L’évaluation par les pairs : y participer, la subir ou en tirer profit

Souvent source de stress, l’évaluation par les pairs peut aussi devenir une occasion d’apprentissage et d’amélioration. Encore faut-il savoir en tirer profit, tant comme évaluateur que comme personne évaluée.

Photo par : SDI Productions

Nous voilà de retour pour une deuxième saison, où nous continuerons à explorer différentes facettes de la carrière professorale pour favoriser la réflexion et peut-être vous aider à trouver des réponses à vos questions. L’an dernier, nous avons souvent traité de la collégialité – un des piliers de la vie universitaire – en concluant à la nécessité d’expliciter les attentes, d’ouvrir la discussion entre collègues pour rendre explicites les multiples facettes du métier qui sont implicites. Nous commençons la nouvelle année de chroniques en faisant honneur à un autre pilier : l’évaluation par les pairs. 

L’évaluation par les pairs constitue un objet protéiforme. Quand on fait partie des personnes qui évaluent, la situation est plus confortable. Certes, on peut se demander ce qu’on aura à dire, si on trouvera un angle pertinent pour commenter le manuscrit, la demande de subvention ou le dossier d’un ou d’une collègue. Et généralement, on trouve quelque chose d’intelligent à dire! Que serait un prof. d’université si ce n’était pas le cas!  

Dans la tâche professorale, les autres activités universitaires (ou services à la collectivité) regorgent d’occasions de participer à l’évaluation par les pairs. Vous êtes sûrement sollicités par des revues scientifiques qui peinent à recruter des volontaires ou par des organismes subventionnaires qui voient en vous une sommité pour évaluer des demandes de subvention. Ça peut être vrai, bien sûr, mais les courriels de sollicitation sont parfois racoleurs. En fait, il s’agit d’une tâche fort importante, mais tellement chronophage, car il y a de plus en plus de demandes déposées dans les organismes, que les volontaires se font parfois rares. Surtout si vous avez reçu du financement ou que vous avez publié dans une revue, on peut vous demander de contribuer à votre tour. On peut y voir un juste retour de l’ascenseur. 

Or, quand notre dossier, notre manuscrit, notre demande de subvention se retrouve dans les mains des collègues, la perspective change. Parfois redoutée, certains voient l’évaluation par les pairs comme un moment anxiogène, voire comme un mal nécessaire. En effet, plusieurs semblent perdre de vue que ce mode de fonctionnement vise l’amélioration de l’objet de l’évaluation. L’expression anglophone « Pick their brain » semble pourtant bien s’appliquer! En soumettant ses productions au regard des pairs, on devrait pouvoir en tirer de nouvelles idées, ouvrir de nouvelles avenues ou enrichir notre travail des idées des autres. Mais, il ne faut pas non plus être dupes. Comme le monde de la recherche est très compétitif, se faire montrer des erreurs d’argumentation ou des omissions dans ses productions par un ou une collègue dans notre domaine atteint nécessairement l’égo. Rares sont les collègues qui sifflent de bonheur en recevant un manuscrit accepté avec modifications majeures! Il faut dire que l’importance des enjeux entourant la publication scientifique et l’obtention de subventions de recherche teintent le regard qu’on porte sur l’évaluation par les pairs. Publier son article ou non, obtenir la subvention ou non peut changer bien des choses dans une carrière. Surtout avant l’obtention de la permanence ou de la promotion.  

Comme notre chronique se situe dans la rubrique « conseil carrière », nous osons humblement un conseil. Pourquoi ne pas changer le regard sur l’évaluation par les pairs pour y trouver des façons d’en tirer profit? Quand vous recevez des modifications à effectuer dans un article, tentez de voir la situation positivement. L’article sera publié, mais vous devez l’améliorer et des collègues vous donnent des pistes pour le faire. Quand votre article est refusé, décortiquez-le pour tenter de comprendre. Cadrait-il suffisamment avec le créneau de la revue? Comment pourrais-je me servir de ces commentaires pour le retravailler et le soumettre ailleurs? Les refus de demandes de subventions sont peut-être plus difficiles à accepter. Parfois, la ligne est très mince entre le financement et le refus. Mais si un comité de pairs n’a pas compris ce que vous présentiez, sont-ils forcément des imbéciles? Évidemment que non. Il devait y avoir des aspects qui manquaient de clarté ou de pertinence. Quoi qu’il nous soit déjà arrivé de penser que le contenu d’une évaluation en disait davantage sur l’évaluateur que le produit… 

Cette nouvelle perspective d’amélioration continue pourrait également guider vos décisions d’accepter de participer à l’évaluation par les pairs. En effet, chaque fois que vous participez à un comité ou que vous évaluez quelque chose, tâchez d’y tirer un profit. Par exemple, comment les dossiers que j’ai trouvés faciles à évaluer étaient-ils structurés? Vous pouvez ainsi en dégager des idées pour vous aider à structurer le vôtre de la même manière. Pour les articles à évaluer, quels sont les pièges dans lesquels les auteurs d’un article sont tombés? Retournez le miroir vers vos publications. Est-ce que vous commettez les mêmes erreurs? Ces réflexions peuvent sembler triviales, mais notre expérience nous apprend que l’évaluation par les pairs génère pourtant plus de stress qu’elle procure de plaisir, tentons d’inverser cette tendance! 

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