Des protestations étudiantes contre les compressions du RAFEO

Les changements pourraient inciter certains étudiants et étudiantes à privilégier des programmes collégiaux plus courts plutôt que l’université.

05 mars 2026
Des personnes participent à un rassemblement contre les compressions du Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario (RAFEO) devant Queen’s Park à Toronto, le mercredi 4 mars 2026. (Photo : LA PRESSE CANADIENNE/Allison Jones)

Des étudiantes et étudiants ont manifesté cette semaine contre le projet du gouvernement ontarien de modifier l’aide financière aux études et les droits de scolarité. Mercredi après-midi, plusieurs ont quitté leurs cours pour converger vers l’Assemblée législative de l’Ontario lors d’une importante mobilisation devant Queen’s Park.

« Nous savons que les étudiants ont du pouvoir et nous sommes ici en nombre pour le démontrer », a déclaré Cyrielle Ngeleka, présidente de la section ontarienne de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants, qui organisait le rassemblement. Elle s’adressait à des centaines d’étudiants réunis devant le parlement provincial, sur la neige qui fondait rapidement. 

Déjà confrontés à la hausse du coût de la vie, « la dernière chose dont les étudiants ont besoin, c’est que le coût de l’éducation augmente », a ajouté Mme Ngeleka. Aux côtés d’Omar Mousa, membre de l’exécutif de la fédération, elle a appelé la foule brandissant des pancartes à réclamer la gratuité scolaire auprès du gouvernement conservateur de l’Ontario dirigé par le premier ministre Doug Ford. « Le financement de l’éducation est la responsabilité du gouvernement. Ce n’est pas un fardeau que nous devons porter. » 

Des manifestations ont également eu lieu ailleurs dans la province. Environ 1 000 étudiantes et étudiants ont quitté leurs cours à l’Université de Waterloo. À l’Université Brock, des personnes étudiantes organisé une démonstration. Dans la région de Niagara, des élèves du secondaire se sont rassemblés devant le bureau d’un député provincial pour exprimer leurs inquiétudes. Plus tôt dans la semaine, des élèves du secondaire de la région de Durham, à l’est de Toronto, avaient eux aussi protesté en quittant leurs classes. 

Ces actions font suite à l’annonce du gouvernement ontarien du 12 février. La province a promis une augmentation de 6,4 milliards de dollars du financement des collèges et universités sur quatre ans. Mais elle a aussi annoncé une réforme du Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario (RAFEO).

Cette réforme réduira la part maximale d’aide non remboursable. Actuellement, les bourses peuvent représenter jusqu’à 85 % du soutien financier reçu. Cette proportion serait ramenée à 25 %, le reste de l’aide étant accordé sous forme de prêts. 

« Je vais à la banque alimentaire. J’ai besoin du RAFEO » 

À Queen’s Park, l’élève de 12e année Radhika Cappelletti se tenait à l’arrière de la foule avec des amis, tenant une pancarte faite à la main sur laquelle on pouvait lire : « Je vais à la banque alimentaire. J’ai besoin des bourses du RAFEO pour aller à l’université. » 

Elle aimerait étudier la médecine, mais explique que sa famille, qui vit dans une région rurale de l’Ontario, traverse actuellement des difficultés financières. Les changements annoncés par la province rendent son projet encore plus incertain. 

« L’éducation est le fondement du pays », dit Mme Cappelletti, venue de Castleton, à environ une heure et demie à l’est de Toronto. « Rien ne peut fonctionner si les gens ne continuent pas à s’éduquer. Et si les gens ne peuvent même pas choisir d’étudier parce qu’ils n’en ont pas les moyens, alors que le gouvernement a l’argent nécessaire. » 

Adam Venter, étudiant en histoire venu avec deux autobus d’étudiants de l’Université de Guelph, qualifie le RAFEO de « crucial » pour lui en tant qu’étudiant vivant avec un handicap. Il estime qu’il aurait terminé ses études avec plusieurs dizaines de milliers de dollars de dettes si son aide financière n’avait pas été composée en grande partie de bourses. Membre du conseil de l’association étudiante de l’Université de Guelph, il espère qu’une « action collective des étudiants » convaincra la province de renoncer à son projet. 

