La liberté académique recule dans le monde, le Canada appelé à renforcer sa défense
Un rapport de Scholars at Risk fait état d’un recul marqué de la liberté universitaire et de l’autonomie des établissements à l’échelle mondiale, les États-Unis figurant parmi les pays les plus durement touchés.
La liberté académique est de plus en plus menacée à travers le monde, alors que des gouvernements ont recours à la répression violente et s’ingèrent dans l’autonomie des établissements, prévient un nouveau rapport de Scholars at Risk (SAR).
Le rapport Free to Think 2026 recense 382 attaques contre des communautés de l’enseignement supérieur dans 59 pays et territoires entre le 1er juillet 2025 et le 30 juin 2026. Il fait notamment état de campagnes gouvernementales visant à réprimer la dissidence et à pousser les universités et leurs communautés à se conformer aux orientations politiques des autorités.
Le recours à la force militaire pour réprimer des manifestations étudiantes, notamment en Inde, au Bangladesh et en Iran, a causé de « graves préjudices aux universitaires, aux personnes étudiantes et au personnel », tandis que les autorités étatiques ont procédé à des assassinats ciblés de dirigeants universitaires au Guatemala et au Pakistan. Des universitaires ont été emprisonnés injustement en Russie et en Chine, tandis que d’autres pays, comme l’Afghanistan, ont interdit des livres et placé des établissements entiers sur des listes noires, les empêchant d’exercer leurs activités sur leur territoire.
Robert Quinn, directeur général de SAR, estime que les conclusions du rapport montrent que « les attaques contre l’enseignement supérieur demeurent un phénomène mondial et continuent de s’étendre, comme c’est le cas depuis plusieurs années, y compris dans des endroits auparavant considérés comme sûrs au sein de plusieurs démocraties ».
Le rapport s’appuie notamment sur les données de l’Academic Freedom Index (AFI), selon lesquelles la liberté universitaire a considérablement reculé dans 50 des 170 pays analysés au cours de la dernière décennie, alors qu’elle ne s’est améliorée que dans neuf pays.
L’autonomie institutionnelle s’est également fortement détériorée. Vingt et un pays où elle bénéficiait d’une solide protection en 2015, particulièrement en Europe et en Amérique du Nord, ont depuis connu des reculs importants. Selon l’AFI, cette évolution pourrait témoigner d’une « tendance plus générale au recul de l’autonomie universitaire dans les démocraties libérales ».
Parmi les 382 attaques recensées par SAR, 40 ont eu lieu aux États-Unis, où les pressions exercées sur l’enseignement supérieur se sont intensifiées sous la deuxième administration du président Donald Trump.
Selon l’AFI, l’autonomie institutionnelle a fortement reculé aux États-Unis, et ce déclin est devenu « plus rapide et plus prononcé » au cours de la dernière année. L’AFI compare cette trajectoire à celle d’États en voie d’autocratisation comme la Hongrie, l’Inde et la Turquie. « Le recul marqué observé aux États-Unis, concentré sur une période relativement courte de six ans, montre à quelle vitesse les pressions politiques et administratives peuvent éroder l’autonomie institutionnelle », souligne l’AFI.
États-Unis
Tous les indicateurs de la liberté académique ont connu un recul important aux États-Unis.
SAR relève plusieurs mesures prises par les gouvernements fédéral et étatiques américains qui auraient contribué à ce recul.
En octobre 2025, l’administration a annoncé son pacte « Compact for Excellence in Higher Education », qui cherchait à obtenir des universités qu’elles adhèrent au programme politique de l’administration en échange d’un accès prioritaire au financement fédéral de la recherche.
En mai 2026, l’administration a proposé, par l’intermédiaire du Office of Management and Budget, des règles qui permettraient à de hauts responsables politiques de passer outre aux décisions de comités d’examen par les pairs lors de l’attribution de nouvelles subventions de recherche ou de la révocation de subventions existantes. Les personnes étudiantes et les universitaires étrangers ou sans statut légal aux États-Unis ont également fait l’objet d’interdictions de voyage, d’annulations de visas et, dans certains cas, de détentions par les autorités de l’immigration.
M. Quinn souligne que ces directives, bien qu’elles soient nouvelles aux États-Unis, sont déjà utilisées par des États ailleurs dans le monde. « Ce qui est regrettable, c’est que les États-Unis les présentent comme s’il s’agissait de choix politiques parfaitement normaux », affirme-t-il.
Puisque les États-Unis ne peuvent plus être considérés comme un défenseur fiable de la liberté universitaire, les dirigeants canadiens et européens ont le devoir de « prendre le relais », estime M. Quinn.
« La liberté universitaire est beaucoup trop importante pour que sa protection repose sur de vagues déclarations de principes, affirme-t-il. Nous devons accélérer la mise en place de protections juridiques et de formations sur la liberté universitaire, et accroître considérablement le dialogue avec le public afin qu’il comprenne pourquoi cet enjeu le concerne. »
Le Canada n’est pas à l’abri
Le rapport fait notamment état d’un incident survenu à l’Université de Guelph. Le 25 novembre 2025, l’établissement a annulé la People’s Conference for Palestinian Solidarity, quatre jours avant sa tenue, invoquant de « nouveaux renseignements » ayant soulevé des préoccupations en matière de sécurité.
« À la lumière de cette nouvelle évaluation, l’Université a pris la décision de ne pas aller de l’avant [...] dans l’intérêt de la sûreté et de la sécurité publiques. »
Les organisateurs ont toutefois reproché à l’Université de ne pas avoir fait preuve d’une transparence suffisante et ont exigé des excuses de l’établissement. Selon M. Quinn, l’annulation d’un événement peut parfois être justifiée, mais l’absence de communication transparente peut donner l’impression que l’établissement « tente de réduire au silence un certain type d’expression ».
M. Quinn estime que le rôle du Canada devient de plus en plus important à mesure que les défenseurs traditionnels de la liberté universitaire battent en retraite.
Le Canada est depuis longtemps considéré comme une terre d’accueil pour les personnes étudiantes et les universitaires étrangers qui fuient la répression, rappelle-t-il. Mais les obstacles croissants à l’immigration et l’évolution de l’approche canadienne à l’égard des étudiants internationaux risquent de ternir cette réputation.
« Pour des raisons semblables à celles observées [aux États-Unis], il est devenu beaucoup plus difficile d’accueillir des gens au Canada, affirme M. Quinn. C’est ultimement un choix qui revient à la population canadienne. J’espère que les gens portent également attention à cet enjeu. »
Pour SAR, l’enjeu ne se limite toutefois pas à l’accueil des universitaires à risque. Il s’agit également de déterminer si les gouvernements et les universités sont prêts à protéger l’indépendance et l’ouverture qui permettent à l’enseignement supérieur de remplir sa mission auprès du public.
Alors que la liberté universitaire subit des pressions dans un nombre croissant de pays, M. Quinn estime que les démocraties libérales ne peuvent plus tenir pour acquis que ces protections perdureront sans mesures délibérées pour les préserver.
Postes vedettes
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