Changements climatiques au Canada : le rôle des universités selon Steven Guilbeault

L’ancien ministre se penche sur les pressions environnementales et le rôle de l’enseignement supérieur dans la prise de décisions éclairées et l’élaboration de solutions durables.

19 mars 2026
Graphique par: Edward Thomas Swan

On reconnaît le Canada à ses magnifiques paysages naturels, qu’il s’agisse des silhouettes escarpées des Rocheuses, des ondulations glaciaires du Bouclier canadien ou de l’horizon infini des Prairies. Les écosystèmes canadiens influencent profondément notre identité et la manière dont le monde nous perçoit. La nature est l’essence même de notre identité nationale.

Pour Steven Guilbeault, elle est aussi ancrée dans son parcours de vie.

Bien avant de devenir ministre fédéral, M. Guilbeault était un petit garçon originaire de La Tuque, au Québec qui, du haut de ses cinq ans, a grimpé dans un arbre derrière sa maison pour empêcher un promoteur de raser la forêt avoisinante. Cet acte de protestation – posé avec l’accord de sa mère – a servi de tremplin pour se porter à la défense des lieux qui lui tiennent à cœur.

Pendant ses années universitaires, M. Guilbeault a cofondé Équiterre pour ensuite consacrer 25 ans de sa vie au mouvement environnemental et occuper les fonctions de ministre de l’Environnement et du Changement climatique et de ministre de la Culture et de l’Identité canadiennes. Même en passant du militantisme de terrain à la fonction publique, sa force motrice est demeurée la même : son admiration du patrimoine naturel et sa volonté de protéger les écosystèmes du pays ainsi que ce qu’ils représentent pour la population canadienne.

Une triple crise

Interrogé sur les risques environnementaux les plus pressants auxquels le Canada est confronté aujourd’hui, M. Guilbeault répond sans hésiter : le pays traverse trois crises simultanées, soit les changements climatiques, l’érosion de la biodiversité et la pollution, en particulier celle associée aux plastiques et aux microplastiques.

« On a découvert la présence de microplastiques dans le sang », fait-il remarquer. Les recherches établissent de plus en plus de liens entre les microplastiques et les maladies cardiovasculaires, la pression artérielle et d’autres effets sur la santé, sans compter leurs répercussions écologiques à grande échelle. Heureusement, des décisions récentes de tribunaux donnent enfin au Canada les moyens de réglementer les plastiques en vertu de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement qui, selon M. Guilbeault, constitue un outil incontournable pour réduire la pollution, promouvoir la justice environnementale et combattre le racisme environnemental.

Il insiste sur l’importance pour le Canada de limiter les émissions de gaz à effet de serre et de préparer la population à des répercussions de plus en plus marquées. Face à l’intensification des impacts climatiques, il estime que le gouvernement fédéral doit accélérer la mise en œuvre de sa Stratégie nationale d’adaptation et de son plan d’action en matière de résilience climatique, en passant rapidement de la phase de planification à celle de l’exécution.

« Nous devons outiller les communautés et les municipalités pour qu’elles puissent lutter contre les changements climatiques, souligne-t-il. Pour ce faire, il n’y a pas meilleur moyen que de miser sur la nature. Plus nous investirons dans la protection et la restauration de nos milieux naturels, plus nous améliorerons notre capacité à face aux impacts des changements climatiques, et plus nous pourrons, avec le temps, en atténuer les conséquences. »

La position de M. Guilbeault s’appuie sur la science : la conservation et la restauration des écosystèmes contribuent à réduire le taux d’occurrence de certaines conditions météorologiques extrêmes, à préserver la biodiversité et à stocker le carbone, tout en renforçant la résilience à long terme.

