L’IA inquiète les personnes étudiantes en informatique
L’intelligence artificielle bouleverse leurs perspectives d’emploi, mais la majorité conserve une perception positive de cette technologie.
Lorsque Matthew MacRae-Bovell a entrepris son baccalauréat en informatique à l’Université Carleton, en 2018, les modèles d’intelligence artificielle (IA) générative, comme ChatGPT ou Google Gemini, n’avaient pas encore fait leur apparition sur Internet.
À l’époque, raconte-t-il, les diplômés en informatique trouvaient facilement du travail. Les postes de premier échelon étaient nombreux et les personnes étudiantes pouvaient se concentrer sur l’obtention rapide de leur diplôme tout en ayant l’assurance de décrocher un emploi à temps plein.
« Beaucoup de gens se sont inscrits au programme en pensant qu’il n’était pas nécessaire de fournir énormément d’efforts pour réussir dans le domaine, explique M. MacRae-Bovell. Sur Internet, on voyait des gens publier des vidéos TikTok dans lesquelles ils affirmaient avoir trouvé un emploi sans avoir eu à réaliser de projets personnels ni à faire grand-chose d’autre. »
Aujourd’hui, la réalité des personnes étudiantes en informatique est bien différente. Depuis le lancement de ChatGPT par OpenAI en 2022, les capacités de l’IA ont progressé à une vitesse fulgurante. Cette époque où tout semblait facile est désormais « complètement révolue », estime M. MacRae-Bovell, aujourd’hui étudiant à la maîtrise à l’Université Carleton et ingénieur logiciel à temps plein.
Même si l’IA présente encore de nombreuses limites, elle est désormais capable d’accomplir la plupart des tâches autrefois confiées aux employés débutants, souligne-t-il. Résultat : de nombreuses entreprises réduisent leurs embauches à ce niveau.
« J’ai l’impression qu’on en arrive à un point où, selon les expériences rapportées, trouver un emploi devient presque l’exception plutôt que la norme. »
Une personne étudiante sur trois s’inquiète de son avenir professionnel
Selon un récent sondage réalisé par Universum, une société suédoise de recherche et de conseil, seulement 65 % des personnes étudiantes canadiennes en technologies de l’information (TI) interrogées se disent confiantes quant à leurs perspectives de carrière après l’obtention de leur diplôme. À titre de comparaison, cette proportion atteint 84 % chez les personnes étudiantes en génie et 79 % chez celles en administration des affaires.
Le sondage a été mené auprès de 99 296 étudiantes et étudiants en administration des affaires, en génie et en TI, une catégorie qui englobe l’informatique et les disciplines connexes, répartis dans neuf pays. Parmi les répondants, 3 276 étudiaient au Canada, dont 399 en TI.
Bien que la question sur la confiance envers l’avenir professionnel ne fasse pas explicitement référence à l’IA, les licenciements liés à cette technologie dans les grandes entreprises du secteur sont désormais bien connus. Dernier exemple en date : Microsoft a proposé des indemnités de départ volontaire à 60 000 employés, soit plus du quart de son effectif mondial.
Parmi les étudiantes et étudiants canadiens en TI ayant répondu au sondage, 81 % affirment développer activement des compétences liées à l’IA en vue de leur carrière. Seulement 3 % déclarent ne jamais utiliser cette technologie.
Toutefois, lorsqu’on leur demande ce qu’ils pensent de la possibilité de travailler pour un employeur qui intègre l’IA à ses pratiques et à ses processus quotidiens, seulement 62 % se disent « positifs » ou « optimistes », contre 73 % en 2025. Près de 10 % affichent une attitude négative ou sceptique, tandis qu’environ 30 % se disent curieux ou neutres.
Comment les personnes étudiantes en informatique perçoivent l’IA
Attitudes à l’égard de l’intelligence artificielle chez les personnes étudiantes canadiennes en informatique, en 2025 et en 2026.
Pour M. MacRae-Bovell, l’IA occupe désormais une place centrale dans son travail. Il supervise une « petite flotte » d’agents d’IA qui accomplissent une bonne partie des tâches qui lui sont confiées, notamment la rédaction de code informatique de base.
« Il y a un an, l’un de ces agents aurait peut-être représenté un poste à part entière », fait-il remarquer.
Selon lui, écrire du code manuellement n’est plus « économiquement viable » lorsque l’IA peut accomplir le même travail en quelques secondes. Dans son milieu professionnel, l’utilisation de cette technologie fait désormais partie des attentes envers les employés.
« Dans l’industrie, nous en sommes presque au point où il devient socialement acceptable de ne même plus examiner son propre code. »
Pendant ce temps, dans les universités, où de nombreux étudiants continuent de programmer manuellement, un fossé se creuse entre la formation et les réalités du marché du travail.
Des universités qui peinent à suivre l’évolution du marché du travail
Alex Timpano, récemment diplômé en informatique de l’Université Wilfrid Laurier, raconte que ses professeurs ne lui ont jamais permis d'utiliser l’IA pour générer l’intégralité de ses travaux. Certains l’encourageaient toutefois à s’en servir comme outil d’apprentissage.
« Il aurait été utile que quelques professeurs intègrent au moins des notions de base sur l’utilisation de l’IA dans leurs cours, estime-t-il. Je ne préconise pas nécessairement des cours entiers de six mois consacrés à l’IA, ni que tous les cours soient centrés sur cette technologie. Il reste beaucoup de connaissances fondamentales qu’il est important de maîtriser. »
Depuis l’obtention de son diplôme au printemps dernier, M. Timpano peine à trouver un emploi.
Durant ses études, il avait choisi de ne pas participer au programme d’enseignement coopératif, suivant les conseils de plusieurs personnes qui l’encourageaient à privilégier ses résultats scolaires. Une décision qu’il considère aujourd’hui comme une « erreur », d’autant plus qu’il n’a pas réussi à décrocher de stage au cours des dernières années de son parcours universitaire.
Après plusieurs mois de recherche d’emploi dans son domaine, il a finalement obtenu une entrevue pour un poste à temps partiel... dans le commerce de détail.
Bien qu’il se réjouisse de cette possibilité d’obtenir un emploi stable, il compte poursuivre ses démarches pour intégrer le secteur des technologies.
« Je reste convaincu qu’avec des efforts, des occasions à saisir et beaucoup d’apprentissage, je finirai un jour par trouver l’emploi que je recherche dans le secteur technologique, affirme M. Timpano. Mais je ne sais pas si cet emploi ressemblera un jour à celui dont j’ai rêvé. »
Postes vedettes
- Informatique - Professeure adjointe / agrégée ou professeur adjoint / agrégé (cybersécurité ou intelligence artificielle)Université Laurentienne
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