Certains manifestants portaient aussi de petits carrés rouges en tissu. Ce symbole rappelle celui utilisé lors du mouvement étudiant québécois du « printemps érable » en 2012, qui avait réussi à faire reculer le gouvernement libéral sur un projet d’augmentation des droits de scolarité. 

La manifestation à Queen’s Park s’est déroulée en grande partie dans le calme, mais la police de Toronto a procédé à deux arrestations pour méfait et voies de fait contre un agent de la paix. Sur Instagram, la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants de l’Ontario a accusé la police d’avoir fait preuve de brutalité et a indiqué qu’elle fournirait une assistance juridique aux personnes arrêtées. 

Des représentants syndicaux et des élus de l’opposition étaient également présents, dont Marit Stiles, chef du Nouveau Parti démocratique de l’Ontario. Le parti a lancé sa propre campagne pour défendre le RAFEO et prévoit une assemblée publique le 12 mars. Mme Stiles estime que l’orientation du gouvernement Ford en matière d’aide financière et de droits de scolarité « augure très mal pour l’avenir de l’Ontario ». Elle prévoit présenter une motion visant à annuler ces changements lorsque l’Assemblée législative reprendra ses travaux le 23 mars. 

Des effets possibles sur l’accès aux études 

Selon certaines recherches menées à l’extérieur du Canada, un système d’aide financière reposant davantage sur les prêts peut décourager les personnes étudiantes à faible revenu de fréquenter l’université. Celles-ci pourraient plutôt se tourner vers des programmes collégiaux plus courts et moins coûteux, voire renoncer complètement aux études postsecondaires. 

C’est l’avis de Daniel Corral, professeur adjoint en enseignement supérieur à l’Ontario Institute for Studies in Education de l’Université de Toronto. 

Pour les personnes qui s’inscrivent malgré tout, l’augmentation de l’endettement pourrait les pousser à travailler davantage pendant leurs études, ce qui risque de nuire à leur réussite académique, dit-il. Selon lui, même si le système ontarien d’aide financière est plus généreux que celui d’autres provinces et que sa viabilité est importante, la réforme du RAFEO aurait pu être introduite plus graduellement afin de laisser le temps aux étudiants de s’adapter. 

À plus long terme, une hausse de l’endettement étudiant pourrait retarder certaines étapes importantes de la vie adulte, estime Mark Kalinowski, éducateur financier à la Credit Counselling Society, un organisme sans but lucratif spécialisé dans la gestion de l’endettement. 

Les personnes étudiantes « vont obtenir leur diplôme avec beaucoup plus de dettes liées aux prêts étudiants, ce qui repousse leurs projets de vie », explique-t-il. « Acheter une voiture, acheter une maison ou déménager ailleurs pour commencer une carrière devient plus difficile quand on a beaucoup de dettes. » 

La province défend sa réforme 

Le gouvernement ontarien soutient que la structure actuelle du RAFEO est « très différente » de celle d’autres administrations et que les changements sont nécessaires pour assurer la viabilité du programme. 

Selon la province, le RAFEO a coûté 2,7 milliards de dollars en 2025-2026. Sans réforme, ce montant aurait atteint 4,1 milliards de dollars en 2028-2029. 

La province a également annoncé le 12 février qu’elle autoriserait une hausse maximale de 2 % par an des droits de scolarité dans les collèges et universités au cours des trois prochaines années, puis la hausse la plus faible entre 2 % ou le taux d’inflation moyen sur trois ans par la suite. Il s’agit de la première augmentation depuis 2019. 

Les personnes étudiantes continueront d’être admissibles à une « garantie d’accès aux études », destinée à combler l’écart entre leur aide financière et leurs dépenses universitaires, a indiqué Bianca Giacoboni, attachée de presse de Nolan Quinn, ministre des Collèges, des Universités, de l’Excellence en recherche et de la Sécurité. 

Le RAFEO combine des contributions des gouvernements provincial et fédéral. Les changements annoncés par l’Ontario ne concernent toutefois que la part provinciale du programme.

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