Bob Rae exhorte les universités à continuer de mener l’action climatique
Dans un monde instable, les universités sont les bastions de l’intégrité scientifique et des progrès technologiques, selon l’ancien ambassadeur auprès des Nations Unies.
Marqué par la croissance débridée de l’intelligence artificielle, les guerres et les conflits civils dévastateurs, la fragmentation des partenariats internationaux, l’essor de la désinformation et la grave crise de l’abordabilité, un climat d’instabilité bouleverse le monde entier. L’attention collective s’est donc naturellement tournée vers la survie immédiate, et les autres priorités ont été reléguées au second plan. Pourtant, malgré toutes ces perturbations, une vérité demeure : la crise climatique, aggravée par la dégradation environnementale, s’accélère.
Dans une récente conversation avec Le campus vert, Bob Rae, ancien ambassadeur du Canada auprès des Nations Unies, a fait part de ses réflexions sur la situation climatique actuelle, dans un contexte d’instabilité mondiale.
Selon lui, l’action climatique est mise de côté non seulement en raison des tensions géopolitiques et économiques, mais aussi du déni des changements climatiques, que propagent certains médias et certaines personnalités politiques à l’échelle internationale.
« Je dirais que nous traversons une période mouvementée; nous rencontrons beaucoup de vents contraires et d’opposition », observe M. Rae. Il ajoute que certaines personnes sont maintenant portées à se méfier de la science, influencées par de nombreuses campagnes de désinformation et de propagande.
Le Canada n’est pas à l’abri de toute cette agitation. Si le premier ministre Mark Carney connaît bien l’ampleur de la crise climatique, son gouvernement doit tenir compte d’un éventail de pressions internationales et intérieures, auxquelles s’ajoute un voisin qui fait fi des normes et des frontières établies. « Je crois que le premier ministre est confronté à des défis énormes. On voit bien que la situation n’est pas facile », remarque M. Rae.
Heureusement, aux Nations Unies, « le dévouement envers la science demeure. Tout le monde souhaite encore faire progresser les choses. » M. Rae reste donc optimiste, relevant que les répercussions climatiques que l’on observe partout dans le monde confirment les preuves scientifiques.
Les universités comme ancrage de la transition écologique
Alors que les vents contraires forcissant à l’échelle mondiale, M. Rae soutient que les universités servent d’ancrage en fournissant l’information crédible nécessaire pour garder le cap sur la transition vers le développement durable. Il est particulièrement important que les établissements s’imposent comme des chefs de file, et répondent aux atteintes à l’autorité scientifique en faisant inexorablement avancer la science et la recherche de la vérité empirique.
Selon M. Rae, le double mandat des universités, qui englobe tant la recherche fondamentale que la recherche appliquée, jouera un rôle essentiel pour assurer au Canada et au reste du monde un avenir durable. Les universités doivent continuer de mettre au point des solutions scientifiques et des technologies qui réduisent considérablement les émissions, comme les sources d’énergie de remplacement. Elles ont notamment pour rôle de proposer un contrepoids rigoureux au scepticisme de l’industrie, en démontrant, par des preuves crédibles, que la décarbonation est non seulement possible, mais nécessaire.
Au bout du compte, la compétitivité du pays dépend de l’établissement de partenariats entre les établissements et l’industrie. Les autres pays transforment rapidement les découvertes scientifiques en applications commerciales, et le Canada ne peut pas se permettre de rester les bras croisés. M. Rae insiste : il faut participer activement à toutes les étapes du cycle d’innovation pour assurer la pertinence du Canada sur la scène mondiale et sa résilience économique dans la nouvelle économie verte.
Or, M. Rae convient d’emblée qu’il est difficile pour les universités d’exercer un tel leadership alors qu’elles font face à des pressions financières intenses. Pour combler ces lacunes en matière de financement, l’industrie devrait fournir sa part d’efforts. Les entreprises qui sont les fers de lance de l’économie verte ont intérêt à s’associer avec le milieu de la recherche universitaire, et les gouvernements devraient, au moyen d’incitatifs fiscaux, s’assurer que ces collaborations restent concurrentielles.
Croyant fermement au potentiel transformateur du secteur, M. Rae espère trouver des moyens de promouvoir l’enseignement supérieur en tant qu’ancien diplomate.
Un message d’espoir et de résilience
En évoquant la prochaine génération, M. Rae mentionne que le chemin menant à l’écologisme est long et sinueux. Relevant que le « progrès n’est jamais linéaire », il précise que, bien que les jeunes s’impatientent de plus en plus de la lenteur du changement systémique, l’histoire révèle que l’écologisme suit toujours un parcours tortueux plutôt qu’une trajectoire ascendante bien droite. Les progrès sont souvent freinés par des « moments de recul », car la volatilité économique et la complexité logistique associées à la transition verte entraînent une opposition à la véritable réforme.
Cette impatience est justifiée : les jeunes personnes sont les principaux protagonistes de la « tragédie des horizons », qui subiront les conséquences de l’inaction actuelle, puisque la société continue d’éviter d’apporter des changements concrets.
Pour remédier à cette situation, M. Rae recommande une augmentation considérable de la participation des jeunes à la gouvernance, de sorte que ces personnes, qui seront les plus longuement touchées par l’état des choses, aient enfin voix au chapitre. Il ne s’agit pas seulement d’une vision idéaliste; cette proposition s’arrime sur le Pacte pour l’avenir, un important cadre des Nations Unies adopté en septembre 2024 qui officialise la participation des jeunes aux processus décisionnels mondiaux.
L’entrevue tirant à sa fin, M. Rae fait le point sur la manière de préserver sa propre résolution dans une période aussi mouvementée. Si les efforts individuels comme le recyclage semblent futiles au vu des nombreuses crises mondiales, M. Rae estime qu’il est universellement essentiel de rejeter le défaitisme. Au sujet de l’anxiété climatique, omniprésente de nos jours, il demeure résolu : « Le désespoir est un luxe intellectuel que nous n’avons pas. » Il considère la capitulation comme de l’« égocentrisme », une conclusion qui s’applique à toute partie prenante, peu importe sa génération.
Pour M. Rae, ce refus du désespoir n’est pas seulement une philosophie personnelle, mais un appel à l’influence collective. Il soutient que l’action climatique doit reposer sur un engagement commun s’inscrivant dans un vaste projet mondial, car « tout le monde doit se soucier du développement durable ». Il conclut la conversation par un rappel éloquent : « Les changements climatiques posent un problème mondial; chaque personne et chaque pays doivent prendre les décisions nécessaires pour contribuer à le régler. »
Postes vedettes
- Chaires de recherche Impact+ CanadaUniversité du Québec à Rimouski (UQAR)
- Directrice/directeur de la Division de chirurgie orthopédique de l’Université McGill et Directrice/directeur de la Division de chirurgie orthopédique du Centre universitaire de santé McGillUniversité McGill
- Chaires de recherche Impact+ Canada en la guerre de l’information et la gouvernance stratégique du numériqueUniversité du Québec à Trois-Rivières
- Directrice ou directeur de la Division d’urologieUniversité McGill
- Anthropologie des infrastructures - Professeure ou professeurUniversité Laval
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