Vérité et réconciliation : un éclairage international

Des membres du corps professoral témoignent dans leur propre langue à l’occasion de la série vidéo Leq'áleq’el de l’Université de la vallée du Fraser.

30 septembre 2026
L’Aînée Wendy, dont le nom traditionnel Stó:lō est Th’et-simiya, a partagé un récit traditionnel sur la responsabilité sacrée du peuple Stó:lō de respecter la terre et ses créatures, dans le cadre de la série de vidéos Leq’áleq’el. Crédit photo : Th’et-simiya

En halq’eméylem, le dialecte de halkomelem du peuple Stó:lō parlé en amont du Fraser, le terme leq’áleq’el signifie « cheminement ». Dans le contexte de la décolonisation, de l’autochtonisation et de la réconciliation, il réfère à un cheminement personnel axé sur la compréhension, le lien, l’écoute et l’action. On sait que pour chaque personne, ce cheminement et l’engagement envers la vérité et la réconciliation sont indissociables du vécu et des expériences de vie, qui laissent leur marque tant sur le plan personnel que professionnel. 

Il y a quelques années, donc, on a réfléchi aux façons d’inclure un éventail élargi de voix et de témoignages dans les échanges autour du sujet. Comment offrir un cadre qui accueille les expériences individuelles dans leur unicité? Comment y intégrer la perspective internationale et revisiter le contexte visuel et sonore proposé jusqu’à maintenant?  

C’est ce qui a mené à la création de la série vidéo Leq’áleq’el, une ressource accessible à toutes et tous qui permet de découvrir le parcours personnel du corps professoral d’une toute nouvelle façon : par la langue de l’intime de ses membres.  

Dans les vidéos, d’une durée de cinq à dix minutes, on peut entendre des témoignages dans l’une de sept langues : hindi, pendjabi, persan, grec, coréen, filipino ou anglais. Des sous-titres en anglais sont proposés pour chacune d’entre elles afin de permettre une vaste écoute des témoignages.  

De nouveaux liens avec la décolonisation, l’autochtonisation et la réconciliation  

Au cours du projet Leq’áleq’el, on a eu le privilège d’entendre les surprenants témoignages de membres du corps professoral sur leur parcours de décolonisation, d’autochtonisation et de réconciliation. Certaines personnes racontent avec regret le manque de représentation autochtone au début de leur parcours d’immigration, et invitent les personnes nouvellement arrivées à apprendre la vérité sur les pensionnats autochtones. D’autres témoignent des points en commun qu’elles ont retrouvés entre leurs expériences ou valeurs et celles de la culture autochtone. Par exemple, les personnes immigrantes de deuxième génération ou les personnes multilingues doivent elles aussi composer avec les enjeux de la préservation de la langue, de l’identité et du sentiment d’appartenance à travers les générations. Dans d’autres témoignages, on fait le parallèle entre la vision de l’hospitalité de certaines cultures et le concept autochtone d’interrelation. Des membres du corps professoral font aussi directement allusion à leur propre processus de décolonisation, en expliquant en quoi les apprentissages faits auprès et aux côtés de personnes autochtones leur ont permis un nouveau regard critique sur l’histoire de la colonisation dans leur pays d’origine.  

Dans chaque vidéo, les personnes qui témoignent racontent combien leurs relations ont transformé leur perspective et leur engagement en ce qui concerne la décolonisation, l’autochtonisation et la réconciliation, et elles suggèrent de premiers gestes à poser pour s’impliquer, comme se familiariser avec les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Comme le dit Satwinder Kaur Bains : « On ne peut pas simplement observer ce qui se passe. On doit s’impliquer, afin d’être là pour les personnes qui ont besoin d’aide. »  

Quand la langue du cœur va droit… au cœur 

L’unilinguisme anglophone dans le milieu de l’éducation a joué un rôle majeur dans l’effacement des cultures autochtones partout dans le monde. Il a aussi entraîné la création de systèmes qui excluent nombre d’autres locutrices et locuteurs multilingues. Pour l’équipe du projet, l’approche multilingue choisie a été puissante et touchante, et a donné l’occasion de continuer la décolonisation des conversations sur la vérité et la réconciliation.  

Écouter les personnes qui témoignent parler leur propre langue a eu des effets auxquels on ne s’attendait pas. Leur ton a changé. Leur posture aussi. En reparlant de l’expérience par la suite, certaines nous ont confié que c’était très spécial, et souvent émotif, de pouvoir utiliser leur propre langue en contexte universitaire. On a pu les voir s’éloigner des discours théoriques sur l’autochtonisation pour plutôt inviter chaleureusement les gens à accepter l’hospitalité des personnes autochtones, à reconnaître l’existence de ces peuples et à en apprendre plus sur les conséquences des pensionnats autochtones.  

