Refonder le bien-être et l’inclusion en recherche par la justice sociale
Les initiatives actuelles en ÉDI échouent à transformer les structures qui produisent l’exclusion. En misant sur la coconstruction, l’approche intersectionnelle et un leadeurship bienveillant, inclusif et transformatif, un collectif propose de repenser en profondeur nos cultures académiques.
Les établissements d’enseignement et de recherche au Canada sont traversés par des dynamiques d’exclusion, de discrimination et d’iniquité. Malgré des engagements envers l’équité, la diversité et l’inclusion (ÉDI), les personnes minorisées œuvrant en recherche font face à des barrières systémiques. Plusieurs discriminations, souvent invisibilisées, s’inscrivent dans des dynamiques institutionnelles (méritocratie, élitisme, excellence, performativité) affectant particulièrement la relève : la communauté étudiante aux cycles supérieurs, nouvellement diplômés, les stagiaires au postdoctorat ou le nouveau corps professoral. Toutefois, elles sont souvent traitées sous un prisme individuel, rarement systémique, alors que plusieurs travaux plaident pour une vision holistique et émancipatrice du bienêtre fondée sur la justice sociale. En ce sens, l’Agence de la santé publique du Canada (2024) recommande des partenariats intersectoriels, intégrant l’équité et un cadre directeur de la théorie et de la pratique de l’intersectionnalité.
Fatigue militante et précarité émotionnelle
Les personnes œuvrant en recherche dans les domaines du bienêtre ou de la justice sociale pour etpar les personnes minorisées, portent leur propre marginalisation et la mission d’éduquer leurs collègues, contribuant à l’épuisement de devoir défendre leurs droits dans des environnements peu réceptifs, et entrainants une forme de fatigue militante. Elle s’amplifie là où l’inclusion demeure superficielle ou de façade, générant surcharge émotionnelle et isolement chronique. Par exemple, chez les personnes autochtones, cette réalité se manifeste notamment par une inclusion souvent symbolique. Les personnes racisées représentent 22 % de la population canadienne et 40 % de l’effectif étudiant, mais seulement 8 % des postes de haute direction. Ces données s’accompagnent de constats plus profonds comme ceux mis en lumière par Thésée (2021) qui décrit les effets du racisme systémique sur les personnes racisées : sentiment d’illégitimité, honte intériorisée, repli sur soi, voire conformisme forcé face à un système hégémonique. De plus, les personnes neurodivergentes doivent souvent masquer leur différence. Ce camouflage est un facteur de risque pouvant engendrer des problèmes de santé mentale et affecter leur insertion ainsi que leur rétention professionnelle. Certaines pratiques institutionnelles, même bien intentionnées, sont des formes de violence symbolique qui enferment les personnes minorisées dans des rôles de représentation sans leur offrir les moyens ou les espaces pour transformer les structures. Pourtant, c’est en reconnaissant la complexité des identités et des expériences que les milieux de recherche peuvent devenir plus inclusifs.
Coconstruire autrement : vers une recherche pour, par et avec
Les initiatives en bienêtre et d’ÉDI restent souvent centrées sur la sensibilisation, sans s’attaquer aux rapports de pouvoir ni intégrer les perspectives des personnes concernées dans les décisions. Les actions limitées à certains milieux (associations, comités, départements, syndicats) peinent à transformer les cultures organisationnelles. Certaines approches négligent les dynamiques intragroupes et intergroupes hiérarchisant implicitement les oppressions et freinant le bienêtre et la capacité d’action collective. Plusieurs communautés de recherche plaident pour des approches antioppressives, intersectionnelles, de coconstruction et de redistribution du pouvoir. Le modèle de recherche pour, par et avec défend une participation active et concrètement égalitaire des personnes minorisées, dès l’idéation des projets, pour créer des environnements sécurisants et transformatifs.
Leadeurship bienveillant, inclusif et transformatif : une voie pour transformer nos milieux
Transformer les institutions de recherche exige un changement profond des cultures organisationnelles, des rapports de pouvoir et des formes de leadeurship, comme le propose le développement du leadeurship bienveillant, inclusif et transformatif, ancré dans une tradition de recherche-action et de coaccompagnement collectif. Plutôt que de miser sur la sensibilisation et des formations, cette approche crée des espaces réflexifs, horizontaux et transformatifs où les personnes en situation de pouvoir peuvent analyser leurs pratiques, partager leurs expériences, nommer les injustices vécues, et coconstruire des actions concrètes. Fondé sur la confiance mutuelle, la reconnaissance, l’écoute active et la justice sociale, ce leadeurship favorise le codéveloppement, la coformation et la coconstruction. Cette posture invite les personnes minorisées et alliées à déconstruire et à reconstruire leur cadre de référence. Des outils soutiennent cette transition, notamment un modèle d’accompagnement collectif articulant conscientisation dialogique, analyse de la pratique et boucles de rétroaction, ainsi que des principes issus des travaux d’Edwards, Freire, Le Bossé, Paul et Cunliffe sur le pouvoir d’agir, la réflexivité critique et l’émancipation collective.
Développer ce leadeurship dans un modèle d’accompagnement structuré est crucial dans un milieu académique très hiérarchisé. Nous devons soutenir le cheminement professionnel des personnes minorisées et engager les groupes dominants dans un processus de responsabilisation et d’alliances authentiques.
Notre initiative s’inscrit dans cette démarche de renforcement de notre leadeurship : créer un Groupe de soutien et d’analyse de la pratique professionnelle destiné aux personnes minorisées de la relève œuvrant en recherche francophone au Canada. Elle documente leurs parcours via une méthode participative, collaborative et antioppressive, considère leurs expériences et expérimente des modèles d’accompagnement favorisant bienêtre, reconnaissance et pouvoir d’agir. Cette approche mobilise des théories critiques du handicap, queer, anti/dé/postcoloniales, ainsi que d’analyse critique du discours et de conscientisation. Nous souhaitons bâtir un écosystème de recherche, intersectoriel, interdisciplinaire, interinstitutionnel et interordre, évalué non seulement sur la productivité, mais aussi sur l’humanité, l’accessibilité, l’équité et l’impact social, favorisant dialogue, codéveloppement et accompagnement en matière de bienêtre intersectionnel et de justice sociale transformative.
Il s’agit d’un premier pas vers l’initiative d’un collectif pour le bienêtre intersectionnel et la justice sociale transformative en éducation, du préscolaire à l’université, en tant que regroupement intersectoriel, interdisciplinaire et interinstitutionnel de recherche-développement et d’accompagnement en éducation.
Écrivez-nous pour en savoir plus. Ensemble, transformons le milieu de la recherche à la hauteur de nos aspirations!
Cet article s’inscrit dans le cadre d’une série d’articles mensuels sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur portée par l’Observatoire sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (OSMÉES) et l’Initiative sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur (ISMÉ).
Postes vedettes
- Directrice ou directeur de la Division d’urologieUniversité McGill
- Management - Professeure ou professeurUniversité du Québec à Rimouski
- Anthropologie des infrastructures - Professeure ou professeurUniversité Laval
- Directrice/directeur de la Division de chirurgie orthopédique de l’Université McGill et Directrice/directeur de la Division de chirurgie orthopédique du Centre universitaire de santé McGillUniversité McGill
- Musique - Professeure adjointe ou professeur adjoint (interprétation classique, spécialité instrument d’orchestre de la famille des cuivres)Université McGill
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