Budget provincial : hausse modeste pour les universités albertaines

La province investit 148 millions pour créer 4 000 places dans des programmes en forte demande.

02 mars 2026
Le ministre des Finances de l’Alberta, Nate Horner, s’exprime au sujet du budget provincial proposé pour 2026 à Edmonton, le jeudi 26 février 2026. (Photo : LA PRESSE CANADIENNE/Jason Franson)

Les établissements postsecondaires de l’Alberta bénéficieront d’une légère augmentation de financement en 2026-2027, même si le budget provincial déposé le 26 février prévoit un déficit de 9,4 milliards de dollars. 

Le ministère de l’Enseignement supérieur prévoit des dépenses de 7,7 milliards de dollars en 2026-2027, soit une hausse de 0,8 % par rapport à l’exercice précédent. 

La plus grande part de cette somme, soit 6,46 milliards de dollars, est consacrée aux dépenses de fonctionnement des établissements postsecondaires publics. Il s’agit d’une légère hausse par rapport aux 6,37 milliards accordés en 2025-2026, ce qui représente une augmentation annuelle de 1,39 %. 

Sur ce montant, 2,7 milliards seront versés sous forme de subventions publiques, tandis que les 3,8 milliards restants, environ 60 % du financement total, proviendront des revenus autonomes des établissements, notamment les droits de scolarité, les frais institutionnels et les transferts fédéraux. Cette proportion est légèrement supérieure à celle de l’an dernier, où les établissements assumaient 58 % du financement. 

Selon le document budgétaire, la hausse des subventions de fonctionnement vise à répondre aux « pressions salariales découlant des négociations collectives ». 

Des investissements ciblés pour répondre aux besoins du marché du travail 

La province prévoit des investissements ciblés afin d’augmenter les inscriptions dans les programmes en forte demande et dans les métiers spécialisés. Le ministère consacrera 148 millions de dollars sur trois ans à la création de 4 000 nouvelles places aux cycles supérieurs et au premier cycle en génie, en santé et en éducation afin de répondre aux besoins du marché du travail. Un montant supplémentaire de 96 millions est prévu pour les programmes d’apprentissage. 

L’Université de Calgary recevra par ailleurs un investissement de 83 millions de dollars sur trois ans pour doubler les inscriptions à sa faculté de médecine vétérinaire d’ici 2028-2029. 

Bien que le budget confirme la poursuite d’investissements déjà annoncés dans des projets d’infrastructures universitaires, aucun nouveau financement en immobilisations n’a été prévu pour le secteur postsecondaire. 

L’aide financière aux étudiantes et étudiants recule toutefois : les prêts passent de 453 millions de dollars en 2025-2026 à 393 millions cette année, soit une baisse de 13 %. 

Dans son discours budgétaire, le ministre des Finances Nate Horner a reconnu que la province, qui prévoit des déficits pour les trois prochaines années, devra faire face à « des défis à venir » et prendre « des décisions difficiles ». 

« Nous demeurons résolus à protéger l’avenir de l’Alberta. Avec le budget 2026, nous choisissons de concentrer nos efforts sur les soins de santé, les salles de classe et l’économie », a-t-il déclaré. 

Le gouvernement a également annoncé le plus important investissement de son histoire dans l’enseignement primaire et secondaire, soit 10,8 milliards de dollars destinés à améliorer les infrastructures scolaires, embaucher du personnel et répondre à l’augmentation du nombre d’élèves par classe. 

Réactions mitigées du milieu postsecondaire 

John Alho, directeur général de l’Alberta Post-Secondary Network, qui représente les présidences des 25 établissements postsecondaires de la province, estime que la hausse des subventions de fonctionnement constitue « un pas dans la bonne direction » et que l’expansion des places est « une bonne nouvelle ». 

« Ces investissements favorisent la réussite étudiante et contribuent à répondre aux besoins de main-d’œuvre de la province », a-t-il affirmé. 

Lee Easton, président de la Confederation of Alberta Faculty Associations, qui représente le corps professoral de quatre universités albertaines, se montre toutefois plus critique. Il souligne la dépendance croissante des établissements à leurs revenus propres ainsi que les pressions financières accrues pour les étudiantes et étudiants. 

« On peut se demander quand l’Alberta adoptera un financement de base plus stable pour l’enseignement supérieur, qui reconnaisse aussi l’importance des programmes développant la pensée critique et les compétences en communication recherchées par tous les employeurs », a-t-il écrit dans une déclaration transmise à Affaires universitaires

La subvention de fonctionnement de l’Université de Calgary augmentera de 2,8 % pour atteindre 384,8 millions de dollars en 2026, soit 10,4 millions de financement additionnel. Cette subvention était gelée à 374,2 millions depuis 2022. 

« Nous saluons l’augmentation du financement de fonctionnement, qui nous aidera à absorber les pressions inflationnistes », a indiqué son recteur et vice-chancelier, Ed McCauley. 

La rectrice et vice-chancelière de l’Université MacEwan, Annette Trimbee, affirme pour sa part que la hausse modeste de la subvention de base aidera l’établissement à respecter les engagements issus des plus récentes négociations collectives. 

