Faire la sieste à l’université : pourquoi pas?

Des locaux transformés en espaces de détente sur des campus québécois font le bonheur de la communauté universitaire.

05 novembre 2026
Photo par : Karine Bilodeau

De plus en plus d’universités se préoccupent de la santé mentale de leur communauté et multiplient les initiatives pour l’améliorer. La station ILUMIN de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) fait partie de ces projets innovants en faveur du bien-être. «Au sortir de la pandémie, nos données montraient qu’au moins 40% des personnes employées de l’UQAC vivaient des manifestations d’anxiété ou de dépression et cette proportion était un peu plus élevée chez les personnes étudiantes», mentionne Christiane Bergeron-Leclerc, professeure en travail social à l’UQAC et chercheuse au laboratoire vivant sur la santé mentale en milieu universitaire. Ces statistiques, semblables celles de l’enquête québécoise sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur de 2024, ont stimulé la création d’un espace dédié à la détente sur ce campus.  

Une station, 3 ambiances 

La station ILUMIN, en fonction depuis février 2025, s’adresse à toute la communauté universitaire de l’UQAC. Il s’agit d’une classe reconvertie en trois espaces qui proposent autant d’ambiances relaxantes. «Il y a le refuge intérieur, un lieu sombre avec une chaise de massage, pensé pour les gens qui ont besoin de se couper de la lumière pour se détendre, explique celle qui est aussi co-responsable de la station. Les personnes peuvent y contrôler l’intensité de la lumière, faire apparaître un ciel étoilé et choisir une variété de massages sur la chaise.» L’oasis verdoyante propose un décor rempli de plantes avec de grandes fenêtres qui font entrer la nature dans le local. Les gens s’y reposent sur une chaise suspendue, un bean bag ou un tapis de yoga. Enfin, la pause prestige offre une expérience de détente VIP aux visiteurs avec une chaise de massage de luxe aux multiples fonctions. 

Ces trois espaces sont conçus pour une utilisation individuelle. «L’idée est de prendre du temps pour soi, indique la professeure. Il faut réserver sa place pour une séance de 15 à 30 minutes.» Plusieurs personnes viennent y faire une sieste. Une tablette placée dans chaque espace permet aussi d’y faire une méditation guidée, d’écouter de la musique douce ou de regarder des vidéos reposants.  

Des haltes de repos à ULaval 

À l’Université Laval, le programme de promotion des saines habitudes de vie, connu sous le nom Mon équilibre ULaval, propose quatre bulles – halte mieux-être dédiées à la relaxation. La première a été mise en place en 2023 au Pavillon de l’éducation physique et des sports avant de faire des petits aux résidences, à la Faculté de médecine et à la bibliothèque de l’université. Ces haltes de repos sont équipées de chaises pour faire la sieste, de bean bags, d’appareils de massage et de luminothérapie, de musique de détente, de mandalas et de casse-têtes. «Chaque bulle accueille entre 4 et 20 personnes selon sa grandeur», explique Julie Turgeon, agente de recherche et de planification responsable du programme Mon équilibre ULaval.  

Les bulles sont accessibles à tous, mais utilisées à 90% par les personnes étudiantes. C’est cette communauté qui réclamait depuis quelques années des lieux pour pouvoir se reposer en toute sécurité des stimulations du campus, par exemple entre deux cours. «Quand il y a de la place, les gens entrent dans ces espaces sans réserver. Ils peuvent y rester le temps qu’ils veulent, précise Julie Turgeon. Et c’est presque toujours plein.»  

Des bienfaits documentés 

Une enquête de ULaval sur la santé et le bien-être de la communauté étudiante réalisée auprès de 4 375 personnes en janvier dernier révèle que 93% des 809 répondants qui utilisent les services Mon Équilibre sont satisfaits ou très satisfaits des bulles halte mieux être. Julie Turgeon reçoit aussi beaucoup de témoignages positifs. «Des étudiants et étudiantes me disent que les bulles les aident à retrouver de l’énergie pour poursuivre leur journée», dit-elle. 

À l’UQAC, l’impact de la station ILUMIN s’inscrit dans un protocole de recherche. Les données sont recueillies à partir d’un questionnaire que les personnes utilisatrices doivent remplir après chaque séance de repos. Des entrevues permettent aussi de prendre le pouls de leur expérience. Les premiers résultats sur les bienfaits ressentis n’ont pas encore été publiés, mais ils sont encourageants. «Les gens viennent à la station parce qu’ils veulent se détendre et se relaxer et ce sont les principaux effets rapportés, indique Christiane Bergeron-Leclerc. Plusieurs ressentent une diminution du stress et les personnes qui utilisent les chaises de massage ou qui profitent d’un espace pour faire du yoga signalent une détente musculaire.»  

Elle note que des personnes étudiantes ont aussi utilisé la station ILUMIN avant un examen pour se créer un espace mental. La chercheuse aimerait d’ailleurs que la station amène une culture de la pause dans un milieu performant comme l’université. «Entre prendre soin de soi ou étudier pour un examen, plusieurs personnes choisissent d’étudier pour réduire leur surcharge, observe-t-elle. Pourtant prendre un moment dans sa journée pour recharger ses batteries diminue le stress et peut améliorer la concentration aux études et au travail.»  

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