On a aussi pu être témoin d’intrigantes réactions de la part de nos collègues après le visionnement. Certaines personnes se sont dites reconnaissantes de voir les expériences de personnes immigrantes, réfugiées et multilingues intégrées aux discussions sur l’autochtonisation. D’autres ont décrit la surprise ressentie en entendant leur langue en contexte universitaire. Beaucoup se sont par la suite demandé comment d’autres langues et perspectives pourraient être transposées en classe, par exemple à l’occasion de déclarations territoriales. 

Ces réactions soulignent l’importance d’offrir un cadre multilingue dans le milieu de l’éducation postsecondaire. Elles montrent aussi à quel point l’anglais domine dans notre université, comme c’est le cas dans nombre d’établissements postsecondaires au Canada.  

Les expériences vécues lors du projet renforcent notre conviction que la langue est bien ancrée dans le cœur et le corps de chaque être humain. Elle est un vecteur de culture et d’histoire. Les témoignages multilingues ne nuisent pas aux initiatives de réconciliation; au contraire, ils peuvent les enrichir en aidant davantage de personnes de nos communautés à donner leur propre sens à leur implication. Présenter des vidéos dans de nombreuses langues dans les établissements postsecondaires représente un acte radical d’inclusion et de décolonisation – une initiative que nous espérons voir se répandre dans les salles de classe et les établissements des personnes qui nous lisent.  

Découvrez la série vidéo 

Nous vous invitons à commencer par visionner la vidéo de la matriarche stó:lō Thet-simiya, aussi connue sous le nom de Sq’wóthelwét – Wendy Ritchie. Sq’wóthelwét raconte l’histoire de l’origine du monde, en rappelant combien l’humain dépend de l’eau, de l’air et des autres êtres vivants pour survivre. Sa vidéo met la table et permet de comprendre nos responsabilités et les liens qui nous unissent comme humains.  

Écoutez ensuite une ou deux vidéos des membres du corps professoral, puis demandez-vous :  

Qu’est-ce qui m’a surpris?  

Qu’ai-je ressenti en écoutant ces témoignages dans de nombreuses langues?  

En quoi les cheminements des autres ressemblent-ils ou diffèrent-ils du mien?  

Comment puis-je établir un cadre propice à ce genre d’expérience et de liens dans mon établissement? 

Partagez les vidéos avec d’autres personnes pour découvrir leur point de vue – il pourrait vous étonner et vous donner de nouvelles pistes d’initiatives pour la vérité et la réconciliation. 

Dernières réflexions sur une collaboration constructive 

Typiquement, les discussions universitaires sur la vérité et la réconciliation se centrent sur l’apprentissage de l’histoire autochtone, des politiques et des appels à l’action. Bien que ces connaissances soient essentielles, les témoignages multilingues permettent aux gens de s’impliquer dans les échanges sous l’angle des relations, de la langue, de la mémoire, de la migration et du vécu de la colonisation. Ils leur permettent de se situer dans les initiatives de réconciliation, plutôt que de reléguer celles-ci à un chantier qui concerne les autres. Abhi Rao, spécialiste de l’apprentissage à l’Université de la vallée du Fraser, l’exprime ainsi : « L’autochtonisation ne consiste pas seulement à apprendre l’histoire et les caractéristiques de la communauté autochtone, mais aussi à sincèrement estimer sa culture et à entretenir des liens et des amitiés authentiques. » 

Les Stó:lō ont une expression en halq’eméylem qui nous encourage à collaborer de manière positive : léts’e mó:t, léts’e th’á:lé, ou « un seul esprit, un seul coeur », souvent utilisée dans sa forme abrégée, léts’e mó:t. Elle renvoie à l’idée d’une vision commune et d’un même objectif, sans que tout le monde ait à penser la même chose ou à avoir les mêmes convictions – c’est plutôt que, à un instant précis, peu importe notre passé ou notre identité, on peut collaborer avec respect, en portant l’autre et le monde qui nous entoure de façon positive dans notre cœur et notre esprit.  

Nous souhaitons reconnaître l’inspiration que les personnes ayant témoigné nous ont insufflée au fil des ans, par leurs bonnes initiatives et leur engagement envers la décolonisation, l’autochtonisation et la réconciliation. Nous les remercions de nous avoir permis de partager leur histoire dans la série vidéo Leq’áleq’el.  

Chítole tset – merci à toutes et à tous.

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