Admis au Canada, mais coincés à Gaza

Admis dans des universités canadiennes, quelque 130 étudiantes et étudiants sont toujours bloqués à Gaza et en Égypte dans l’attente de formalités gouvernementales.

20 janvier 2026
Robyn Paul, professeure adjointe en ingénierie à l’Université de Calgary, fait partie des 30 professeurs canadiens qui attendent que les étudiants palestiniens admis dans leurs universités obtiennent leur permis d’études délivré par le gouvernement federal. Photo courtoisie de Robyn Paul

Nada, une étudiante palestinienne vivant dans la bande de Gaza, a été admise par l’Université de Calgary à la maîtrise en génie du transport et de l’environnement en juillet 2024. Depuis, elle a coécrit deux articles de conférence avec sa directrice de recherche Robyn Paul, professeure adjointe à l’École de génie Schulich du Département de génie civil. 

Nada n’a toujours pas foulé le campus à ce jour : elle n’a pas les données biométriques requises pour entrer au Canada, et n’a aucun moyen de les obtenir depuis Gaza.  

Selon Mme Paul, cette attente de 17 mois pour obtenir un permis d’études est « inusitée ». Elle est incapable de comprendre pourquoi Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) « a choisi d’abandonner » Nada et les quelque 130 autres étudiantes et étudiants palestiniens à Gaza et en Égypte qui ont été admis dans des universités canadiennes et attendent toujours de recevoir le fameux permis. 

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Nada, une étudiante palestinienne vivant dans la bande de Gaza, a été admise en master à l’université de Calgary, mais son visa étudiant est bloqué car elle ne peut pas obtenir ses données biométriques à Gaza. Photo courtoisie du Nada.

« Nous avons pu reporter son admission par trois fois. Ça n’a rien d’habituel. En certaines occasions, on parle d’un report accordé », explique Mme Paul au sujet de Nada, qui est mariée et mère de deux jeunes enfants et détient un diplôme de premier cycle en génie de l’environnement. 

« Le travail que j’ai vu de sa part, accompli gratuitement alors qu’elle vit en zone de guerre, atteint une qualité et un calibre supérieurs. » 

Affaires universitaires (AU) a accepté de n’utiliser que le prénom des personnes citées dans cet article, par souci de sécurité pour elles et leur famille à Gaza. 

Dans une déclaration, IRCC a affirmé que « quiconque souhaite venir au Canada doit respecter les exigences d’entrée et d’admissibilité, y compris en ce qui concerne les données biométriques et le filtrage de sécurité. 

Les données biométriques ne peuvent être fournies qu’une fois les personnes sorties de Gaza, car IRCC n’a aucune présence dans la région. » 

Trente professeures et professeurs attendent des étudiantes et étudiants palestiniens 

Mme Paul, qui fait partie de 30 professeures et professeurs qui attendent des étudiantes et étudiants palestiniens admis dans leur université, affirme qu’« il semble extrêmement hypocrite [de la part du gouvernement fédéral] de traiter les étudiantes et étudiants palestiniens d’une telle manière, tout comme l’identité canadienne semble extrêmement hypocrite » en ce qui concerne l’appui aux causes humanitaires. 

En septembre, elle a pu obtenir une exception pour Nada afin qu’elle puisse suivre à distance un cours sur l’éthique, le droit et la profession d’ingénierie pendant qu’elle attend son permis d’études.  

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Pendant ce temps, nous explique la professeure, une trentaine de Palestiniennes et de Palestiniens sont bloqués au Caire, alors que leurs données biométriques ont été fournies. 

« Ces personnes ont rempli tous les critères mentionnés par la ministre [de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté] Lena Diab, et [le gouvernement] les ignore toujours », observe Mme Paul, qui est membre du réseau Palestinian Studentsand Scholars at Risk (PSSAR). « Le système manque clairement d’impartialité. »  

Un étudiant en biotechnologie admis à Trent est coincé à Gaza 

Aaron Shafer, professeur agrégé en criminalistique à l’Université Trent à Peterborough, en Ontario, et membre du réseau PSSAR, plaide la cause de Waseem, un étudiant gazaoui de 24 ans titulaire d’un diplôme de premier cycle en biotechnologie qui a été admis à Trent il y a plus d’un an à la maîtrise en génomique, lui qui possède une expertise en ADN. 

En octobre, de concert avec des homologues du Canada attendant des étudiantes et étudiants de Palestine, le professeur a rencontré le directeur général d’IRCC Bruce Scoffield, qui a relayé un message de la ministre Diab selon lequel « il n’y aura pas d’exemption particulière pour les étudiantes et étudiants de Gaza », relate M. Shafer. 

Waseem, un étudiant palestinien de 24 ans vivant à Gaza, a été admis à l’université Trent pour suivre un master en génomique, mais l’absence de traitement biométrique à Gaza retarde l’obtention de son visa étudiant. Photo courtoisie du Waseem.

« Ce n’est pas du tout ce que nous avions demandé, mais ce qu’il a voulu dire, c’est que le blocage continue d’émaner des données biométriques, qui sont impossibles à obtenir depuis Gaza », déclare M. Shafer, dont le « moral était au plus bas après la rencontre. Le gouvernement a montré très clairement que ces étudiantes et étudiants ne sont pas une priorité, et qu’il n’interviendrait pas. »  

Selon un avis juridique reçu par M. Shafer, dans les faits, IRCC peut suspendre les exigences biométriques, ce qui a été fait pour certaines personnes étudiantes de l’Ukraine. 

« Même en suivant toutes les étapes, on continue de se heurter à une impasse », ajoute-t-il, évoquant la trentaine de Palestiniennes et Palestiniens coincés en Égypte, dont certains ont fourni leurs données biométriques il y a deux ans.  

« On veut savoir pourquoi, et cette question est restée sans réponse », lance-t-il. 

AU a communiqué avec M. Scoffield pour obtenir ses commentaires, mais n’a pas reçu de réponse. 

En ce qui concerne Waseem, avec qui M. Shafer communique régulièrement, il « va mieux qu’il y a six mois, quand il s’attendait à mourir. 

Il est revenu dans son appartement de Gaza, mais il a déménagé 17 fois dans les 18 derniers mois », explique le professeur, ajoutant chercher des manières pour Waseem de poursuivre ses études supérieures en Irlande.  

L’épreuve que traverse Waseem est « extrêmement déroutante du fait du silence du gouvernement canadien et de l’administration universitaire. C’est une expérience difficile sur le plan personnel et émotionnel. »   

De son côté, Meera, une étudiante palestinienne qui a eu 26 ans en septembre et avec qui AU s’est entretenu en juillet, n’est toujours pas parvenue à quitter Gaza pour obtenir ses données biométriques et recevoir le permis d’études qui lui permettrait de venir au Canada et étudier à la maîtrise en génie des ensembles industriels à l’Université de Regina. 

Plus récemment, dans un appel sur Zoom depuis Gaza, Meera nous a confirmé que sa situation demeure inchangée; dans les deux semaines précédentes, d’autres ont pu être évacués par l’Italie et le Royaume-Uni. 

Elle espère toujours pouvoir se rendre au Canada en janvier pour entamer ses études à Regina. Dans le cas contraire, elle n’aura « pas d’autre choix » que de s’inscrire dans un autre pays. « Ça me rend tellement triste : mon rêve, c’est d’aller au Canada. »

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