait vraiment important que l’université fournisse des repas à 1,60 $ comme c’est le cas en France. L’université ne peut pas contrôler les inégalités financières à l’extérieur, mais à l’intérieur de son propre domaine, c’est beaucoup plus facile. »
C’est Simon Grenier, psychologue industriel et professeur agrégé au département de psychologie, qui résume le mieux tous les défis que doit relever la cité universitaire pour favoriser la réussite de ses étudiantes et étudiants dans le monde de demain. Il invite ainsi l’institution à embrasser le concept de l’« université d’impact ».
« Devenir une université d’impact c’est revenir à la tradition historique des universités en tant que lieu du développement des savoirs, mais en ramenant l’idée du développement du savoir vivre au centre la vision universitaire, commence-t-il par décrire. Il faut accompagner les étudiants à savoir qui elles veulent devenir et quel impact elles veulent avoir ». Sortir des tours d’ivoire, s’ancrer davantage dans le réel et mener une réflexion continue sur la façon dont les études permettront aux talents en croissance de faire changer la société, voilà ce qui permet la réussite étudiante selon M. Grenier.
Comme le résume Pascale Lefrançois, il s’agit d’agir « maintenant, pas demain » pour que l’université reste ce lieu où, ensemble, on apprend non seulement à savoir, mais à devenir. Rendez-vous est donné à l’automne prochain pour une nouvelle journée de colloque.
Postes vedettes
- Sociologie - Professeure adjointe ou professeur adjointUniversité Laurentienne
- Biochimie, chimie, physique et science forensique - Professeure régulière ou professeur régulier (traces numériques)Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)
- Chaire de recherche Impact+ CanadaUniversité du Québec à Rimouski
- Direction, Service des ressources humainesUniversité Saint-Paul
- Médecine - Professeure adjointe ou professeur adjoint (sciences pharmaceutiques)Université d'Ottawa
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