Fin du PEQ : « Cette incertitude nous brise »

Le 6 novembre, la ministre de l’Immigration du Québec a annoncé la suppression du Programme de l’Expérience Québécoise (PEQ), l’une des principales portes d’entrée vers la résidence permanente pour les personnes étudiantes internationales diplômées et les travailleurs temporaires établis au Québec.

25 novembre 2025
Illustration par : Edward Thomas Swan, Photos par : Florence Bollet Michel

La nouvelle plonge des milliers de personnes dans une situation précaire. Depuis sa création en 2010, le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) visait à retenir au Québec des personnes déjà intégrées, diplômées localement, occupant un emploi, maîtrisant le français et ayant souvent fondé une famille dans la province.  

« On nous avait promis une stabilité » 

« Je suis travailleuse sociale auprès des personnes aînées à Montréal » , avance Florence Xavier Michel, étudiante dans le microgramme en administration des services de santé à l’Université de Montréal. « Je suis arrivée il y a deux ans et demi. On nous avait promis une stabilité , du travail pour toute une vie, et un chemin clair vers la résidence permanente. On a même acheté une maison, on s’est installés et aujourd’hui, tout ce qu’on nous avait garanti semble s’être envolé. » 

« Cette décision, prise sans transition et sans planification, bouleverse complètement la vie de ma famille. Nous ne savons plus quoi faire » , confie Cecilia qui est arrivée au Québec en 2022. Cette dernière a suivi une année complète de francisation, soutenue par une bourse gouvernementale. Aujourd’hui, elle travaille dans un organisme d’habitation communautaire et contribue à des projets de logements sociaux. « Je suis fière de mon travail et fière de contribuer à la société québécoise. Et pourtant, malgré tous nos efforts, malgré notre intégration, on nous demande maintenant de partir. Cette incertitude nous brise. » 

Manifestations du 22 novembre 2025 à Québec et Montréal

Maria arrive d’Ukraine et travaille depuis douze mois dans la ville de Montréal dans un poste qui était admissible au PEQ. « En septembre 2023, j’ai dû prendre l’une des décisions les plus difficiles de ma vie de venir m’installer ici, au Québec, et laisser derrière moi tout ce que je connaissais : mon travail, ma famille, ma maison, mes amis . Au moment de l’annonce de la fermeture du programme, j’étais en train de faire évaluer mon diplôme et de me préparer aux examens du TCF. Cette situation me brise le cœur et  coupe littéralement l’herbe sous les pieds . »  

Un programme supprimé sans transition 

La disparition du PEQ signifie désormais un passage obligé par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ)

L’Université de Montréal a  réagi à la nouvelle : « Nous sommes déçus de l’abolition du PEQ, mais soulagés de savoir que les candidatures de nos étudiantes et étudiants transmises avant la suspension du programme seront traitées. Nous avons des réserves quant à l’utilisation du Programme de sélection des travailleurs qualifiés  , à voir comment cela se concrétisera. Nous tendons la main au ministre pour qu’il travaille avec nous à une mise à jour du PSTQ afin d’adapter le volet 1 à la réalité des étudiantes et étudiants internationaux diplômés, puisque le système de pointage peut entraîner des distorsions. » 

« Un contrat moral brisé » 

Selon Jorge Frozzini, professeur en politiques publiques à l’Université du Québec à Chicoutimi, l’enjeu dépasse le cadre administratif. « Le gouvernement a pleinement le droit de modifier ou d’abolir ses programmes mais il existe un contrat moral. Le Québec attire des milliers d’étudiantes  et d’étudiants en leur présentant un parcours clair. Lorsque ce parcours disparaît brusquement, c’est leur projet de vie qui s’effondre.  Les étudiantes et étudiants internationaux commencent à se demander s’ils ne seraient pas mieux ailleurs, par exemple en Ontario, où les démarches sont plus rapides. » 

Pour lui, l’effet domino pourrait être significatif : « À long terme, ces décisions nuisent au Québec. On perd des talents déjà formés, intégrés, prêts à contribuer dans des secteurs en pénurie, notamment la santé, les technologies et les services sociaux. Le message envoyé à l’international est préoccupant. Les gens se parlent. » 

Contrairement au PEQ, où la résidence était quasi assurée une fois les conditions remplies, le PSTQ repose sur un système de points et de déclarations d’intention. Les personnes candidates sont classées selon leurs compétences et l’adéquation de leur profil aux besoins du marché, mais il n’existe aucune garantie de sélection. Les demandes expirent après un an si elles ne sont pas retenues, obligeant ces personnes à recommencer le processus. « C’est un changement majeur », déplore t-il.« Les étudiants et travailleurs qui comptaient sur le PEQ se retrouvent face à une incertitude totale. Ce n’est pas la même logique, ce n’est pas le même programme. » 

Quant à savoir si le gouvernement pourrait reculer, rien n’est certain. «Les mobilisations ont parfois un impact, mais il n’y a aucune garantie. » 

Manifestations du 22 novembre 2025 à Québec et Montréal

Dans les jours suivant l’annonce, de nombreuses personnes et associations ont réclamé une clause de droits acquis pour ne pas être pénalisées par la fermeture soudaine du programme. Une demande que le gouvernement a refusée. Les manifestations se sont multipliées dans la province.  Une pétition officielle demandant le rétablissement du PEQ , ou la mise en place d’une clause de droits acquis ,est actuellement en ligne sur le site de l’Assemblée nationale du Québec

Face à cette situation, les universités tentent d’accompagner les personnes étudiantes autant que possible, en offrant soutien, services adaptés et information. « Elles ne peuvent pas changer les règles du gouvernement, mais elles peuvent créer un environnement accueillant et guider les étudiants dans les démarches », précise l’enseignant.  

Pascale Lafrance, directrice générale d’USherbrooke International et vice-rectrice associée aux relations internationales à l’Université de Sherbrooke, souligne : « la fin du PEQ ne modifie pas directement nos opérations, car ce programme concernait les démarches d’immigration personnelle après les études. Nous observons toutefois que ces changements suscitent des inquiétudes chez certains étudiants internationaux et pourraient influencer l’attractivité du Québec et de ses universités. Notre priorité reste de soutenir la réussite académique et l’intégration des personnes étudiantes pendant leurs études. »

Au début de l’automne 2025, la Confédération des associations d’étudiantes et étudiants de l’Université Laval (CADEUL) avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur l’impact des récentes mesures gouvernementales sur les étudiantes  et étudiants internationaux en présentant  un mémoire au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI). La suspension du Programme de l’expérience québécoise Volet diplômés et l’adoption de la Loi sur l’encadrement des étudiants étrangers en 2024  limitaient déjà l’accès à la résidence permanente et aux études postsecondaires au Québec. Ces changements ont entraîné une chute spectaculaire des demandes d’admission internationales, avec une baisse notable à l’Université Laval depuis 2024. On peut y lire en entres autres que « l’évolution de la politique québécoise en matière d’immigration étudiante se caractérise par des changements fréquents qui nuisent à l’attraction des personnes étudiantes internationales » et « qu’il est urgent que le Québec réalise que sa réputation internationale comme destination d’études se détériore rapidement. » La CADEUL avait recommandé au gouvernement du Québec de rétablir rapidement le PEQ Volet diplômés selon les conditions de 2023 et de ne pas inclure ces diplômés dans les plafonds annuels d’immigration pour favoriser leur rétention afin d’éviter la crise actuelle. 

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