Stéphane Dion : « L’université restera toujours un lieu de débat »
Le nouveau diplomate en résidence de l’Université de Montréal réfléchit au rôle que doivent encore jouer les universités dans un monde marqué par l’incertitude, les tensions internationales et les transformations technologiques.
Quelques jours après une tempête de verglas qui avait recouvert Montréal d’une couche de glace, le campus de l’Université de Montréal retrouvait doucement son rythme. Dans la bibliothèque de la faculté de droit, quelques personnes étudiantes étaient déjà de retour à leurs tables de travail, profitant du calme du week-end.
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C’est là que nous avons retrouvé Stéphane Dion. Comme souvent, il avait un livre à la main. La lecture est une habitude qui ne l’a jamais quitté et elle reviendra d’ailleurs à plusieurs reprises dans notre conversation.
Ancien professeur de sciences politiques, ancien ministre des Affaires étrangères du Canada et ancien ambassadeur en Allemagne et en France, il revient aujourd’hui à l’Université de Montréal comme diplomate en résidence. Nous l’avons rencontré dans le cadre du balado Campus à la une, pour discuter de l’état du monde et du rôle que peuvent encore jouer les universités dans sa compréhension.
Très vite, la conversation revient vers ce qui, pour lui, reste l’essence de l’université.
« L’université, c’est un lieu de débat pour toujours », dit-il. « Le choc des idées fait avancer la connaissance et la science. »
Un pont entre l’université et la diplomatie
Après plusieurs années passées au cœur de la diplomatie canadienne, M. Dion dit être heureux de revenir dans un environnement universitaire. Il se voit d’abord comme une ressource pour les personnes étudiantes et chercheuses et les départements qui souhaitent comprendre de plus près le fonctionnement concret des relations internationales.
« J’ai une expérience, une expertise. Voyons comment cela peut rejoindre les intérêts des étudiants, des chercheurs et des enseignants », explique-t-il.
Dans ce nouveau rôle, il dit aussi vouloir répondre à une attente précise de l’université. Le recteur de l’Université de Montréal lui a demandé de contribuer à rapprocher le monde universitaire et celui de la pratique diplomatique. Rattaché au doyen de la Faculté des arts et des sciences, il espère servir de trait d’union entre les acteurs de l’université et de la diplomatie. « Si on m’a demandé d’être diplomate en résidence, c’est sans doute parce qu’on pense que je peux être une ressource complémentaire pour relier le monde de l’étude et celui de la pratique », dit-il.
Selon lui, les universités jouent un rôle essentiel pour former les spécialistes capables de comprendre et de négocier les règles qui structurent encore aujourd’hui les relations entre les États.
Car malgré les tensions et les crises qui dominent l’actualité, il rejette l’idée que le droit international aurait disparu.
« Il y a des milliers d’ententes internationales et bilatérales qui continuent d’organiser les relations entre les pays », rappelle-t-il. « On a besoin de juristes et d’experts capables de les comprendre, de les améliorer et de les négocier. »
L’université à l’ère des nouvelles technologies
Depuis l’époque où il enseignait, M. Dion constate que l’université a beaucoup changé, notamment sous l’effet des transformations technologiques.
Les outils numériques modifient les façons d’enseigner, de travailler et d’évaluer les étudiantes et étudiants. Pour lui, ces changements peuvent être bénéfiques, mais ils exigent aussi des ajustements.
« Le risque, c’est que les étudiants laissent la machine travailler pour eux », observe-t-il.
Pour y répondre, il estime que les méthodes d’évaluation devront évoluer. Les travaux écrits pourraient par exemple être accompagnés d’examens oraux permettant de vérifier que les étudiantes et étudiants maîtrisent réellement les idées qu’ils présentent.
Malgré ces transformations, il reste convaincu que certaines pratiques fondamentales de l’enseignement universitaire demeureront.
« Un bon cours magistral donné par un professeur qui connaît son sujet, avec des étudiants qui prennent des notes et qui discutent ensuite entre eux, je crois que cette vieille méthode va résister », dit-il.
La formation d’esprits capables de comparer
Pour Stéphane Dion, l’université doit surtout former des esprits capables d’analyser le monde avec rigueur. Cela passe notamment par une compétence qu’il juge essentielle : la capacité de comparer.
Comparer les pays, les systèmes politiques et les sociétés permet de mieux comprendre les dynamiques qui façonnent le monde contemporain.
« Quand on dit que deux choses sont trop différentes pour être comparées, on dit une absurdité », affirme-t-il. « C’est justement parce qu’elles sont différentes qu’elles peuvent être comparées. »
Sans comparaison, explique-t-il, il devient difficile d’évaluer correctement les politiques publiques ou les choix économiques.
Avant de conclure la conversation, Stéphane Dion revient à ce qui demeure, selon lui, une pratique essentielle pour les personnes étudiantes. Lire.
À l’heure des écrans et des formats courts, il craint que la lecture longue perde du terrain. Or, pour lui, elle reste indispensable à la formation intellectuelle.
« Enfermez-vous avec un auteur et discutez avec lui », conseille-t-il. « Dites à vos amis : ce soir je ne sors pas, j’ai un chapitre à lire. »
Lire, voyager et observer les autres cultures sont, selon lui, des façons complémentaires d’apprendre à comprendre le monde.
Dans un contexte international marqué par l’incertitude et les tensions, il estime que l’université doit continuer à jouer ce rôle fondamental : former des esprits capables d’analyser, de débattre et de chercher des solutions.
Et pour y parvenir, rappelle-t-il en souriant, certaines habitudes restent intemporelles.
Lire des livres.
Postes vedettes
- Chaires de recherche Impact+ Canada en la guerre de l’information et la gouvernance stratégique du numériqueUniversité du Québec à Trois-Rivières
- Vice-rectrice, vice-recteur aux ressources humaines et à l’administrationUniversité du Québec à Rimouski
- Décanat de la Faculté d’éducationUniversité de l'Ontario francais
- Médecine - Professeure adjointe ou professeur adjoint (sciences pharmaceutiques)Université d'Ottawa
- Psychologie - Professeure ou professeur (méthodes quantitatives)Université Bishop
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