Levée du gel des droits de scolarité et investissement de 6,4 G$ en Ontario

La nouvelle stratégie provinciale prévoit aussi la refonte du programme d’aide étudiante et l’arrimage des programmes universitaires au marché du travail.

17 février 2026
Photo courtoisie de : iStock.com/benedek

Jeudi dernier, le gouvernement de l’Ontario, répondant aux voix qui réclamaient depuis des années une augmentation considérable du financement du secteur postsecondaire, a annoncé un investissement de 6,4 milliards de dollars sur quatre ans et la fin du gel des droits de scolarité.

Selon le communiqué du gouvernement provincial, cet investissement majeur vise à contrer les « pressions sans précédent » s’exerçant sur le secteur, y compris les changements aux politiques d’immigration du gouvernement fédéral, qui ont considérablement diminué les revenus découlant des droits de scolarité des étudiantes et étudiants internationaux.

« Notre gouvernement veille non seulement à la pérennité de nos collèges, universités et établissements autochtones, mais aussi prépare nos diplômées et diplômés à acquérir les compétences en forte demande dont ils ont besoin pour s’ouvrir des portes vers des carrières de qualité, bien rémunérées et gratifiantes, tout en maintenant l’accessibilité aux études et en réduisant les coûts pour les étudiantes et étudiants, et leurs familles », a déclaré Nolan Quinn, ministre des Collèges et Universités, de l’Excellence en recherche et de la Sécurité de l’Ontario.

Cet investissement comprend une majoration de 6 % du financement de base pour les étudiantes et étudiants à temps plein, l’ajout de 70 000 places dans des programmes en forte demande, et de nouveaux fonds pour les petits établissements en milieux ruraux ou nordiques, de langue française ou autochtones.

Pour la première fois en sept ans, les universités et les collèges pourront augmenter les droits de scolarité, et ce, jusqu’à 2 % par année pour les trois prochaines années. Par la suite, la hausse annuelle des droits de scolarité sera limitée à 2 % par année ou au taux moyen d’inflation des trois années précédentes, selon le taux le moins élevé.

Le Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario (RAFEO) sera également remanié. Estimant que ce programme « s’écarte profondément des mécanismes mis en place dans d’autres provinces et territoires », le gouvernement prévoit que les étudiantes et étudiants reçoivent jusqu’à 25 % de leur aide sous forme de bourses et le reste sous forme de prêts. La province compte négocier en vue de « bonifier » la Garantie d’accès aux études, dans le cadre duquel les établissements d’enseignement supérieur offrent une aide supplémentaire aux étudiantes et étudiants admissibles quand le RAFEO ne couvre pas entièrement les droits de scolarité, le matériel de cours et les frais obligatoires.

L’association représentant les universités de la province a accueilli l’annonce avec enthousiasme. Steve Orsini, président-directeur général du Conseil des universités de l’Ontario, a donné le coup d’envoi à la conférence de presse du gouvernement de l’Ontario, qualifiant l’annonce d’« investissement considérable et audacieux dans l’enseignement supérieur » qui promet de favoriser « une viabilité accrue et la planification à long terme nécessaire pour appuyer les étudiantes et étudiants dans les collectivités ».

À l’Université Wilfred Laurier de Waterloo, ce financement est favorablement accueilli, selon la rectrice de l’établissement, Deborah MacLatchy.

« Cet investissement d’envergure renforce la vitalité des universités de l’Ontario à une période charnière et assure à nos étudiantes et étudiants l’accès à des programmes de haute qualité et à des aides indispensables pour façonner des localités prospères et un Ontario florissant », a-t-elle déclaré, ajoutant que l’Université Wilfrid Laurier « continuait de s’employer à gérer responsablement les coûts, à trouver des occasions de générer des revenus et à investir stratégiquement dans des domaines qui assureront [sa] viabilité à long terme ».  

L’annonce a par ailleurs reçu le soutien modéré de l’Union des associations des professeurs des universités de l’Ontario (OCUFA). Dans sa déclaration, elle disait « accueillir favorablement » la hausse de financement de 6 % par étudiante et étudiant annoncée jeudi. Or, elle calculait que le gouvernement ontarien devait augmenter ce financement de 13,5 % par étudiante et étudiant, de manière composée annuellement pour les cinq prochaines années, afin d’égaler la moyenne nationale.

« L’annonce d’aujourd’hui nous rappelle le manque à gagner de l’Ontario par rapport au reste du pays en ce qui concerne le financement par étudiante et étudiant à l’université, constate Rob Kristofferson, président de l’OCUFA. Même avec une augmentation de 6 % du financement de base, il semble que les universités ontariennes seront encore les moins bien financées du pays; il y a donc beaucoup à faire pour aider le secteur à s’épanouir. »

Omar Sayyed, vice-président des finances de l’Alliance des étudiants de premier cycle de l’Ontario, a précisé que, bien qu’elle soit « très heureuse » des augmentations au financement de base, et qu’elle se réjouisse que les hausses des droits de scolarité soient modestes et prévisibles, l’Alliance se souciait particulièrement des changements au RAFEO. Selon M. Sayyed, on assistera à un revirement total du programme, qui permettait auparavant la prestation de 85 % de l’aide financière sous forme de bourses.  

« Des trois changements, c’est celui qui aura les plus grandes répercussions sur la population étudiante », affirme M. Sayyed.

Même à 2 %, la nouvelle hausse autorisée des droits de scolarité « ne correspond pas aux attentes de la population étudiante », explique Kayla Weiler, coordonnatrice des relations avec le gouvernement et des politiques de la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants-Ontario. « Les changements majeurs au RAFEO ne feront que forcer plus d’étudiantes et étudiants à contracter une dette. Ces personnes paient déjà leur juste part en matière d’éducation. »

Depuis longtemps attendue, cette annonce fait suite à l’élaboration par le gouvernement provincial d’un nouveau modèle de financement, à la lumière du rapport de la vérificatrice générale qui soulevait des préoccupations à l’égard des finances des établissements d’enseignement supérieur, et du rapport d’un comité expert, qui recommandait en 2023 une augmentation initiale du financement de 10 %, suivie de hausses annuelles de 2 % pendant les trois à cinq années suivantes, et la fin du gel des droits de scolarité. La province avait annoncé d’autres financements depuis ce dernier rapport, notamment une enveloppe de 1,28 milliard de dollars sur trois ans en 2024, et un investissement annuel de 150 millions de dollars pendant cinq ans en 2025.

Établie à Toronto, Moira MacDonald est une journaliste indépendante qui s’intéresse à l’éducation.

Avec des infromations de Lazourd Al Nashed.

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