Marie Arsenault : mettre la collaboration au cœur de la médecine

Marie Arsenault est cardiologue, chercheuse et professeure à l’Université Laval, récemment nommée doyenne de sa Faculté de médecine, devenant ainsi la première femme à occuper ce poste en 173 ans d’histoire de la Faculté.

09 octobre 2025
Photo courtoisie de: Marie Arsenault

Première femme à diriger la Faculté de médecine de l’Université Laval, la Dre Marie Arsenault arrive avec une vision claire : placer la collaboration et le bien-être au cœur de la formation et de la pratique médicale. Rencontre avec une doyenne qui veut faire évoluer la culture de la médecine, sans jamais perdre de vue l’humain. 

AU : Tout d’abord, comment s’est passée votre entrée en fonction comme doyenne ? 
Marie Arsenault : Très bien! Comme dans tout nouveau rôle, il faut s’approprier les nouvelles responsabilités et les dossiers. J’ai eu la chance d’avoir une excellente transition grâce à mon prédécesseur. Évidemment, il y a eu quelques petits défis, mais dans l’ensemble, tout s’est fait de manière harmonieuse. Depuis juillet, mon équipe et moi avons pris contact avec les différents acteurs, tissé des liens et commencé à travailler sur les grands dossiers pour les quatre prochaines années. 

AU : Quelles seront vos priorités pour ce premier mandat ? 
M.A. : Ma priorité, c’est le bien-être. Je suis convaincue qu’on ne peut pas prendre soin des patients sans d’abord prendre soin de nos étudiants, chercheurs et membres de la communauté facultaire. La santé mentale et la bienveillance doivent être au cœur de notre action. 
Ensuite, il y a les grands enjeux de société qui touchent directement la médecine : changements climatiques, santé environnementale, désinformation, intelligence artificielle, instabilité géopolitique. Ces réalités doivent être intégrées à nos programmes. 
Je tiens aussi à renforcer le travail interprofessionnel. À la Faculté de médecine, nous avons plusieurs programmes – médecine, réadaptation, orthophonie, physiothérapie, sciences biomédicales, etc. – et je souhaite que nos étudiants apprennent à collaborer dès le début de leur formation. Nous partageons aussi des projets avec les facultés de pharmacie et des sciences infirmières, c’est une formidable occasion de développer une culture de collaboration. 

AU : Qu’est-ce qui, dans votre parcours, vous a préparée à ce rôle ? 
M.A. : Je n’avais pas comme objectif de carrière de devenir doyenne. Ce n’était pas un « must » à atteindre. Ce sont plutôt les différentes étapes de mon parcours qui m’y ont menée naturellement. 
Dès mes études en médecine et ma résidence, j’étais très intéressée par l’enseignement et la recherche. J’ai ensuite fait des stages complémentaires en France et à Boston, avant de revenir à la Faculté de médecine de l’Université Laval, où j’avais fait mes études. 
Peu à peu, j’ai assumé diverses responsabilités : responsable de cours, directrice de programme, directrice de département, puis vice-doyenne. J’ai découvert que ce qui me passionnait vraiment, c’était d’être au service des autres : résoudre des problèmes, guider, soutenir et accompagner étudiants et collègues. 
C’est dans cette logique que j’ai accepté, après réflexion et consultation, de me porter candidate au décanat. Je l’ai fait non pas pour moi, mais parce que je croyais pouvoir servir la communauté facultaire d’une nouvelle manière. Je suis très reconnaissante de la confiance que mes collègues m’ont accordée. Je veux travailler avec eux à développer une faculté qui demeure innovante, inclusive et tournée vers l’avenir. Nous avons devant nous de grands défis, mais aussi d’immenses opportunités. 

« Pendant longtemps, la médecine a été un milieu très masculin. Mais depuis quelques décennies, les femmes y occupent de plus en plus de place, tant comme étudiantes que comme professeures ou gestionnaires. » 

AU : Vous êtes la première femme à occuper ce poste en 173 ans. Comment expliquez-vous cette réalité ? 
M.A. : C’est le reflet de l’évolution de la société. Pendant longtemps, la médecine a été un milieu très masculin. Mais depuis quelques décennies, les femmes y occupent de plus en plus de place, tant comme étudiantes que comme professeures ou gestionnaires. 
Il ne s’agissait pas d’un poste inaccessible aux femmes, mais plutôt d’une question de culture et de mentalités. Aujourd’hui, nous voyons de plus en plus de femmes assumer des rôles de leadership. 
Je suis très fière d’être la première femme doyenne de la Faculté de médecine, même si je prends ce rôle avec humilité. J’espère servir de modèle pour mes collègues féminines et démontrer que tout est possible. J’apporte peut-être une perspective différente, davantage axée sur la bienveillance, le bien-être et le sentiment d’appartenance. Mais je crois que la diversité des approches, qu’elles viennent d’hommes ou de femmes, est une richesse pour notre faculté. 

AU : Quels sont les principaux défis auxquels vous faites face ? 
M.A. : Le financement est sans doute le plus grand défi. Comme toutes les facultés de médecine, nous devons répondre à une demande croissante de formation, alors que les ressources, humaines et matérielles, ne suivent pas toujours. Par exemple, nous avons augmenté de près de 40 % les admissions en médecine. Cela demande une capacité d’adaptation énorme, tout en maintenant nos standards d’excellence. 
Il y a aussi le contexte plus large : un système de santé sous pression, des ressources limitées, des tensions dans le milieu, et des enjeux de recherche liés au financement. Tout cela demande de la résilience et de la solidarité. 
Mais malgré les difficultés, je suis convaincue que nous avons les moyens de remplir notre mission, à condition de rester centrés sur l’essentiel : former des professionnels compétents et humains, et contribuer à la santé de la population. 

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