Les universités : des phares du savoir

Lorsqu’il est question de l’enseignement supérieur, M. Guilbeault estime que les universités forment l’infrastructure intellectuelle sur laquelle repose la réponse du Canada aux défis environnementaux. En menant des travaux de recherche et de modélisation avec rigueur, elles permettent de mieux cerner les enjeux en produisant des données probantes qui expliquent les causes et l’état actuel des écosystèmes. Elles contribuent également à élaborer des solutions, puisque l’innovation naît souvent dans les laboratoires et les salles de classe universitaires, là où les idées techniques, sociales et politiques peuvent être débattues et affinées. Partant du principe que « la meilleure solution ne vaut rien si elle ne peut être mise en œuvre », il insiste sur le troisième rôle des universités : accompagner l’action sur le terrain en renforçant l’engagement et la confiance des communautés, et en améliorant la littératie civique et l’accès à des informations fiables, étayées et persuasives pour rallier le public autour de projets complexes. À l’ère de la mésinformation et de la désinformation, souligne-t-il, les universités doivent former la relève – les scientifiques, les décisionnaires, les leaders communautaires et les spécialistes des secteurs de l’ingénierie, des finances et de l’entrepreneuriat – pour qu’elle sache distinguer les faits, comprendre les véritables enjeux et les expliquer clairement, afin d’« éclairer la prise de décision. »

M. Guilbeault rappelle également la contribution essentielle des partenaires externes et la richesse des expériences qu’ils peuvent offrir. Les industries apportent une expertise opérationnelle, les nations autochtones font valoir des savoirs territoriaux ainsi que les perspectives des titulaires de droit, tandis que les municipalités contribuent par leur expérience concrète en matière de planification et de prestation de services. « Plus nous collaborons avec des personnes qui possèdent des connaissances et des expériences différentes des nôtres, plus les retombées sont positives à long terme », précise M. Guilbeault. Il poursuit en affirmant qu’un travail concerté mène à des résultats concrets.

Enfin, M. Guilbeault exhorte les universités à adopter le concept des « laboratoires vivants », en transformant les campus en bancs d’essai où l’on développe des solutions pour ensuite les tester et les déployer à grande échelle. Il peut s’agir, notamment, de systèmes géothermiques, de technologies solaires, de rénovations majeures pour accroître l’efficacité énergétique ou de solutions de gestion naturelle des eaux pluviales ou de restauration de la biodiversité visant à réduire les émissions tout en offrant des occasions d’apprentissage pratique. Ces projets remplissent une double fonction en contribuant à atténuer les risques technologiques pour les villes et les régions, tout en permettant à la communauté étudiante et aux partenaires communautaires d’être aux premières loges de leur mise en œuvre, de la phase d’approvisionnement et d’élaboration à celle du suivi des résultats et de la communication des retombées au public. « Les universités peuvent servir de laboratoires… de vitrine pour les nouvelles technologies… et de modèles reproductibles à l’échelle nationale », note M. Guilbeault. Cela s’avère d’autant plus utile dans un contexte de contraintes budgétaires, où des validations de concepts ou des méthodologies éprouvées constituent le moyen le plus rapide d’encourager l’adoption.

Un message porteur d’espoir et de promesses

Bien que les universités et leurs partenaires mettent en place des cadres et des outils pour favoriser le progrès, l’avenir dépend avant tout de l’état d’esprit et de la détermination des jeunes d’aujourd’hui, selon M. Guilbeault. Conscient des défis auxquels font face les étudiantes et étudiants qui entrent dans cette décennie marquée par des changements rapides et déstabilisants, il ne minimise en rien les préoccupations suscitées par l’incertitude climatique, la volatilité économique et les bouleversements liés à l’intelligence artificielle. Il les remet toutefois en perspective dans leur contexte historique.

« Pendant la Guerre froide, explique-t-il, les gens vivaient dans la crainte d’un cataclysme nucléaire. Cela ne s’est pas produit. Le chemin a été chaotique et semé d’embûches, mais la catastrophe a pu être évitée. »

Selon lui, le progrès naît de l’idéalisme, de la détermination et d’une volonté d’aller de l’avant. À la différence des années 1980 et 1990, où il n’était pas courant d’entreprendre une carrière en environnement, les occasions de contribuer à résoudre les enjeux actuels sont beaucoup plus nombreuses aujourd’hui. De l’ingénierie à la finance en passant par le droit, les domaines liés à l’environnement et à la durabilité gagnent en popularité et ouvrent la voie à de nouveaux champs d’action.

Pour conclure sur une note d’encouragement, M. Guilbeault lance ce message aux jeunes générations : « Croyez en vos rêves. Croyez que le changement est possible. Croyez en votre capacité d’agir. CROYEZ. »

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