« Cela permettra de protéger notre capacité d’enseignement pour plus de 21 000 personnes étudiantes et confirme l’importance du système postsecondaire albertain pour l’avenir de la province », a-t-elle déclaré. 

Elle ajoute que l’université poursuivra ses efforts pour accroître l’efficacité organisationnelle, renforcer les partenariats et intensifier ses activités philanthropiques afin d’optimiser l’utilisation de ses ressources. 

Kristine Smitka, vice-présidente de l’Association of Academic Staff de l’Université de l’Alberta, accueille favorablement les investissements dans le primaire et le secondaire, mais souligne que les établissements postsecondaires font face à des pressions comparables. 

« Il est regrettable que le gouvernement ne reconnaisse pas que des enjeux similaires, comme la complexité accrue des classes et le vieillissement des infrastructures, touchent aussi le secteur postsecondaire », a-t-elle indiqué. 

Selon elle, la stratégie d’investissement ciblée dans certains programmes « ne reflète pas la réalité de la formation universitaire ». 

« Les universités ont besoin d’un financement global afin de préserver leur capacité à offrir un enseignement et une recherche de calibre mondial », a-t-elle ajouté. 

Un financement limité malgré la croissance des inscriptions 

Les universités albertaines font face à des défis financiers immédiats après plusieurs années de réductions importantes suivies d’un gel des subventions de fonctionnement, combinées à un plafonnement des droits de scolarité et à la hausse des coûts de main-d’œuvre. 

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Entre 2019 et 2023, les compressions provinciales dans l’enseignement postsecondaire ont dépassé un demi-milliard de dollars. Depuis, les subventions de fonctionnement sont demeurées stables. 

À titre d’exemple, la subvention de fonctionnement de l’Université de l’Alberta a été réduite de 222 millions de dollars entre 2019-2020 et 2022-2023, puis gelée jusqu’en 2025-2026. « Si la subvention avait suivi l’inflation, elle serait aujourd’hui supérieure de 61,9 millions de dollars. Cela représente une réduction effective d’environ 284 millions, soit près de 42 % du financement initial avant les compressions », écrivait en octobre 2025 son recteur et vice-chancelier, Bill Flanagan. 

La province a également instauré en 2024 un plafond de 2 % sur la hausse annuelle des droits de scolarité pour les étudiantes et étudiants canadiens. La même année, le gouvernement fédéral a restreint les permis de visa pour les étudiantes et étudiants internationaux, entraînant une baisse des inscriptions dans une source de revenus essentielle pour les universités. 

Parallèlement, l’Alberta se prépare à une forte croissance des effectifs étudiants. La croissance démographique et l’augmentation des taux de participation exercent déjà une pression sur le secteur, et la demande devrait augmenter de 21 %, soit 43 000 étudiantes et étudiants à temps plein supplémentaires d’ici 2033-2034. 

La majorité de cette croissance devrait provenir d’étudiantes et étudiants canadiens inscrits dans les établissements d’Edmonton et de Calgary. 

Un nouveau modèle de financement attendu 

En septembre 2025, un groupe d’experts mandaté par le gouvernement albertain et présidé par l’économiste Jack Mintz a formulé une série de recommandations visant à transformer le système postsecondaire provincial. Le budget 2026 n’intègre pas encore ces recommandations, que le gouvernement affirme examiner. 

Le rapport propose notamment l’élaboration d’un nouveau modèle de financement visant à orienter les ressources vers les secteurs où les besoins du marché du travail sont les plus importants. 

Ce nouveau cadre remplacerait le plafond de deux % sur les droits de scolarité et permettrait aux établissements d’ajuster annuellement les frais pour les nouvelles cohortes étudiantes. Sa mise en œuvre serait échelonnée sur cinq ans. 

Selon John Alho, le rapport Mintz a reçu un large appui dans le milieu postsecondaire, et certaines mesures pourraient entrer en vigueur dès l’exercice 2026-2027. 

« C’est un dossier prioritaire pour nous et nous sommes impatients de travailler avec le gouvernement afin de faire progresser ce nouveau modèle de financement », a-t-il affirmé. 

Poursuite des investissements en infrastructures 

Le budget 2026 confirme la poursuite du financement de plusieurs projets d’infrastructures déjà en cours dans les établissements postsecondaires, notamment : 

  • 45 millions de dollars en 2026-2027 et en 2027-2028 pour achever l’école de commerce de l’Université MacEwan à Edmonton 
  • 52 millions en 2026-2027, 130 millions en 2027-2028 et 203 millions en 2028-2029 pour le Advanced Skills Centre du NAIT à Edmonton 
  • 25 millions en 2026-2027 pour l’agrandissement et la rénovation W.J. Elliot au Olds College 
  • 5 millions en 2026-2027 pour l’expansion du campus est du Red Deer Polytechnic 
  • 53 millions en 2026-2027 et 17 millions en 2027-2028 pour le Biological Sciences Centre de l’Université de l’Alberta 
  • 2 millions en 2026-2027 pour la modernisation du Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta 
  • 40 millions en 2026-2027, 70 millions en 2027-2028 et 50 millions en 2028-2029 pour le Multidisciplinary Hub de l’Université de Calgary 
  • 17 millions en 2026-2027 et en 2027-2028 pour l’école rurale de formation médicale de l’Université de Lethbridge.

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