Personnes étudiantes et personnes retraitées sous le même toit 

L’un des scénarios offerts aux universitaires recherchant un loyer abordable proche du campus est la cohabitation intergénérationnelle avec des aînés. Cette alternative peu répandue brise l’isolement, les idées préconçues et l’insécurité résidentielle. Aperçu de deux générations réunies sous le même toit.

13 octobre 2026
Photo par : Alexander Kondriianenko

Pour la deuxième année consécutive, Geraldina, une étudiante internationale à la maîtrise en sciences sociales du développement à l’Université du Québec en Outaouais, occupe un appartement aménagé dans le sous-sol de Claude et Lorraine, un couple de retraités de Gatineau. Avant de quitter la capitale française pour le Québec, l’étudiante peinait à trouver un logement dans son budget  .« Le plus gros stress des universitaires, c’est le loyer ! », résume  la femme de 26 ans.  

De son côté, deux ans à peine après avoir quitté la vie active, Claude apprend que sa conjointe, Lorraine, est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Quand sa fille quitte le nid familial, l’homme, aujourd’hui âgé de 67 ans, réalise qu’il a besoin d’une présence à domicile pour lui apporter un peu de répit. Il convertit le sous-sol de sa maison en appartement autonome pour la location, mais peine à trouver quelqu’un pour le louer. 

Une aide considérable 

Sans encore se connaître, Geraldina et Claude épluchent les options et trouvent une solution à leur problème commun : un logement à prix réduit en échange de dix heures de bénévolat par semaine. Ils se tournent vers les Habitations partagées de l’Outaouais. L’organisme encadre le jumelage ​​intergénérationnel qui réunit une famille en perte d’autonomie avec une personne étudiante. Leur accompagnement clé en main a soulagé Claude dans ses démarches. Après deux entretiens virtuels, Geraldina, Claude et Lorraine se rencontrent en août 2025. 

Pour Geraldina, cette cohabitation apporte « plus de bénéfices que d’inconvénients », car ses tâches comme jouer au ballon, faire des balades et tenir compagnie à Lorraine , lui plaisent. Ces activités se déroulent pour la plupart à domicile, ce qui demande à l’étudiante « moins d’efforts physique et mental » qu’un emploi qui impliquerait des déplacements. Quant à Claude, « c’est un avantage extraordinaire qui n’a pas de prix », dit-il, pour « accompagner dignement » sa conjointe dans la maladie.

« Le plus gros stress des universitaires, c’est le loyer ! »

Bien qu’aucune donnée officielle ne permette de brosser un portrait de la colocation intergénérationnelle au Québec, les Habitations partagées de l’Outaouais réalisent chaque année une douzaine de jumelages. 

Rapprocher les générations 

« La colocation intergénérationnelle se trouve à la croisée d’une population vieillissante en quête d’autonomie qui possède des chambres inoccupées et d’une hausse du prix des loyers qui précarise les universitaires », observe Nick Revington, professeur en études urbaines au Centre Urbanisation Culture Société de l’Institut national de la recherche scientifique. Selon lui, cette cohabitation a le potentiel de réduire le sentiment de solitude, qui touche 17,8 % des 15-29 ans et 16,6 % des personnes âgées de plus de 75 ans au Québec. Toutefois, cet arrangement domestique ne convient pas à tous. De nombreuses étudiantes et de nombreux étudiants préfèrent vivre entre jeunes et avec moins d’obligations. 

« Par ailleurs, une tendance urbanistique se dessine pour remédier à la studentification, à savoir la gentrification de quartiers universitaires provoquée par la forte concentration d’étudiantes et étudiants, en intégrant des retraitées et retraités sur les campus », explique le spécialiste en jeunesse et logement. Il cite en exemple la tour résidentielle pour aînées et aînés de 50 étages installée sur le campus de l’Université d’État de l’Arizona, qui leur donne accès à un éventail d’aménagements conçus pour les universitaires comme des matchs et équipements sportifs, des cours ou du soutien technologique. 

Un studio en résidence pour aînés  

C’est une troisième rentrée universitaire pour les 300 retraitées et retraités de la résidence privée pour aînés (RPA) du Cornélius, située à proximité du campus de l’Université de Montréal. Quatre studios vacants, moins prisés par une clientèle habituée à plus de confort et d’espace, font depuis trois ans, le bonheur de quatre personnes étudiantes du premier cycle et des cycles supérieurs. Pour un loyer de 1 250 $, celles-ci bénéficient d’un accès aux infrastructures luxueuses de l’établissement. En échange, elles offrent dix heures de services par semaine aux résidentes et résidents, dont plusieurs sont d’anciens cadres ou membres du corps professoral avides de stimulations physiques et intellectuelles. 

Le programme de cohabitation intergénérationnelle du Cornélius est géré en partenariat avec la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal. Chaque année, le comité de sélection reçoit une quinzaine de candidatures. En 2026, le modèle a également été implanté dans les résidences Liz et L’Image d’Outremont ainsi que dans deux RPA sœurs du Cornélius appartenant elles aussi au Groupe Maurice. 

« Les jeunes locataires ne remplacent pas le personnel travaillant à la RPA», précise Marie-Laurence Nault, cheffe du milieu de vie de La Résidence Cornelius. « Ils enrichissent le programme déjà très fouillé en animant des cours de sports et de musique, des parties de jeux de société, et ils apportent même du soutien technologique , le tout, à domicile ! ». 

Mme Nault souligne que de cette colocation mixte se sont tissés « de beaux liens » qui ont contribué à déconstruire certains stéréotypes, comme celui de la personne étudiante fêtarde ou de la personne retraitée peu active.  Elle ajoute que plusieurs résidentes et résidents attendent avec impatience la rentrée universitaire pour reprendre le rythme des activités interrompues pendant la période estivale. L’entraide est devenue contagieuse : la timidité marquée d’une personne étudiante s’est estompée grâce au coaching informel d’une personne retraitée. 

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